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Algérie Politique, Arts et littérature., colonialisme

Réflexions du docteur Lamine Debaghine sur la nation algérienne –Extraits du dernier livre de Rachid Khettab.

Réflexions du docteur Lamine Debaghine sur la nation algérienne

L’écrivain et éditeur Rachid Khettab publie un ouvrage intitulé : « Docteur Mohamed Lamine Debaghine : un intellectuel chez les plébéiens » (Dar Khettab, 2021). Il y reproduit le compte rendu d’une conférence donnée par le Dr Debaghine, alors ministre des affaires extérieures du GPRA, aux cadres de son ministère. Le collectif novembre vous propose de découvrir des extraits de cette conférence :

« […] La venue des Français a été une malédiction. Dans les campagnes et dans les villes, c’était la prostration, l’oppression. Dans le cadre même de la colonisation, les Algériens avaient quelques droits. Bien qu’ils eussent quelques recours contre les abus de pouvoir, ils étaient tellement prostrés que dans le cadre même du statut colonial, ils ne protestaient pas.

Là intervient le problème d’une formation politique.

a – Un mouvement politique ne prend naissance que lorsque son existence est rendue nécessaire. L’homme qui polarise n’est qu’un accident.

b – Un mouvement politique ne dure qu’aussi longtemps que ses objectifs ne sont pas atteints.

c – Lorsque ses objectifs sont atteints, ou qu’il ne peut s’adapter à eux, il doit se transformer ou disparaître, sinon il périclite et devient un frein.

[…]

Le MTLD avait atteint son objectif réel, quoique non avoué, qui était la création du sentiment national. Il était donc arrivé à un point où, n’ayant pas pu ou pas su transformer sa façon de penser ou ses méthodes d’action en fonction du nouvel objectif à atteindre, c’est-à-dire la concrétisation du sentiment national dans une nation algérienne. Il devait nécessairement péricliter ou devenir un frein. Nous avons continué à demander au peuple algérien de nous plébisciter et ce dernier a commencé à en avoir assez.

[…] Le peuple algérien voulait des mitraillettes et non des bulletins de vote. […] Le MTLD a éclaté mais pas Messali, qui est resté le même. Seul Messali a continué et, dépassant le rôle de frein, il est devenu un facteur contre-révolutionnaire. Actuellement, nous sommes au milieu de la 2ème étape, celle de l’édification de la nation algérienne. Le FLN étant l’outil de cette étape, il doit définir son objectif de façon à s’y adapter. Le danger est de ne pas avoir un objectif bien net et de ne pas être en conformité avec le but que nous nous sommes proposé d’atteindre. La moindre erreur, la moindre duperie deviendrait funeste.

[…]

Qu’est-ce que la nation algérienne ?

La définition n’est pas si simple. Une nation, c’est d’abord un territoire. Sur ce territoire vit une population possédant une certaine économie, une certaine personnalité et une certaine structure sociale.

En 1830, le peuple algérien vivait des ressources de son sol. Il possédait une certaine économie, une certaine culture et une certaine tradition. Il avait une personnalité et une certaine structure sociale.

L’Algérie était socialement plus évoluée en 1830 que la Russie des tsars. L’Italie n’existait pas, l’Allemagne n’était pas encore unie. Le premier chemin de fer a circulé en France en 1830. Quand on compare l’Algérie avec les Etats indépendants de l’époque, la comparaison n’est pas à notre désavantage. Ensuite vint la guerre. L’agression française était une entreprise de destruction de toute l’Algérie. La nation algérienne que nous devons construire doit avoir son substratum géographique. C’est une caractéristique de toute nation. Une autre caractéristique est l’économie. On ne répondrait pas au critère d’une nation, même en libérant le territoire algérien, si on laissait l’économie algérienne dans l’état d’une économie coloniale complémentaire de celle d’un autre pays.

[…]

La structure sociale que possédait le peuple algérien en 1830 n’était pas une structure sociale rétrograde pour l’époque. Il y en avait de plus rétrogrades. Si nous suivons l’agression de 1830 sur ce plan, nous pouvons considérer qu’elle nous avait fait faire marche arrière. L’occupation française a supprimé toutes nos structures sociales. Il y a d’un côté un sous-prolétariat avec l’immense majorité de la masse algérienne et de l’autre côté une minorité d’exploiteurs. Entre les deux se trouvent une barrière de classe et une barrière de race. Il y a sur le plan social une régression due à l’occupation française. La structure sociale actuelle est en retrait sur celle de l’Algérie de 1830. Il faut donc aussi récupérer la composante sociale ; cela ne veut pas dire la composante sociale de 1830. Il faut doter l’Algérie de la structure sociale la plus progressiste possible, d’une structure sociale évoluée.

La nation algérienne doit avoir des caractéristiques géographique, humaine, économique et sociale de nature à favoriser le plein épanouissement du peuple algérien dans tous les domaines.

[…] « La guerre de libération de nous aurait pas permis de faire l’économie d’une révolution sociale. L’objectif du FLN devra être la libération de l’Algérie avec toutes ses composantes :

– Libération du territoire ;

– Mise de l’économie au service du peuple algérien ;

– Repersonnalisation de l’Algérie ;

– Dotation de l’Algérie d’une structure sociale avancée. »

Source : Rachid Khettab, Docteur Lamine Debaghine : un intellectuel chez les plébéiens, Dar Khettab, 387 pages.

Diplômé d’un doctorat en médecine de l’Université d’Alger, Mohamed Lamine Debaghine ouvre un cabinet médical à El Eulma dans la région de Sétif en 1944.

Il entre en politique en militant au PPA dès 1939.Durant la Seconde Guerre mondiale, il est arrêté à cause de son activisme nationaliste et son incitation à refuser le service militaire. En 1946 il est élu au parlement français en tant que député du département de Constantine, sur une liste du MTLD. Il appelle à l’indépendance de l’Algérie au sein du parlement français et ne prendra part à aucun débat ni vote, excepté celui contre l’entrée de la France au sein de l’OTAN en 1949.

Arrêté en 1955, il rejoint ensuite la délégation extérieur du FLN au Caire, il devient membre du CNRA et du CCE. Pressenti pour prendre la tête du Gouvernement provisoire de la République algérienne (GPRA), il sera plutôt le ministre des affaires extérieures le 19 septembre 1958, il démissionne le 15 mars 1959.

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