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Yahia Boubekeur-Les héros du peuple

Les héros du peuple

Par Yahia Boubekeur

Publié le 23 octobre 2021

Il fait beau. Pour une journée d’Octobre sans pluie, c’est mauvais signe. Mais, les oliviers opulents et bien fournis, qui courent à perte de vue, laissent entrevoir l’espoir d’une pluie qui vient. En attendant, le soleil descend dans l’arène du maquis, et continue de brûler cette terre asséchée de feu et de napalm.

Ammi Arezki, le frère de Krim, porte les traces dans sa chair. Brûlé au napalm, il garde sa place dans la dignité qui sied aux grands hommes. La foule se rassemble par la blessure tapie dans chacun par des éclats de balles.

Ou des éclats d’obus des embuscades qui surgissent dans la bouche du commandant Azzedine comme du feu.

Ou des éclats de rire qui éclaboussent ces retrouvailles d’anciens combattants qui reviennent dans la zone de combat pour saluer le commandant, et ressusciter la mémoire assassinée.

Rassemblement matinal comme à la guerre, avec les morts en moins. Djoudi Attoumi est présent parmi les absents.

Hocine, le fils de Si Ali Moh Nali, laisse passer l’amertume accumulée, et donne la parole à ces combattants de la première heure pour dénouer l’imposture qui ceinture l’histoire .

Puis, il évoque son père assassiné, et la première arme qu’il avait achetée au marché de Timezrit avec ses sous, à lui, bien avant 1954. Car, ici, la guerre avait commencé avant la guerre.

C’est la Wilaya III.

Puis, l’ombre de Krim transparait sur les visages de ceux qui sont restés fidèles.

Le 18 Octobre 1959, en compagnie de l’aspirant Oukil Ramadane, le commandant Bennour Ali, s’était rendu au PC de la wilaya. Et puis, les agenst doubles les avaient trahis. Par confiance. Il avait été capturé après un accrochage de près de 04 heures. Blessés, les deux prisonniers avaient été exécutés au motif qu’ils avaient tenté de fuir.

Ils avaient été assassiné. Comme Krim.

Le commandant Azzedine ne parle pas un mot en Kabyle. Mais, tout le monde le comprend. Car il parle du courage et du feu qu’on maîtrise bien, de ce côté, çi.

Chaque année, c’est ainsi. Le même rituel. La prochaine, il y aura quelques uns de moins. Puisque les jeunes qui ne sont pas informés, prennent le large pour aller à l’assaut du pays qu’on avait combattu.

Les anciens gardent le cap. Discipline de guerre pour ne pas sombrer dans l’oubli.

Hocine est fils unique. Après l’indépendance, la famille est décimée par la misère et l’imposture. Les femmes de vaillants maquisards tombés sous les balles, reprennent le combat pour laver l’affront par des serpillères qu’elles avaient à portée de mains.

Il parle du petit hameau de Tadmait. Sur la place érigée en mémoire du commandant, on mentionne le camp du maréchal (Bugeaud) un peu par habitude. On aurait pu nommer ce petit hameau, le village des 33 maquisards qui avaient pris les armes, pour se substituer à ceux qui avaient fait défection le premier Novembre 1954, à Alger.

C’était Ouamrane qui dirige l’opération dont la petite fille, hardie, ne cesse de remuer avec sa caméra pour consacrer la dignité, et perpétuer le courage de ceux qui avaient vaincu l’OTAN.

W. Anezliou le dit à sa façon et selon ses calculs, il y avait au maximum 18 000 maquisards contre près de 1,8 million soldats français, harkis et collabo confondus. 6 wilayas à raison d’une moyenne de 3000 maquisards et faites le calcul.

Faites le calcul aussi pour déterminer la proportion 1.8 million soldat français pour 18 000 maquisards. Soit 1 maquisard pour 100 soldats français.

C’était pour cela que la guerre avait duré 7 ans (et 14 ans à la Wilaya 3 : Krim avait pris les armes en 1946).

Non, le peuple a des héros qui ont des noms qu’on doit apprendre à réciter à nos enfants. Le slogan, “un seul héro, le peuple” est du ressort de ceux qui n’en sont pas.

W. Anezloui ne mâche pas ses mots. C’est un homme de feu.

Yahia Boubekeur

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