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Algérie Politique, Chroniques

Samia Zennadi -« Malgré ce que vous allez voir, vous n’allez pas le croire ».

« Malgré ce que vous allez voir, vous n’allez pas le croire ».

Par Samia Zennadi

Publié le 30 septembre 2021

Avant que les experts en retouches d’images et d’histoire ne balayent nos paroles et que les techniques de brouillage et de filtrage médiatiques ne couvrent nos voix, je dirais que nous sommes très nombreux à croire que Djamel Bensmail était tombé dans un guet-apens et que la bête immonde le pistait à la trace et que son sort était probablement déjà scellé depuis qu’il avait pris la route pour le brasier.

Ce jeune « artiste (fenane) », « altruiste (niya) », « patriote (i7ab lebled, i7ab yi3aouen) », s’était porté volontaire pour prêter main forte à « ses frères » et à peine arrivé à Larba Nath Irathen, en flamme et en deuil où des dizaines de bénévoles de toute les régions d’Algérie étaient déjà sur place et en poste d’extincteurs, le voilà ciblé par Awraas tv et mis en valeur dans un genre de « reportage » où il devait apporter son témoignage.

Torse nu, microphone à la main, entouré d’une « équipe de soutien », Djamel Bensmail confirmait la gravité de la situation et déclarait son admiration face à l’abnégation et le courage des habitants de la région dans le combat inégale qu’ils mènent contre les incendies d’origine criminelle. Puis, donnant rendez-vous aux téléspectateurs, il invita l’équipe de tournage à le suivre dans son périple de pompier volontaire.

Ses dernières paroles face à la caméra d’un des nombreux relais des courants réactionnaires, séparatistes et révisionnistes, les khawa khawa des sanguinaires, étaient prémonitoires : « Malgré ce que vous allez voir, vous n’allez pas le croire », quelques petites heures avant qu’il ne soit esseulé, sans Awraas tv, sans « équipe de soutien », traqué par des dizaines de criminels, dont « ses frères », accusé de pyromanie par une foule enragée, confortée dans sa conviction par un racisme décomplexé, assumé et ouvertement exprimé par des chants belliqueux et des slogans mobilisateurs, maintes fois salués par les politicards et les apprentis sorciers de « la phase transitoire » et autant de fois validés comme « hymnes de libertés » par les mercenaires de la plume trompée dans les encres de l’ethnologie coloniale.

Un chaos orchestré et maitrisé par une milice visiblement bien organisée, comme peut l’être une meute de hyènes en chasse ou un commando terroriste exécutant froidement étape par étape les plans d’un attentat à ciel ouvert. Tout est clair, n’en déplaise à celles et ceux qui se couvrent de honte à essayer de trouver des circonstances atténuantes à la barbarie en invoquant les conditions climatiques (car il faisait +60°c !!), les barrières linguistiques (car Djamel était arabophone !!)… une variété de cataplasmes appliqués en urgence à l’énorme abcès de racisme puant qui vient d’être crevé et que les plumes vouées à la culture de l’amnésie et au révisionnisme s’évertuent à déguiser en « Malentendu » !!

« Malgré ce que vous allez voir, vous n’allez pas le croire ». Au cœur du brasier, une foule enragée et connectée aux réseaux sociaux et à « l’humanité virtuelle » avait fini par gagner son bras de fer contre une poignée de policiers dépassés ne pouvant compter ni sur le renfort de collègues, les instructions étaient claires, ni sur le secours de citoyens éclairés, capables de s’interposer à l’arbitraire et stopper ce basculement dans les abîmes de l’horreur.

Dépouillé de son humanité, Djamel, l’artiste (el fenane), était torturé vivant et même mort, carbonisé puis décapité et découpé, sans une once de pitié et sans que ses meurtriers n’aient réussi à lui arracher le faux aveu de sa culpabilité. « Dis que c’est les arabes qui ont mis le feu à la Kabylie ». L’aveu qui devait mettre le pays à feu et à sang.

Samia Zennadi

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