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Pourquoi il faut renouer avec le protectionnisme ? Par Mohsen Abdelmoumen.

Pourquoi il faut renouer avec le protectionnisme ? Par Mohsen Abdelmoumen.

LE 10 SEPTEMBRE 2021

Pour renforcer notre souveraineté économique, il est urgent d’éliminer les trois pièges mortels mis en place depuis 40 ans et de remettre en place les barrières protectionnistes sans lesquels nous ne pourrons mener une politique de développement ambitieuse : sortir de l’accord d’association avec l’Union européenne, remettre en place des barrières douanières élevées et rééquilibrer rapidement notre politique de change pour mettre fin à la saignée de nos réserves de change et protéger nos recettes d’exportations immédiates qui sont nos investissements futurs.

  1. Sortir des accords d’association avec l’Union européenne et des autres accords de libre-échange toxiques qui détruisent notre économie et maintenir notre unicité législative sur le territoire

Sortir des accords multilatéraux conçus pour favoriser les multinationales

De la même façon que nous venons de dire stop à la fiction de relations apaisées avec le Maroc et de la possibilité de construire le grand Maghreb avec des dirigeants marocains inféodés à nos ennemis en Occident et au sionisme hostiles à notre pays, il est temps de prendre des décisions radicales pour protéger notre économie, notre industrie et notre souveraineté économique.

Il n’y a aucun salut possible dans la politique des derniers gouvernements de retarder le désarmement douanier pour certains secteurs ou de protéger un peu l’agriculture en abandonnant complétement l’industrie.

Notre industrie, notre souveraineté économique et notre Etat-nation se trouvent menacées de destruction en restant dans le cadre des accords d’association avec l’Union européenne conçue au profit exclusif des multinationales et des pays occidentaux. De même que beaucoup de pays européens veulent désespérément sortir de l’Union Européenne, mécanisme pervers qui détruit à petit feu les Etats-nationaux européens au profit des multinationales, la nouvelle Algérie doit sortir de manière urgente des accords d’association avec l’Union européenne qui nous détruisent également à petit feu.

Outre les accords d’association avec l’Union européenne, l’Algérie devrait également se retirer des autres accords de libre-échange multilatéraux signés durant la décennie 2010 qui ont, eux aussi, été conçus pour le profit exclusif des multinationales et sur lesquels nous n’avons eu aucune influence, les accords des zones de libre-échange arabe ou africaine.

Finalement, nous devons ne jamais adhérer à l’OMC qui est lui-aussi un mécanisme de libre-échange conçu par et pour les multinationales et l’oligarchie qui les dirigent, afin d’empêcher les Etats d’exercer leur souveraineté en matière économique et commerciale. Compte tenu des 40 dernières années de politique économique désastreuse, c’est un miracle que nous soyons un des derniers pays au monde ayant échappé à ce piège mortel dans lequel se débattent la quasi-totalité des Etats de la planète et nous devons affirmer très clairement que nous ne rejoindrons jamais cette arme de destruction massive des Etats et des peuples.

A ce sujet, il est urgent que notre gouvernement (avec son ministre du Commerce) change son approche : alors que le monde entier regrette l’adhésion à l’OMC qui est d’ailleurs complétement à l’arrêt du fait des catastrophes engendrées par le libre échange débridé aux quatre coins du monde, voilà que, malheureusement, le programme économique du gouvernement annonce une relance des négociations des accords commerciaux multilatéraux.

Nous devrions, au contraire, passer des accords bilatéraux à nos propres conditions avec nos partenaires clé pour règlementer nos relations économiques (échanges commerciaux, investissements, échanges monétaires).

Prohiber les zones franches en direction des multinationales ou des oligarques algériens

S’il est important de mettre en place un cadre attractif pour l’investissement et l’activité productive dans notre pays, celui-ci doit bénéficier à l’ensemble des investisseurs et s’appliquer a l’ensemble du territoire plutôt que de créer un environnement des affaires difficiles pour l’investisseur national moyen avec des poches d’extraterritorialité ou de privilèges pour multinationales et autre happy few oligarques.

Les zones franches pour attirer les IDEs doivent être exclues de la politique économique du gouvernement, pour des questions de souveraineté mais aussi pour des simples considérations d’efficacité : ainsi, la Chine a arrêté les Zones Economiques Spéciales créées à la fin des années 70 et tire un bilan couts-bénéfices négatif de celles-ci: les couts en termes de pertes de recettes douanières, d’impôts et taxes ou de revenus fonciers, d’abattements en charges sociales, de bonifications de taux d’intérêt, d’abattements sur les couts des matières premières ou sur les couts des services publics (eau, électricité, télécommunications) se sont avérés supérieurs aux bénéfices apportes par un (éventuel) surcroit d’investissements, sans compter les phénomènes de corruption et de passe-droits administratifs qui s’enracinent au fil du temps et finissent par menacer la stabilité du corps administratif et social et l’exploitation cynique de la main-d’œuvre qui minent la dignité humaine et la souveraineté nationale à long terme.

  1. Renouer avec un protectionnisme douanier totalement assume et ambitieux pour protéger notre industrie

Il ne s’agit pas de revenir à une économie totalement fermée avec contrôle strict du commerce extérieur comme dans les années 70, mais de revenir à une politique douanière protectionniste avec des barrières tarifaires et non tarifaires élevées pour l’ensemble des secteurs, notamment l’industrie et l’agriculture, peut nous permettre de nous développer et de créer de la richesse et de l’emploi pour 50 millions d’Algériens.

Si nous sortons des accords d’association avec l’Union européenne rapidement, et grâce à notre miraculeux retard dans l’adhésion à l’OMC depuis 2002, des barrières douanières élevées pourront protéger notre agriculture et notre industrie d’une part, et apporter des revenus conséquents au budget de l’Etat, de l’ordre de 2 milliards de dollars par an (niveaux que nous percevions avant l’entrée en vigueur de l’accord d’association avec l’Union Européenne en 2005).

  1. Ajuster rapidement les taux de change pour arrêter l’hémorragie de capitaux et favoriser la production nationale

Continuer à dévaluer le dinar jusqu’au taux de change d’équilibre pour mettre fin à la surfacturation et à l’hémorragie de capitaux qu’elle provoque

Comme souligné dans une précédente contribution, l’écart entretenu entre les taux de change officiels du dinar commercial, respectivement avec le dollar et l’euro, fixes administrativement à un niveau trop bas et le taux de change parallèle gonflé par une pénurie artificielle de devises dans le circuit bancaire pour répondre aux besoins les plus courants des particuliers créé un différentiel de l’ordre de 40-50 dinars par dollar et 60-70 dinar par euro, qui est un encouragement aux surfacturations et au détournement de devises via les opérations d’importations de l’ordre de 30% sur pratiquement chaque dollar ou euro importé (que ces importations soient légitimes ou totalement superflues).

Les raisons avancées depuis 40 ans pour justifier cet écart sont fallacieuses, que ce soit un taux de change officiel trop élevé, censé protéger le pouvoir d’achat des consommateurs algériens (selon la doctrine Nouioua- Saidani, grands défenseurs du pouvoir d’achat des Algériens aux revenus modestes devant l’Eternel), et la faiblesse des montants des allocations devises pour les particuliers, sensée limiter les sorties de capitaux à 5 milliards de dollars par an et protéger nos réserves de change, alors que, dans la réalité que tout le monde connait à part les responsables du Ministère de l’Economie, la surfacturation nous coute 10 à 12 milliards de dollars par an minimum, soit des détournements de l’ordre de 150 milliards de dollars sur la période 2000-2020.

Pour mettre rapidement fin aux surfacturations, il faut diminuer cet écart entre le taux officiel et le taux parallèle par un double mouvement de hausse du taux de change officiel commercial des banques algériennes par décision administrative et une baisse du taux parallèle pour les particuliers en augmentant les allocations devises pour les voyages touristiques à l’étranger aujourd’hui à 89 euros (contrepartie de 15,000 dinars au taux officiel, montant ridicule) et en facilitant l’accès aux devises bancaires pour les grandes catégories d’Algériens qui en ont besoin (malades qui se soignent à l’étranger, étudiants, etc…). Par ce double mouvement effectué rapidement par paliers successifs de dix dinars, on peut rapidement réduire l’écart entre les deux taux à un niveau négligeable et faire disparaitre cet espace économique source de surfacturations.

Réajuster la politique de changes pour favoriser la production nationale en substitution aux importations

Par ailleurs, cette dévaluation du dinar ne pourra que favoriser l’emploi et la création de richesses en Algérie en favorisant à la fois la substitution de la production nationale aux importations mais aussi en rendant la production locale (même peu sophistiquée) plus attractive pour les consommateurs algériens voire même rapidement éligible à l’exportation (voir à ce sujet les travaux du politologue, historien et économiste allemand Hartmut Elsenhans1)). Car ce que les tenants de la protection virtuelle du pouvoir d’achat des Algériens ont oublié, c’est qu’avant d’avoir un pouvoir d’achat, il faut avoir un revenu, et que ce revenu, pour l’écrasante majorité des gens, provient du travail salarié et que la quantité de travail nécessaire pour employer 12 ou 13 millions d’Algériens, notamment les jeunes, ne peut exister qu’avec la production agricole et industrielle et non l’importation ou le commerce.

Cette phase de politiques économiques défensives et protectionnistes est complémentaire à la mise en place d’une politique industrielle ambitieuse indispensable à notre décollage économique, qui tarde à se mettre pleinement en place depuis 2008 et sur laquelle nous reviendrons dans une prochaine contribution.

Mohsen Abdelmoumen

  1. Voir en particulier le numéro hors-série de la revue Naqd Guerre de libération et voie algérienne de développement consacré aux travaux de l’économiste allemand Hartmut Elsenhans ou il explique très bien comment des taux de change sous-évalués (plutôt que surévalués comme actuellement) peuvent favoriser la production de biens peu sophistiqués en Algérie mais générateurs d’un grand nombre d’emplois et avec une possibilité plus importante d’exportations et, in fine, une intégration plus facile dans l’économie mondiale. Il montre aussi que cette dévaluation passe par la remise en question du dogme des taux de change surévalués suivie par la haute administration algérienne depuis l’indépendance, qui est contraire à l’intérêt objectif du pays.

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