Ce site présente les études, réflexions et publications du "Collectif novembre pour la souveraineté nationale, une économie autocentrée et le socialisme." L'ordre des objectifs est notre ordre de priorité.

Algérie Politique, Chroniques, Education - formation.

Ali El Hadj Tahar – Faut-il réformer les programmes ou emprisonner les fraudeurs au bac ?

Faut-il réformer les programmes ou emprisonner les fraudeurs au bac ?

Par Ali El Hadj Tahar

Publié le lundi 28 juin 2021

« Le nombre d’individus poursuivis pour fraude aux épreuves du Baccalauréat (session juin 2021) a atteint, au niveau national, 161 prévenus dont 64 ont été condamnés à des peines de 6 mois à 3 ans de prison ferme », écrit l’APS, reprenant le bilan du ministère.

« Des poursuites judiciaires ont été lancées à l’encontre de 161 individus dont 73 ont été placés en détention tandis que 9 autres ont été placés sous contrôle judiciaire », ajoute le bilan qui précise aussi que les peines, assorties d’amendes de 100.000 à 500.000 DA, ont été prononcées à l’encontre de 64 d’entre eux. Les faits attribués aux mis en cause, concernent  » le délit de diffusion de sujets d’examens et de corrigés types du BAC par le biais de moyens de communication à distance et détectés et signalés pour la majorité par l’Organe national de prévention et de lutte contre les infractions liées aux technologies de l’information et de la communication.

Depuis l’année dernière, les sanctions à l’encontre des auteurs de fuite de sujets d’examens vont au-delà les sanctions administratives. En avril 2020, une loi a été ajoutée au code pénal, afin, semble-t-il, de préserver la crédibilité les examens et les concours. Elle a immédiatement été appliquée puisqu’un élève a déjà été condamné à un an de prison pour avoir diffusé le corrigé d’une épreuve du Brevet d’enseignement moyen (BEM), qui a eu lieu du 7 au 9 septembre 2020. Il est à rappeler que le système éducatif algérien a souvent été utilisé comme instrument politique notamment sous Bouteflika, qui octroyait des diplômes à la pelle pour soigner son image. Les dégâts sont énormes puisque le secteur de l’éducation est, lui aussi, victime du renversement des valeurs qui mine toute la société.

Rappelons, qu’en 2016, près de la moitié des candidats au baccalauréat se sont vus contraints de repasser les épreuves après des fuites «massives» sur internet. On a pensé à la solution pénale, alors que le problème est d’ordre éducatif. L’amendement du code pénal qui criminalise « l’atteinte aux examens et concours » touche malheureusement aussi les apprenants, pas uniquement les personnes qui monnayeraient des sujets de concours. En effet, la loi 06-20 de 28 avril 2020 prévoit les peines de 3 ans de prison et 100 000 DA d’amende, pour toute fuite ou publication des sujets. Ces peines peuvent aller de 5 à 10 ans de prison avec une amende allant de 500 000 à 1 000 000 DA si l’auteur de cet acte fait partie de le commission chargée de le préparation les sujets d’examen.

L’Algérie n’est malheureusement pas le seul pays où la fraude aux examens est un délit : même en France, la triche est passible de sanctions pénales. Son auteur et ses complices risquent jusqu’à 9 000 € d’amende et 3 ans d’emprisonnement. Mais l’Algérie n’est pas la France ni probablement aucun autre pays au monde : la fraude est quasi généralisée chez nous, et le phénomène plus grave du plagiat touche la majorité des mémoires et des thèses de nos universités. La fraude commence à l’école primaire, et c’est l’enseignant qui l’encourage en demandant aux élèves de faire des recherches (bahth) sur des sujets qui les dépassent. L’Internet devient le cerveau de l’élève, qui fait alors appel au gérant du cybercafé quand ce n’est pas à son propre père pour faire le travail.

L’apprentissage à l’école primaire est fondé sur le psittacisme et la fraude fait partie de ses méthodes. Au lieu de résoudre ce problème à la source, en adaptant les programmes à l’âge des apprenants, l’État les sanctionne quand ils deviennent adultes et ont pris l’habitude de ne pas compter sur eux-mêmes mais sur l’ordinateur, sur la feuille pliée, le fameux « hidjb »…

Plus grave, les élèves ne savent même pas que la fraude est un délit sanctionné par la prison ferme : le ministère de l’éducation est responsable de l’ignorance de la loi, qui devrait être connue de tous les apprenants, notamment ceux qui passent le BEM ou le baccalauréat. Effrayant est le nombre de 64 jeunes jetés en prison pour pareil délit : à lui seul, ce chiffre traduit la carence grave d’un système éducatif pourtant bourré d’éducation islamique et d’éducation civique jusqu’au niveau du moyen. A quoi servent des centaines d’heures d’éducation islamique et l’apprentissage par cœur des dizaines de versets coraniques s’ils n’interdisent pas, au moins, de tricher dans un examen ? La correction de la surcharge des programmes devrait commencer par la suppression des matières superflues d’autant que l’éducation et la religion sont supposées relever de la prise en charge familiale, en plus d’être en contradiction avec la loi fondamentale du pays qui consacre la liberté de conscience.

Autrefois, quand un élève, une fois tous les dix ans trichait, toute sa wilaya était montrée du doigt. Aujourd’hui, le mal est national, car nombreux sont ceux qui ont triché sans se faire prendre. Le fait que 24 wilayas soient touchées signifie que le phénomène est national et que les causes sont à chercher dans le système éducatif lui-même. Dans l’attente de corriger les programmes, de les alléger, d’en améliorer la qualité, de supprimer les matières inutiles, il ne fallait pas amender le code pénal. En plus de révéler les carences graves de notre système éducatif, l’application de la nouvelle loi donne une piètre image de nos jeunes, puisque l’information est dans tous les journaux du monde.

Un blâme, une interdiction de participer à tout examen de l’Éducation nationale pendant 5 ans, une interdiction d’inscription dans un établissement public d’enseignement supérieur pendant un certain nombre d’années auraient largement suffi. Au lieu de fermer l’Internet, sanctionnant ainsi l’économie nationale, le renforcement du nombre de surveillants par classe et l’affichage en rouge de la loi 06-20 de 28 avril 2020 auraient dissuadé de toute intention de triche.

Le but de l’institution éducative est d’éduquer : la nôtre a failli à sa mission en mettant autant de jeunes en prison au lieu d’en faire au moins des citoyens modèles. Il est à espérer que la prison ne leur prive pas le goût de vivre et d’apprendre en ne comptant que sur soi-même.

Ali El Hadj Tahar

Leave a Reply