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MOHAMED ADJOU-DU PAGNOL SANS PAGNOL

DU PAGNOL SANS PAGNOL

Mercredi 14 avril 2021

Par Mohamed Adjou

Pour vous changer un peu les idées, j’exhume pour vous (encore une fois) ce écrit que j’ai couché dans un de mes blogs et qui vous raconte des scènes villageoises que vous devez peut être avoir vécues vous aussi aux temps bénis d’avant la politique…et le corona.

J’espère que vous prendrez la peine de lire, même si c’est un peu long…

Les parties de dominos qui se jouaient au café du village rassemblaient parfois des équipes bien plus folkloriques que le quatuor pagnolien (César, M. Brun, Escartefigues et Panisse)…

Je me souviens particulièrement de la belle équipe que formaient mon oncle Moh Ennya, le boucher Ahmed El Djaadi, le strict Si Amer et une quatrième personne qui pouvait être indifféremment Dahmoune, Dairi, Ahmed l’Induit ou quelqu’un d’autre…

Autour de ce quatuor de choix il y avait toujours foule parce que les paroles et les gestes des joueurs constituaient un vrai régal…

Si les piques entre adversaires étaient feutrées, les engueulades entre partenaires étaient inévitables à chaque fois que l’équipe adverse remportait la partie; et l’on pouvait souvent voir les deux hommes se lever et s’invectiver à coups de gros postillons avant de se rasseoir et de reprendre leurs dominos pour les faire claquer dans leurs mains en faisant tout pour que l’adversaire ne puisse pas les voir et en jetant des regards assassins au partenaire…

Les parties étaient si acharnées que quand quelqu’un « dominait », il tapait si fort sur la table que ça faisait se retourner les passants, sur la route départementale et Naamani avait même inventé le petit sprint jusqu’à l’abreuvoir municipal à chaque victoire.

Le domino avait même sa propre terminologie et son propre langage qui s’enrichissait à chaque fois d’une nouvelle expression. Aux « edhrob ya ebn eddidi ! », « tabbag kouaghtek ! », « trrrrr ya masser », « khlassou drahmek »... s’ajoutaient des phrases prononcées dans le feu de l’action par des joueurs ou des spectateurs qui se faisaient acteurs tellement ils se passionnaient pour ces joutes qui se déroulaient sous leurs yeux…

Je me rappelle au moins de deux de ces expressions… la première est d’El Marroki. Entièrement pris par le jeu alors qu’il n’était que spectateur, il suivait avec une attention passionnée les pierres que jouaient Said Moustache…

Alors que le suspense était à son paroxysme parce que les équipes devaient se départager à la pierre décisive qu’allait poser Said Moustache et que ce dernier, sourcils froncés, se demandait s’il fallait tuer le double six de l’adversaire de gauche ou jouer le triss que son partenaire attendait pour « dominer », El Marroki ne tenant plus en place soufflait et trépignait en contenant une sourde colère…

Et quand Said Moustache se décida à jouer et prit la décision fatidique de tuer le double six au lieu de jouer le triss, El Marroki lui donna une grosse bourrade sur l’épaule en criant « tah’zag’houm ! » au lieu du « telh’ag’houm ! » habituel, enrichissant ainsi le vocabulaire villageois de cette nouvelle expression pétulante pour ne pas dire pétaradante.

Dans une autre partie acharnée qui se jouait à la dernière pierre et alors que la tension était là aussi à son comble, ce fut encore un spectateur indigné qui, cette fois-ci, prit à partie Naamani qui venait de faire le mauvais choix fatidique en le secouant par le col et en lui criant, le visage rougi par la colère: « N’ta radjel n’ta !(1)…. » Et Naamani sous le coup de la frustration et du regret; de la colère et de la honte de répondre en criant plus fort: « lala mouk elli m’ra ! (2) »

1- t’es pas un homme !

2- non c’est ta mère qui est une femme

Mohamed Adjou – Djebahia – le 14 avril 2021

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