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Youssef Boussoumah -Algérie française et Etat d’Israël, le divisionnisme colonial.

Algérie française et Etat d’Israël, le divisionnisme colonial

Mercredi 7avril 2021

Par Youssef Boussoumah

Un élément fondamental de la politique coloniale pour contester toute volonté émancipatrice du peuple opprimé consiste à nier sa prétention à une existence nationale.

Pour cela usant du fameux principe « diviser pour mieux régner » les dirigeants coloniaux ont eu recours à une taxinomie coloniale permettant d’ériger la diversité culturelle ou régionale interne du peuple en question en obstacle insurmontable, rédhibitoire empêchant la formation d’une nation. Quitte à exacerber certaines de ces distinctions ou carrément à en inventer de toutes pièces.

Dans l’Algérie coloniale au moins 14 types identitaires distincts avaient été décelés ou inventés de toutes pièces par les ethnologues coloniaux. Certains d’entre eux étaient de véritables catégories linguistiques, régionales ou religieuses du peuple algérien, d’autres étaient des types européens implantés en Algérie par la puissance coloniale mais dont l’importance surévaluée était destinée à noyer les éléments objectivement algériens dans un ensemble complexe et confus.

Il existait d’ailleurs une typologie coloniale précise et hiérarchisée socialement et juridiquement, reprise dans une célèbre série de cartes postales dénommée « Scènes et types ». Série où il était possible de distinguer par exemple : un ou une arabe ( comprendre algérien.ne des campagnes) un ou une mauresque ( algérien ou algérienne des villes), un ou une juive ( algérien ou algérienne de religion juive), un ou une kabyle, un ou une chaoui, un ou une maltaise, espagnole, etc., etc.

L’important dans le discours colonial étant de comprendre que d’une part seule la France constituait un véritable peuple pouvant donc prétendre à créer un Etat-nation homogène mais aussi qu’elle seule était capable par ses institutions de mettre du liant dans ce qui était présenté comme une grande pagaille ethnique.

Bien évidemment cela ramenait à des droits, privilèges et considérations distincts selon le groupe auquel on était assigné.

D’ailleurs dans ses colonies du levant issues du démantèlement de la Syrie après la 1ere guerre mondiale, la France n’a pas agi différemment quand elle émiettait le peuple syrien en diverses identités culturelles ou religieuse.

L’erreur fondamentale des dirigeants algériens à l’indépendance a été pour contrebalancer le discours colonial ayant eu cours pendant près d’un siècle et demi de développer à l’inverse la fiction d’une uniformité culturo-linguistique algérienne autour d’une arabité rigide et immuable.

Le même constat pourrait être fait si l’on se penchait sur les politiques en matière de nationalité dans l’Afrique du sud de l’apartheid.

Voyons maintenant ce qu’il en est dans l’Etat de la formation coloniale Israël, autre importante colonie de peuplement. Une telle approche a été mise en place. C’est ainsi que pour contester la prétention nationale palestinienne et sa volonté d’indépendance, ce peuple dans la Palestine de 1948 ( Israël) est présenté comme ne constituant pas un peuple particulier mais comme étant une collection de groupes ethniques ou religieux bien distincts et hiérarchisés dans leurs droits et prérogatives. Bien entendu cela au nom d’un prétendu respect de la diversité.

C’est ainsi que les touristes étrangers ramènent de leur voyage en Israël non pas l’idée qu’il existerait un peuple palestinien dominé par le peuple israélien. Mais l’idée qu’il y a bien un peuple israélien juif homogène (depuis la nouvelle loi Israël est même l’Etat nation du peuple juif) qui cohabite avec diverses minorités nationales : Musulmans, Chrétiens, Druzes, Bédouins, Circassiens, Samaritains, etc.

En fait il s’agit bien là encore d’une volonté d’émiettement de la communauté historique et de destin qu’est le peuple palestinien. Lui-même ancienne composante du peuple syrien. D’ailleurs cette distinction est elle-même indiquée clairement sur les documents d’identité. Avec comme mention principale la nationalité au sens de l’ethnie (Juif, Arabe, etc.). Ceci conférant comme en Algérie coloniale des droits et prérogatives distincts.

Youssef Boussoumah

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