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Ali Hadj Tahar -Le procès de l’islamologue Saïd Djabelkhir vu sous un autre angle.

Tribunal de Sidi M'hamed: report du procès des responsables poursuivis dans  des affaires de corruption

Le procès de l’islamologue Saïd Djabelkhir vu sous un autre angle.

Par Ali Hadj Tahar

Publié lundi 5 avril 2021

Le procès de l’islamologue Saïd Djabelkhir s’est ouvert jeudi dernier devant le tribunal de Sidi M’Hamed à Alger.

Ce procès a suscité moult réactions et interprétations chez les Algériens, notamment les intellectuels et les journalistes.

Il faut d’abord rappeler que sept avocats et un professeur de l’université de Sidi Bel Abbès, du nom d’Abderazak Boubedjra, ont déposé plainte, au mois de janvier de l’année passée, contre le chercheur en islamologie Saïd Djabelkhir pour «offense aux préceptes de l’islam et aux rites musulmans».

C’est donc une première : Djabelkhir est jugé sur des énoncés où la justice n’est pas supposée interférer tant ils dépassent ses compétences, car il ne s’agit pas là offense par un citoyen lambda mais d’une thèse et d’une réflexion d’un penseur dont le but n’est pas d’insulter ni de nuire à l’islam ni aux musulmans mais, au contraire, de le servir, éclairer, promouvoir et faire évoluer.

Nul ne peut mettre en doute que la mission première d’un islamologue, musulman croyant et pratiquant de surcroit, comme l’est Saïd Djabelkheir est de servir l’islam, par l’ijtihad : c’est sur cette seule base de sa sincérité que la justice peut trancher.

Elle ne peut pas le juger sur ce qu’il a écrit ou déclaré dans une émission, qui la dépasse et qui dépasse n’importe quel autre théologien de la planète de quelque école islamique qu’il soit.

Non pas parce que Saïd Djabelkhir soit un génie mais parce que ses énoncés sont nouveaux et lui appartiennent en propre. Comme l’idée de gravité appartient à Galilée bien que le tribunal l’ait malheureusement condamné pour hérésie en 1633.

L’Algérie de 2021 n’est pas l’Italie du 17e siècle comme certains ont tendance à caricaturer.

Ce qui est reproché à Djabelkhir relève de la compétence de spécialistes en fikh et en théologie. Et là encore, les écoles s’opposent d’un courant religieux à un autre, que l’on soit chiite ou sunnite, ou encore malékite, hanbalite, hanafite, chafiite…

Il est clair que le juge aura des difficultés à apprécier les arguments des uns et des autres sur un domaine qui exige une spécialisation qui a duré de nombreuses années, du moins s’agissant de Djabelkhir.

La question de l’offense n’est pas simple à apprécier et encore moins à juger même lorsqu’il ne s’agit pas d’un spécialiste mais d’un simple citoyen sans diplômes universitaires.

Ainsi, nous ne sommes pas dans le cas des Versets sataniques de Salman Rushdie ni dans les caricatures du prophète (QSSL) de Charlie Hebdo mais dans l’affaire d’un théologien qui a une compréhension non dogmatique de l’islam, qui l’interprète avec des arguments de l’esprit tel que le Coran l’exige du savant.

Contrairement à certaines affirmations, ce procès ne discrédite pas la justice algérienne même s’il l’entraine dans un terrain qui n’est pas le sien dans la mesure où un tribunal n’a pas vocation de juger les idées philosophiques, scientifiques, artistiques ou autres, mais des délits et des crimes. La justice ne peut pas interférer dans le domaine des sciences et des idées, et comme le verdict n’est pas encore tombé, on ne peut pas faire aucun grief au tribunal de Sidi M’Hamed qui n’a pas interféré que sur demande de quelques citoyens.

Malheureusement, il est dommage de constater que le débat public et même la presse ne restent pas dans les normes de l’éthique, puisque certains accablent la justice en dénonçant ce qu’ils appellent une « inquisition » et prédisent même le verdict comme s’ils avaient une boule de cristal.

Or déposer plainte est un droit constitutionnel que tout démocrate digne de ce nom devrait défendre. Se constituer partie civile est surtout un acte civique qui fait avancer et la société et le droit au sein de cette société.

Cependant, ce droit est à double tranchant et il peut se retourner contre celui qui en abuse. Si le juge, eu lieu de sanctionner Djabelkhir, estime au contraire qu’il y a citation abusive contre lui et que le coupable doit être sanctionné, alors Abderazak Boubedjra devrait assumer les conséquences.

Nul ne peut savoir ce qui va motiver le juge, or dans notre pays, beaucoup ne voient que le côté négatif des choses, ne prenant pas le temps de les analyser sous tous leurs angles.

Voilà pourquoi certains, y compris parmi les intellectuels et les journalistes, pensent que ce procès est vicié par un « caractère idéologique manifeste » : ce jugement est également injuste s’il vise aussi le professeur d’université de Sidi Bel Abbès et les avocats qui ont esté Djabelkhir.

Chaque citoyen a le droit de défendre ses convictions personnelles, à condition qu’il ne le fasse pas par des moyens illégaux et surtout violents.

Evidemment, le recours à la justice par un professeur d’université contre un islamologue n’est pas très éthique dès lors que la confrontation aurait dû revêtir un cachet qui profite au savoir, dans un débat contradictoire dans un centre culturel, une mosquée ou un amphithéâtre.

Néanmoins, cette affaire a un côté positif qui peut servir aux citoyens à comprendre que la justice leur appartient, qu’elle est à leur service, qu’elle est un instrument pour combattre les injustices, les maires véreux, les commerçants malhonnêtes, les fabricants qui trichent ou qui vendent des produits nocifs, mal faits ou contrefaits…

La justice est un outil du peuple, et y recourir devrait être encouragé par les partis et les média qui, malheureusement, encouragent le peuple à lui tourner le dos.

Certains veulent faire douter du caractère républicain de l’État. Or la liberté de culte, la liberté de pensée, la promotion du savoir et de la recherche dans tous les domaines sont des fondements de l’État algérien et nul ne peut les remettre en question.

Au cas où le verdit serait négatif pour Djabelkhir, ce dernier pourrait toujours faire appel. D’ailleurs, un juge est le produit d’une société.

Pourtant les opportunistes de tous bords se saisissent de cette affaire pour noircir le pays et en faire une caricature qui n’honore personne, pas même ces Cassandre qui croient peut-être bien faire.

La lutte contre la pensée irrationnelle, contre l’obscurantisme, le fanatisme, l’extrémisme et le wahhabisme ne passent pas par la diabolisation de l’État mais par le soutien aux institutions de la République qui n’ont jamais failli quant à la défense des droits constitutionnels et du caractère républicain, moderne et progressiste du pays.

Les réactions d’une partie des intellectuels qui se disent démocrates attestent qu’ils vivent en marge de la société, et renseignent sur leur incapacité à jouer un rôle positif de guides, d’éclaireurs, d’ouvreurs d’horizons meilleurs. Beaucoup d’entre eux croient pouvoir instrumentaliser Djabelkhir pour leur propagande politique de déstabilisation de l’État. Or il est au-dessus de ces considérations politiciennes.

L’islamologue a déclaré : «Je n’ai rien à me reprocher. J’ai tous les arguments pour me défendre», et d’ajouter «le but de mes publications est l’Ijtihad (l’effort de réflexion pour interpréter les textes fondateurs de l’islam) et non pas le jihad (la guerre sainte)».

L’ijtihad est un devoir pour le savant musulman. Il est sacré en islam

Ali Hadj Tahar

Pour aller plus loin, nous vous proposons la lecture de ces trois textes :

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