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Géostratégie, Impérialisme, Moyen-Orient

Mohamed Bouhamidi -Syrie : El Watan et son directeur Belghiche, journal néocolonial et porte drapeau de l’ Otan

Par Mohamed Bouhamidi

Syrie :  El Watan (et Belghiche), plus que jamais, journal néocolonial et porte drapeau de l’ Otan

Tayeb Belghiche, un des responsables principaux de ce journal n’avait rien relevé. Qui ne dit mot consent. Le  18 mars 2021 il a publié un édito, c’est-à-dire une prise de position de ce journal. Il a pour titre : « L’horreur à la syrienne » dans lequel il incombe les souffrances du peuple syrien à la « dictature » de Bachar Al Assad, innocentant totalement les USA Israël, la France l’Angleterre et les royaumes et émirats du Golfe si « pleinement  démocratiques ».

Syrie : El Watan, et son directeur Belghiche, journal néocolonial et porte drapeau de l’ Otan

La guerre de démolition de l’Etat national syrien déclenchée en mars 2011 devait durer quelques semaines. Elle  s’est prolongée sur dix années.

Son but déclaré ? Libérer ce pays de la dictature de Bachar El Assad et instaurer un Etat démocratique. Ce qui, dans cette logique, devait être l’affaire des citoyens de ce pays et leur seule affaire s’est transformée en une invasion internationale de formations militaires. Des dizaines de  milliers de volontaires venus de 80 pays, mais principalement des royaumes et émirats arabes, ont afflué vers la Syrie. Les saoudiens, les émiratis, les qataris, voulaient libérer de la dictature un pays dont le conseiller politique du « dictateur » est une femme, Boutheïna Chaabane, où les églises côtoient les mosquées, dont l’Etat est laïc et en avant-garde sur ce registre, où vit une société ouverte et dont les femmes  ne connaissaient aucune restriction professionnelle ni artistique. 

Djihadistes de tous bords, salafistes, membres d’Al Qaïda, Frères Musulmans laissaient leurs épouses, mères et sœurs aux bonheurs des « libertés de leurs harems » pour émanciper ces femmes médecins, juristes, enseignantes, journalistes, artistes, entrepreneures . Ils ont ramené avec eux un sens aigu de  la liberté de conscience et du culte en détruisant églises et mosquées, égorgeant les chrétiens, violant les nonnes et brûlant leurs seins. Et dans un esprit élevé de justice, ont passé au couteau ou aux balles les musulmans inconvenants dont le savant El Bouti, sans laisser de jaloux sur leur chemin, parmi les druzes, les alaouites.

ils ont décapité des enfants de toutes les confessions.

Syrie : le village chrétien de Maaloula attaqué par des rebelles islamistes
Syrie : le village chrétien de Maaloula attaqué par des rebelles islamistes

En 2011 l’Etat syrien avait zéro dollar de dette. Le pays totalement suffisant en  produits agricoles et en exportait. Il avait une production industrielle appréciée et proposait des produits agro-industriels de haute qualité, des cosmétiques recherchés et des vêtements raffinés. Il avait une production artistique reconnue, était un phare du cinéma et du théâtre, un pôle de la poésie.

Dans ce pays de diversités religieuses, culturelles, les messes se disaient encore en araméen, langue du Christ.

Mais que venaient faire des étrangers dans la vie politique des syriens avec ce degré inimaginable de destructions, de cruautés et pourquoi ces démocraties occidentales faisaient obligation aux royaumes et émirats arabes de financer cette armée internationale de terroristes, totalement semblables aux armées du Moyen Âge, faites de mercenaires et de soudards ? 

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Pourquoi l’Allemagne dans cette coalition a été chargée d’écrire la future constitution de la Syrie ? En quoi des dictatures semi-féodales pouvaient-elles être des garantes des libertés futures des syriens ? Quel électeur a voté pour les présidents et premiers ministres occidentaux pour mener cette guerre à un « dictateur » qui est devenue une guerre totale contre la Syrie, Etat, peuple, société et mœurs, culture ?  

L’Etat syrien a résisté. Face à la coalition des 80 pays, dirigée par les USA et animée par leurs alliés arabes et européens, il a réussi à faire alliance avec l’Iran puis la Russie et avec des organisations de résistance antisioniste et anti-impérialiste.

C’était coalition contre coalition.  La résistance de l’armée syrienne restera dans la légende

« La résistance de l’armée syrienne restera dans la légende . »

Les mensonges fabriqués par les puissances occidentales pour lancer puis poursuivre cette guerre resteront également dans la légende. Falsification des expertises, propagandes outrancièrement mensongères, réécriture de l’histoire, ne furent pas que des armes de propagande. Elles sont parties de la guerre elle-même.

L’agression proprement militaire a échoué.

Mais les buts de l’agression restent inchangés, faire obligation à la Syrie d’être le lieu de passage d’une route du gaz qatari concurrentiel au gaz iranien, rompre de ce fait avec l’Iran, normaliser avec Israël. L’offre était faite, bien sûr à la néo-oligarchie syrienne et  à la bourgeoisie compradore qui se sont renforcées par les réformes économiques négociées avec les USA et initiées en 2005 (1).

La route qatarie du gaz par la Syrie avait des buts géostratégiques très ambitieux. Les routes du Golfe aux ports israéliens doivent

-déclasser le canal de Suez et affaiblir l’Egypte comme puissance régionale toujours possible adversaire d’Israël dans le futur,

-rapporter un flux d’argent  considérable aux besoins du capitalisme israélien dépendant des aides US et d’un marché externe des capitaux et de la main d’œuvre

-et, tout à la fois :

  • contrarier les nouvelles routes chinoises de la soie
  • et proposer cet itinéraire concurrentiel à l’Iran dans l’espoir que les USA réussissent à mater la Chine et la ramener dans leur sphère de « la démocratie et des valeurs ».

Mais bien plus profond que ces buts à moyen-terme, la guerre faite à la Syrie répond aussi au besoin du capitalisme international de se redéployer dans de nouveaux espaces pour sortir du cycle de la crise financière de 2008.

C’est dans cet espace du Moyen Orient que gisent les énormes capitaux du pays du Golfe, encore peu employés et qui peuvent assurer une solution oblique à la crise d’effondrement du système impérialiste et de son économie financiarisée.

C’est cette nécessité vitale qui pousse à proposer aux émirats et monarchies du Golfe de devenir un centre dominant dans l’avenir proche du capitalisme financiarisé. Il s’agit d’éradiquer dans ces buts l’idée même de nations et d’Etats-nations. Il ne doit rester que des places financières et boursières rattachées aux deux centres dominants de ce capitalisme : la City et Wall-Street.

Cette guerre s’est soldée par l’échec que lui ont infligé l’admirable combat des forces nationales syriennes et l’alliance Russie-Iran-Résistance.

Les mêmes buts seront quand-même poursuivis et toujours par d’autres moyens de guerre.  

L’agression de la Syrie est un immense champ d’invention de formes nouvelles de guerre selon certains analystes : guerres de quatrième ou cinquième générations, guerres interminables et sans buts évidents de victoire, guerres de destruction pour la destruction.

 Elles ne sont en réalité de nouvelles générations que dans les moyens technologiques de propagande.

Pour le reste elles ne diffèrent pas vraiment des formes de guerre du lointain  passé.   Ces guerres dites de nouvelles générations sont menées comme celles du Moyen-Âge avant la naissance des armées des Etats centralisés. Elles sont menées pas des formations militaires constituées par des mercenaires mobilisés par le gain « pris sur la bête », des soudards fanatiques formatés aux croyances les plus diverses dont le messianisme « démocratique ». Dotées d’armements sophistiqués et formées aux méthodes du « choc et de l’effroi » elles visent à tétaniser les populations civiles et les pousser à isoler les armées nationales. On cherche à le faire aujourd’hui, chez nous, par la propagande pour notre ANP. Ces guerres des sièges et des famines sont dignes des sièges antiques et du Moyen Âge. Bien sûr le rôle des armées régulières occidentales est décisif via leurs services  secrets pour la formation des mercenaires, l’utilisation des technologies sophistiqués et pour les plans tactiques.   

 Vol du pétrole, vol du blé, incendies des cultures, ruptures récurrentes  d’accès à l’eau : la méthode est connue et largement expérimentée en Palestine occupée, à Ghaza, au Yémen. Il n’y a rien de nouveau dans ces formes de cruautés. La conquête coloniale de notre pays ne s’est pas déroulée autrement.

Affamer les peuples pour les soulever contre leurs Etats ou au moins les décourager dans la défense de leurs pays et de leurs ressources est une réalité quotidienne de Ghaza à Sanaa. 

Ces guerres privent les civils et les peuples des ressources de leurs survies en dépit du droit de la guerre qui commande d’épargner les civils des confrontations entre armées.

Terrorisme alimentaire, terrorisme sanitaire, terrorisme tout court, la guerre menée à la Syrie est principalement menée au peuple syrien.

La loi « Cesar » est la dernière trouvaille.  C’est pourtant la plus ancienne, la plus cruelle et la plus sauvage des méthodes de guerre : le siège.

C’est dans ces circonstances que le  18 mars 2021 le directeur du journal El Watan publie un éditorial : « L’horreur à la syrienne »  qui charge le président syrien de tous les malheur de ce pays(2). Exit tout interférence, toute culpabilité des ingérences. El Watan journal phare du néocolonialisme et média de l’OTAN justifie pour ses lecteurs impénitents la guerre de démolition et de destruction d’un pays, d’une société, d’une culture. Au double titre d’écrit du directeur du journal et d’édito, ce texte affiche la ligne politique réelle du journal.   

Il n’en est pas à son premier service rendu à l’OTAN et à Israël.

Le 14 janvier 2009 Mélanie Matarèse, journaliste d’El Watan envoyée en Israël pour couvrir l’agression « Plomb durci » perpétrée sur Ghaza assiégée depuis des années,  pleure les petits enfants israéliens effrayés par « une pluie de roquettes » (3). Une pluie vraiment ?

Israël tuait, sur la même période et chaque jour des dizaines d’enfants et de femmes de Ghaza, avec au final près de mille enfants et femmes assassinées sous ses bombes.

Le vendredi 21 octobre 2011, dans une jubilation manifeste El Watan Week-end, dirigé par la même Matarèse et son mari Adlène Meddi,  publie sa fameuse une avec la photo du visage ensanglanté de Kadhafi sous le commentaire : « La Libye libre ».

 » El Watan publie sa fameuse une avec la photo du visage ensanglanté de Kadhafi sous le commentaire : « La Libye libérée ». « 

Pour El Watan, ll ne s’agit pas seulement de marquer le  10ème anniversaire de cette guerre planétaire fait à la Syrie. Il s’agit surtout de s’inscrire dans la stratégie de propagande de la nouvelle offensive occidentale US, française et anglaise de relancer la guerre en la transformant en guerre de la famine, maintenant que le pays est exsangue et que ses ressources pétrolières et surtout  agricoles et hydriques sont pillées ou brûlées dans tout le nord du pays.   

El Watan se positionne, donc, encore  dans le camp de l’OTAN. Il sera au premier rang des soutiens de cette coalition  quand elle décidera de passer à la guerre directe contre notre pays quand elle jugera suffisamment affaibli. En attendant El Watan fait son travail de propagande en faveur des guerres US et l’OTAN pour justifier leurs actions et leur maintenir un haut degré d’approbation dans l’opinion publique algérienne.

Pour le faire avec une telle impudence, El Watan doit être encore plus certain aujourd’hui de l’impunité que lui offrent les cercles du pouvoir dont il exprime tout haut ce qu’ils pensent tout bas.  

Mohamed Bouhamidi.

1 – https://www.cairn.info/l-exception-syrienne–9782707147998-page-211.html

2- https://www.elwatan.com/edito/lhorreur-a-la-syrienne-18-03-2021

3 – https://www.djazairess.com/fr/elwatan/114092

  

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