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Algérie Politique, Chroniques

BILAN ET CONTRASTES DU HIRAK – par Samy Boukhalfa

Etudiants de l'université de Bab Ezzouar manifestant contre la candidature pour un 5ème mandat d'Abdelaziz Bouteflika aux prochaines elections presidentielles, le 26 février 2019, Alger, Algérie. (Photo by Nacerdine ZEBAR/Gamma-Rapho via Getty Images)

Publié le 8 janvier 2021.

Samy Boukhalfa

BILAN ET CONTRASTES DU HIRAK

  Il y a un bon moment, j’avais commencé une série de postes sur les acquis du Hirak. Depuis, j’ai fait une pause, parce que 3jezt, mais je me suis dit qu’il était peut-être temps de reprendre.

Tout d’abord, j’ai identifié les acquis politiques qui sont deux :

  • Moins de corruption dans les institutions.
  • Changements positifs à la tête des Institutions

La réduction de la corruption.

Passons sans plus attendre à la conclusion, pour les flemmards :

 Au niveau du «régime», il n’y aura plus de grosses affaires de corruptions comme l’affaire El Bouchi, Khalifa Bank, Autoroute Est-Ouest…etc. Cependant il peut toujours y avoir des affaires de corruptions moins grosses.

 Au niveau des « hommes-d’affaires » et des « hauts-fonctionnaires », la crainte d’un éventuel jugement va réduire leur engagement dans des affaires de corruption, mais pas les faire complètement disparaitre.

 Au niveau de la «société civile», les fonctionnaires et les directeurs sont sous surveillance accrue, donc moins il y aura moins de détournement d’argent, quoique qu’il pourrait y avoir des moyens légaux pour détourner de l’argent.

En conclusion, le combat contre la corruption est loin d’être gagné, notre système demeure corrompu, mais il y a une certaine amélioration. Cette amélioration, même si on ne peut pas évaluer son ampleur, est un acquis du Hirak.

Pour les plus intrépides, voici l’argumentation : Qu’est ce qui me fait dire que la corruption a été réduite alors que le «régime » n’a pas réellement changé ?

Eh bien… parce que, premièrement, la corruption ne concerne pas uniquement le régime, c’est-à-dire les ministres et les hauts fonctionnaires de l’état.

La corruption est généralisée, elle concerne tout le système politique. Et puis même si la forme et la nature du régime n’a pas changé, on remarque un certain changement de logique.

En effet, le gouvernement se construit une nouvelle image, autrement dit, marahouch kharej lel 3ib, alors il ne peut plus s’engager dans de grosses affaires de corruption comme l’affaire El Bouchi ou celle de l’autoroute Est-Ouest…etc.

Et s’il prend la peine de soigner son image et de « travailler », ce n’est pas pour nos beaux yeux, mais pour éviter qu’il y ait un regain de mobilisation dans le mouvement populaire, pour éviter que le mouvement dégénère en émeutes ou encore pour éviter un éventuel coup d’état (ben oui, si il perd trop l’opinion publique, il risque d’être renverser par un autre camp).

Je sais que certains vont dire que les ministres sont toujours aussi ridicules, mais il faut comprendre qu’ils ne le sont pas aux yeux de tous. De plus, c’est la première fois que je vois un ministre s’excuser après une déclaration farfelue.

Deuxièmement, la possibilité d’une éventuelle comparution devant la justice, comme ce fut le cas de Haddad et co, va faire douter les hommes d’affaires et les hauts fonctionnaires des garanties d’impunité et les faire réfléchir deux fois avant qu’ils ne s’engagent dans une affaire de corruption.

Enfin, j’ai eu plusieurs conversations avec des cadres dans des entreprises publiques, qui m’ont dit que la surveillance était devenue accru sur les fonctionnaires et les directeurs, si bien qu’ils avaient peur de finir en prison à cause d’une erreur de calcul.

J’en déduis qu’au niveau d’un certain nombre d’institutions publiques, cadres, fonctionnaires et directeurs n’auront plus le loisir de détourner de l’argent comme avant.

Changements positifs à la tête des Institutions.

Ce qui m’a mis la puce à l’oreille pour cet acquis, c’est une banale discussion dans un café avec un banquier. La discussion tournait autour du vote, et mon interlocuteur m’interrogeait sur les raisons du boycott – classique je sais – car selon lui – là ça devient intéressant – il y avait de bonnes réformes en cours. Il m’expliquera ensuite que le PDG de la Banque Nationale d’Algérie venait d’être remplacé par un autre plus jeune et plus compétent, apprécié par ces collègues.

Plus tard, au niveau de l’USTHB, j’ai remarqué le même phénomène. L’ancien recteur corrompu et honni Saidi et son conseiller Chaban avec lequel il se partageait la fac – conseiller de recteur étant un poste fictif qui n’existe même pas dans l’organigramme de l’université – ont été remplacé par un ancien de l’USTHB, Akrech, un enseignant de chimie lui aussi intègre, compétant et apprécié.

C’est ce recteur qui a donné l’autorisation au collectif REC pour fabriquer du gel hydro-alcoolique afin de le distribuer aux hôpitaux lorsque la pandémie était à son pic.

Les étudiants de l’USTHB se lancent dans la fabrication de gel hydroalcoolique

C’était inimaginable de faire une action pareille avec les anciens despotes de l’USTHB, avec qui nous étions quasiment en guerre ouverte. Outre la dimension sympathique de cette autorisation, il y a également une dimension stratégique : Le recteur en question est ouvert à ceux qui veulent travailler et améliorer les choses, autrement dit, il laisse la porte ouverte aux réformes.

C’est ainsi que, dans mon ancienne faculté, les choses ont commencé à bouger avec d’abord le changement du doyen et le début d’un travail d’amélioration des conditions d’études (pour ce dernier point, je ne sais pas ce que ça a donné, mais j’ai décelé une volonté de changement juste avant mon départ).

Ces changements sont bien sûr insuffisants, on est loin d’une réforme de grande ampleur qui va redorer le blason de l’université, mais on se dirige bel et bien vers une amélioration, aussi petite soit-elle. Et si l’on veut que l’institution devienne digne de son nom, il y a une porte ouverte pour ceux qui veulent travailler et lutter pour, pourvu qu’ils soient cohérents, organisés et motivés.

Ces deux exemples ne sont pas les seuls, j’ai aussi eu des échos sur un changement positif dans la SNTF et il y en a sûrement eu d’autres dont je n’ai pas entendu parler… Mais le fait est qu’il y a possibilité de se rassembler, de travailler et d’améliorer est un acquis indéniable, qui n’existait pas du tout avant le Hirak.

Certes, je conçois que les choses sont beaucoup plus complexes dans une entreprise publique que dans l’université, mais l’idée pour exploiter – éventuellement – cet acquis est d’avoir un groupe compétent, intègre et motivé prêt à entamer un travail de réforme par le bas et à lutter pour lui s’il le faut, en complémentarité à la pression qu’exerce le Hirak par le haut, c’est-à-dire sur le gouvernement.

Voilà tout pour les acquis politiques.

Samy Boukhalfa

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