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Mohamed Bouhamidi : Fanon algérien et militant de la révolution algérienne.

Par Mohamed Bouhamidi. In Horizons.

Envoyé à Tunis par Salah Louanchi, en mars 1957, Fanon devient membre de la rédaction d’El Moudjahid et du service d’information. Le GPRA le nomme ambassadeur itinérant en Afrique, mission qui lui permettra d’observer les indépendances sous tous les angles des sciences sociales.

Il adhère pleinement au FLN, répudie sa nationalité française et se définit comme algérien.   Ahmed Ben Salah, alors ministre de la santé, le nomme ; en septembre  1958,  comme médecin à mi-temps, à l’hôpital Charles  Nicolle. Il recevra un passeport tunisien au nom d’Ibrahim Frantz Fanon pour ses voyages.

Le GPRA le délégua dans plusieurs missions ou à, plusieurs conférences dont la première Conférence des Peuples africains (Accra – Ghana- décembre 1958) qui affirma pour la première la volonté de l’Afrique de parler de sa propre voix.il a accompli plusieurs missions en Egypte,  au Maroc et en Afrique noir. A Tunis même, il fut chargé des contacts avec les mouvements de libération des colonies espagnoles et portugaises et des mouvements qui refusaient le projet d’Union française promue par de Gaulle et Foccart.

Son travail de presse le mit en première ligne dans les débats idéologiques. Il a eu à répondre aux critiques des démocrates français qui renvoyaient dos à dos violence exterminatrice de l’armée française et violence de l’ALN dont la raison était émancipatrice. Il mit au service de ses polémiques que le colonisé doit constamment démontrer sa supériorité morale pour rendre légitime sa revendication de libération. 

A côté de ces tâches politiques et théoriques, il pour suivit comme médecin son expérience de psychiatre doublé de l’usage de la psychanalyse et de l’approfondissement de sa maîtrise.il soigna prioritairement les blessés de l’ALN et les réfugiés avec l’aide du Dr Martini pour les handicapés. Charles Geronimi et Alice Cherki, qui travaillèrent avec lui à Blida lui apportèrent un précieux soutien dans l’approfondissement analytique à côté des médecins tunisiens qui l’entouraient. Il prêta une grande attention au travail de Jacques Charby, cinéaste, avec les enfants réfugiés.

Ce travail psychiatrique trouvera sa pleine expression dans « Réalité de la nation algérienne » que l’éditeur François Maspero publiera en novembre1959, sous le titre, « L’An V de la révolution algérienne » texte, peut-être inégalé, dans l’examen immédiat d’une évolution accélérée d’une société (la société  algérienne) sous l’effet d’une guerre émancipatrice et dans une approche pluridisciplinaire qui explosait les frontières de savoirs universitaires ou académiques fortement compartimentés. Il ouvrait ainsi un espace théorique et de recherche émancipé des cadres de pensée produit par la pensée occidentale dans la phase historique de ses « découvertes », de ses conquêtes et de sa domination coloniale, dont le trait dominant et presque exclusif était le racisme et la construction d’une supériorité « blanche ». 

En mars  1959, à Rome,  il participe au IIème Congrès des écrivains et artistes noirs. Il critiqua les illusions d’une émancipation par promotion sociale ou raciale y compris celle de Richard Wright, écrivain qui avait marqué ses lectures de jeunesse. Il rencontrera les plus grands leaders africains N’Krumah, le marxiste camerounais  Moumié, Sékou Touré (Guinée), Patrice Lumumba (Congo), Amilcar Cabral (Cap-Vert), Julius Nyéréré (Tanzanie), Roberto Holden (Angola)  Modibo Keita (Mali) Mehdi Ben Barka (Maroc)

En mars 1960, le GPRA le nomme ambassadeur itinérant en Afrique avec résidence Accra au Ghana, il couvrit plus souvent ce pays, la Guinée et le Congo ex-belge En voyage au Mali, Fanon  pensa à la création d’un front transsaharien qui permettrait de mobiliser des « brigades internationales » africaines Le colonel Boumediene adhéra à cette idée de front dont les textes « pour la révolution africaines » nous renvoient une expression et un écho. Ces voyages l’exposèrent à plusieurs tentatives d’attentats. Les plus graves eurent lieu au Maroc (sabotage de sa voiture) et à Rome (explosion de la voiture qui devait l’emmener à l’hôpital).  C’est en  décembre 1960, qu’à Tunis  que sa leucémie de la moelle épinière fut diagnostiquée. De retour de Moscou après des soins, il retourna à son travail de médecin et commença à dicter les derniers chapitres de son livre « Les damnés de la terre ».  En juillet 1961 le livre est remis à Claude Lanzmann secrétaire des Temps Modernes. Il demanda à Sartre une préface et le il rencontra avec Simone de Beauvoir à Rome en août 1961. Le livre est publié en novembre.  Fanon reçoit un exemplaire le  3 décembre et meurt le 6 décembre. Il avait  36 ans. Le 11 décembre l’Etat-major général lui de l’ANP lui organise des funérailles nationales à Ghardimaou.

Mohamed Bouhamidi.

Ce texte a été publié sur Horizons dz en février 2021.

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