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Sur le rapport Stora : « Ruser avec les souffrances des victimes ?  » par Hosni Kitouni

Sétif, Guelma, Kherrata 8mai 1945

En application des préconisations de Benjamin Stora présentées dans son « rapport sur les questions mémorielles portant sur la colonisation » le Président français E. Macron vient de décider ( 2 mars 2021) la « Reconnaissance par la France de l’assassinat d’Ali Boumendjel ». Recevant les quatre petits enfants de l’avocat et militant algérien « arrêté par l’armée française, placé au secret, torturé, puis assassiné le 23 mars 1957 » il leur a été dit que : « Ali Boumendjel ne s’est pas suicidé. Il a été́ torturé puis assassiné. » Ce geste participe selon Mr Macron à « Regarder l’Histoire en face, reconnaître la vérité́ des faits » sans refermer « des plaies toujours ouvertes » et aidera « à frayer le chemin de l’avenir » vers « l’apaisement et la réconciliation ».

Quelques remarques s’imposent

  • L’assassinat de Ali Boumendjel a été déjà reconnu par le général Paul Aussaresses ( 2012) qui avoua avoir ordonné́ à l’un de « ses subordonnés de le tuer et de maquiller le crime en suicide. » Les historiens ont largement documenté le fait devenu de notoriété publique. La reconnaissance officielle par la France intervient donc bien en retard et en décalage de la vérité historique. Cela indique de manière claire que pendant 67 ans le mensonge d’État a prévalu. La reconnaissance d’aujourd’hui si elle a un sens, c’est dans la leçon implacable qu’elle donne sur la manière dont la France officielle agit à l’égard de son passé colonial usant de mensonge et de déni. En tous les cas cela jette un doute effrayant sur la sincérité de la parole officielle.
Ali Boumendjel, avocat, assassiné par Aussaresses
  • En cette même année 1957, des centaines d’autres Algériens ont subi le même sort que Ali Boumendjel, certes ils n’étaient ni avocats, ni ami de René Capitant et leur disparition n’a pas fait la une des journaux, seraient-ils moins dignes de reconnaissance, leurs cas ne relèvent-ils pas des mêmes pratiques et des mêmes horreurs coloniales. Est-ce cela regarder l’histoire en face ?
  • La présidence française affirme « reconnaître le fait », mais elle ne le condamne pas. Sur le plan moral , éthique, il n’y a donc aucune avancée ni aucune concession aux victimes , à toutes les victimes de ces crimes.
  • Or en reconnaissant le fait , Mr Macron fait l’impasse sur sa cause, c’est-à-dire l’usage systématique de la torture et des disparations forcées, la présidence française par ce déni absout les ordonnateurs des crimes et ceux qui les ont couverts politiquement , autrement dit, elle dédouane l’État français comme responsable moralement de ce qui a été commis en son nom …
« Les crevettes de Bigeard » *
  • En affirmant en conclusion « Aucun crime, aucune atrocité́ commise par quiconque pendant la Guerre d’Algérie ne peut être excusé ni occulté. Ils doivent être regardés avec courage et lucidité́, dans l’absolu respect de toutes celles et ceux dont ils ont déchiré́ la vie et brisé le destin » M. Macron veut faire d’une pierre deux coups :
  • D’une part, mettre sur le même plan les deux protagonistes, l’Algérie et la France et considérer comme absolument équivalents , les victimes françaises en Algérie et les victimes algériennes, ce qui place l’agresseur et l’agressé sur le même plan. Mr Macron oublie ou feint d’oublier que si la France n’avait pas agressé et occupé l’Algérie il n’y aurait jamais eu de contentieux mémoriel.
  • En outre et ce faisant, il s’attribue le beau rôle, celui d’avoir fait le premier pas dans la reconnaissance des crimes du passé, renvoyant l’Algérie dans celui du mauvais élève qui n’a pris aucune initiative.


Que conclure de tout cela ?

C’est une piètre démarche, faite de malice, de ruses dont la visée politique et tellement apparente que cela donne le vomi.

A-t-on le droit, au regard de ce qui s’est passé, au regard des crimes abominables, des plaies encore ouvertes, des souffrances des uns et des autres, de louvoyer comme le fait le président français avec le passé , jetant par ci un appât, par ci un hameçon dans l’espoir de gagner en popularité ce qu’il perd en crédibilité. Ce faisant il ne rend service ni à la vérité historique, ni aux victimes soulevant partout des mécontentements et des insatisfactions de ceux qui se considèrent comme floués par cette politique de demi-mesure.
Encore une fois M. Macron jette un pavé qui va sans doute faire des éclaboussures de ce côté-ci de la méditerranée, où comme d’habitude, les autorités attendent que Paris donne le la pour qu’ils entonnent leur vieille rengaine indigne sur le passé colonial et ses crimes.

Hosni Kitouni

*les pieds noirs s'amusaient à appeler "les crevettes de Bigeard" les prisonniers algériens qui étaient exécutés en étant  jetés en mer depuis un hélicoptère  par les parachutistes.

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