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Miloud Boumaza – La fin d’un ancien monde.

Par Miloud Boumaza

Ce qui se joue sous nos yeux n’est rien d’autre que les soubresauts d’un vieil ordre mondial moribond qui refuse de lâcher prise et veut de toute force garder ses privilèges.

Signe des temps, de nombreuses voix, dont l’Algérie, contestent l’unilatéralisme dans les relations internationales et appellent à une refonte structurelle et fonctionnelle de l’ONU.

Or, ce dont il s’agit n’est pas uniquement la fin de l’ère de l’arbitraire et des résidus d’un colonialisme anachronique et archaïque, ou l’émergence de puissances qui s’opposent à l’hégémonie discrétionnaire occidentale en général et étasunienne en particulier ; il s’agit essentiellement de l’échec définitif et total du modèle capitaliste, lequel se fissure de toutes parts et que l’on essaie à grand peine de rafistoler, et de maintenir sous perfusion. En revanche, force est d’admettre que le modèle de « capitalisme étatique » chinois s’est imposé et a prouvé sa pertinence et son efficacité.

Aujourd’hui, les tenants d’un capitalisme libéral triomphant doivent déchanter et reconnaître, avec amertume, la justesse de la pensée visionnaire marxiste selon laquelle le système capitaliste porte en lui les contradictions (insurmontables et génératrices de crises cycliques plus violentes les unes que les autres) qui le mèneront à sa destruction (et celle du monde).

Cependant, ne comptez pas sur le fair-play de cette « olicrassie » mondiale pour accepter de bonne grâce leur défaite (leur déroute en vérité). En bons mauvais perdants, ils renverseront la table de jeu, imagineront les plus vils stratagèmes, et iront jusqu’à fomenter des guerres (mondiales si nécessaire) pour perpétuer un système dont l’essence est la prédation et la destruction.

1) A chaque grande crise économique, une guerre mondiale 

Chaque grande guerre a, semble-t-il, été précédée d’une crise économique :

a- Les guerres de révolution française 

On nous conte la Révolution de 1789 comme étant la révolte d’un peuple paupérisé contre les privilèges d’une noblesse dont le train de vie outrageant a conduit le couple royal à l’échafaud. En réalité, le traité de libre-échange signé avec l’Angleterre en 1786 a été, à notre sens, l’élément déclencheur ayant provoqué la crise économique de 1787 qui conduira à la Révolution de 1789. A ce propos, il est permis de s’interroger sur les raisons qui ont motivé le pouvoir français à signer un accord qui était en sa défaveur sur plus d’un plan. En effet, le tissu industriel français était beaucoup moins performant que celui des britanniques, aussi les manufactures françaises, confrontées à une concurrence inégale, se sont effondrées, conduisant à une explosion du nombre de chômeurs. Or ceux-ci se sont moins révoltés contre les privilèges d’une aristocratie extravagante que l’incapacité du pouvoir à les protéger de cette concurrence. Aussi les révolutionnaires ont prétendu rompre ces accords, puis lutter et renverser ce rapport inégal, entraînant l’Europe (partisans du libre-échange contre protectionnistes) dans un conflit qui eut une dimension mondiale (les théâtres d’opérations ayant impliqué le Moyen-Orient, l’Égypte ainsi que l’intervention des USA).

b- La 1ère guerre mondiale 

Première guerre mondiale 1914-1918 (1914 , 1918 , 14-18) ©Gusman/Leemage

La Grande dépression (1873-1897), marquée par les krachs boursiers des grandes places financières européennes, et qui a connu son prolongement dans les crises financières de 1907 aux USA, puis 1911 en Europe, a conduit à la « Grande Guerre » que l’on a également nommé « la Der des Ders ».

Cependant on occulte généralement l’essor d’un courant idéologique mondial, porté par une frange toujours grandissante d’une population appauvrie et réduite à l’asservissement par un capitalisme débridé qui ne voit l’homme que comme un coût variable ou un outil de production.

L’idéologie socialiste, en effet, qui gagnait l’Europe entière et plus particulièrement l’Allemagne, connaîtra son aboutissement dans la Révolution russe de 1917. Ainsi les ploutocrates, inquiets pour leurs biens et leurs avoirs, ont pris le parti de détourner cette remise en question de l’ordre social en déclenchant une guerre mondiale, sous le prétexte de l’assassinat de François-Ferdinand par un anarchiste (combien y a-t-il eu d’assassinats de dirigeants sans pour autant déclencher un conflit mondial ?) 

c- La deuxième guerre mondiale 

Force est de constater que l’oligarchie mondiale a tiré un tout autre enseignement du 1er conflit mondial.

Ainsi les Roaring twenties déboucheront à la crise de 1929.

Cette dernière est relativement bien documentée dans son ensemble, toutefois peu d’auteurs s’attachent à la montée en puissance des courants communistes en Europe, où l’on a vu surgir toute une littérature et propagande anti-bolchevik, particulièrement virulentes en Allemagne.

On sait, aujourd’hui, qu’Hitler a été soutenu et financé dans cette campagne contre le communisme non seulement par les milieux financiers et industriels allemands mais également ceux d’autres nationalités européennes (anglais, suédois, etc.) et américains (dont Prescott Bush, le père et grand-père des 2 présidents américains), qui, plus tard, soutiendront les 2 camps belligérants et amasseront des fortunes colossales sur des monceaux de cadavres.

2) A chaque guerre mondiale, une période de transition énergétique 

a- Les guerres de révolution française 

La révolution industrielle a fait basculer le monde d’une société agricole basée sur l’énergie musculaire (hommes ou bêtes, transports tractés, etc.) vers une économie industrielle alimentée par les mines de charbon disponibles dans le continent européen. 

C’est, en 1776, l’invention de la machine à vapeur de Watt qui a permis à l’Angleterre de dominer le commerce mondial, les transports maritimes, etc., et de constituer un empire « sur lequel le soleil ne se couche jamais ».

b- La première guerre mondiale 

La  mise au point du moteur diesel et le forage, en 1859, du premier puits de pétrole en Pennsylvanie ont concouru à l’avènement de la 2ème révolution industrielle et l’émergence des USA comme leader mondial du transport pétrolier dès les années 1920. 

c- La deuxième guerre mondiale 

Elle est à la fois le prolongement (période de maturation et d’extension des énergies fossiles, pétrole en tête grâce à l’invention du moteur à explosion et de l’essence), ainsi que la conséquence de la 1ère guerre mondiale (l’Allemagne et l’Italie, exclus du partage du monde aux accords de Yalta, prétendaient également à leur part du gâteau). Le gaz fait son entrée dans le mixe énergétique des pays industrialisés.

3) La crise sanitaire et économique  

« Il ne faut jamais gâcher une bonne crise » (Winston Churchill)

a-Un système à bout de souffle 

Une erreur courante consisterait à considérer la crise économique actuelle comme une conséquence de la pandémie ayant limité les échanges et mis en berne les économies mondiales.

En réalité, la récession mondiale, qui perdure depuis de longues années déjà, est la résultante d’une série de crises qui se sont accumulées, telle une boule de neige, et dont l’origine remonte à la crise des subprimes et même au-delà.

En dernière analyse, elle n’est que le symptôme d’un système en faillite qui ne peut surmonter ses contradictions et qui a conduit l’économie à un essoufflement, irrémédiable si l’on se borne à la seule logique capitaliste.

Ainsi, un changement de paradigme devient non seulement une évidence mais surtout une urgence.

Tous les efforts devraient donc converger pour orienter l’économie mondiale vers un nouveau modèle de développement et de consommation, ainsi qu’un nouveau mode d’organisation des relations internationales, où le multilatéralisme trouverait ses lettres de noblesse, comme le préconise l’UA, à sa tête Algérie, et les pays du BRICS.

b- L’Algérie, au cœur de la transition énergétique 

Le pétrole semble avoir cédé sa place au gaz qui devient l’un des enjeux majeurs de notre époque. Il suffit d’observer, pour s’en rendre compte, les multiples conflits en méditerranée et ailleurs pour son contrôle. Le couple franco-allemand semble avoir ainsi pris fait et cause pour cette énergie si l’on en juge le partenariat Engie-Siemens, Engie fournissant l’hydrogène (issu du gaz naturel) et Siemens les turbines à gaz fonctionnant à l’hydrogène. Aussi l’Algérie devrait investir ce créneau d’avenir, en produisant l’hydrogène à partir du gaz dans un 1er temps, puis par électrolyse de l’eau à l’aide de l’énergie solaire (procédé très consommateur d’énergie et qui ne peut être développé en Europe faute d’ensoleillement et d’espace disponible). En effet, il serait vivement souhaitable que l’Algérie s’érige comme un acteur majeur de cette transition énergétique, plutôt qu’elle se cantonne encore au rôle de fournisseur d’énergie fossile brute.  En outre Engie devant probablement utiliser l’énergie nucléaire pour sa production, l’hydrogène algérien pourrait s’avérer compétitif, d’autant que l’uranium provient du Niger, une région potentiellement instable. 

Ainsi, par ses potentialités, l’Algérie peut émerger comme une puissance mondiale et un acteur central dans cette transition. Et forte de ses valeurs héritées de son histoire marquée de luttes d’un peuple pour le recouvrement de son indépendance, de sa souveraineté, la nouvelle Algérie, portée par un idéal de justice sociale, sceller le sort de l’ancien (dés)ordre  mondial et inaugurera l’avènement d’une nouvelle organisation internationale emprunte de justice et de respect des peuples et des nations.

Miloud Boumaza

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