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Fanon à Joinville : de la dissidence psychiatrique à la révolution algérienne- Mohamed Bouhamidi.

par Mohamed Bouhamidi. In Horizondz du 11 février 2021

Fanon arrive en Algérie en 1953. Il est installé médecin-chef à l’hôpital Blida-Joinville le 23 novembre. Il est déjà auteur et célèbre et il connaît les algériens. La première fois par son passage en Algérie, en route pour le combat antinazi et une deuxième fois en tant que psychiatre dissident qui étudie les pathologies des ouvriers maghrébins émigrés. Coupés de leurs sociétés, de leurs relations familiales, ils développent des pathologies « simulatrices ». Fanon oppose au mépris médical de ces faux-malades un diagnostic psycho sociologique résumé dans une publication dans la revue Esprit en février 1952, « Le syndrome nord-africain ».

Il était encore plus célèbre par son livre-thèse  « Essai sur la désaliénation du Noir » que Francis Jeanson, qui en avait accepté l’édition, renommera « Peau noire, masques blancs ».

Il avait déjà mis en œuvre dans  ces premières publications une approche différente de la conception traditionnelle que la maladie mentale est une maladie du cerveau. Son travail, à Saint-Alban, avec le professeur François Tosquelles qui pratiquait la psychothérapie, l’avait familiarisé avec une thérapie par la « resocialisation » des malades.

En Algérie il allait se retrouver, géographiquement, tout proche de l’Ecole psychiatrique d’Alger d’Antoine Porot, école organiciste qui postulait que le cerveau de l’algérien est primitif et qu’il n’est capable que d’une vie quasi-végétative. 

Médecin-chef, il eut alors la liberté de mettre en pratique ses conceptions. Il avait déjà trouvé chez Freud les concepts fondamentaux nécessaires à une théorie d’un « inconscient social » qui lui permettra d’éclairer la question du racisme d’une façon toute nouvelle. Il développera la théorie du « stade du miroir » de Lacan pour montrer de façon extraordinairement novatrice comme pour le colonisé le colon devient le miroir à travers lequel il se voit.

Fanon va reproduire avec leur aide une reconstitution de leur milieu social avec un café, leur ouvrir des possibilités d’expression avec le théâtre etc. Cette conduite thérapeutique lui a permis de rencontrer Abderrahmane Aziz (Abderrahmane Aït Mira) et d’assister à l’enchantement et à l’effet thérapeutique que ce chanteur et artiste de grand talent produisit chez les malades. 

Fanon  a vite réussi à établir des contacts grâce aux « Amitiés algériennes » d’André Mandouze, résistant français à l’occupation nazi, professeur de lettres à la fac d’Alger, un des initiateurs de Témoignage chrétien, ami du Cardinal Duval et militant de l’indépendance d’Algérie, et éditeur de « Consciences maghrébine ». Il est normal alors que Pierre Chaulet inscrit lui aussi dans cette dynamique, apprenne le travail de Fanon et lui demande d’aider les maquisards à faire soigner leurs blessés. Il entrera ainsi en relation avec le chef de la wilaya 4, avec le commandant Azzedine et devint ami avec Si Sadek (Dehilès). Vers la fin de 1956, il rencontre Abane Ramdane et Benyoucef Benkhedda.

A Joinville, il trouve un monde médical fortement « habité » par la réalité socio-politique de l’Algérie. Par chance il trouvera parmi le personnel paramédical des algériens, récemment recrutés, des militants qui lui seront d’un grand secours par la connaissance du milieu social, Longo militant communiste et CGTiste. Dans le personnel médical, il côtoiera également des militants de diverses tendances : Jacques Azoulay membre du PCA ; il fut ensuite Slimane Asselah MTLD mort de la torture, Georges Cornillon futur soutien des maquis, Meyer Timsit PCA, Charles Geronimi PCA, et à la fin de 1955, Alice Cherki. 

Il avait déjà remis sa lettre de démission, en novembre  1956,  au gouverneur Robert Lacoste qui l’expulsera d’Algérie dès janvier 1957.

Salah Louanchi, chef de la Fédération de France et ancien membre des Amitiés algériennes d’André Mandouze, organise le  départ de Fanon pour Tunis. 

Le travail et le rôle de Fanon feront l’objet de la dernière partie de ces (trop) courtes séquences biographiques.  

par Mohamed Bouhamidi. In Horizondz

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