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Franz Fanon, de la Martinique à l’hôpital psychiatrique de Blida. Par M. Bouhamidi.

Par Mohamed. Bouhamidi. In Horizons.dz du mercredi 3 février 2021.

Cette biographie de Fanon résume trop brièvement une vie extraordinairement riche en engagements politiques et apports théoriques en psychiatrie, en psychosociologie et en prospectives politiques.    

Il naît en Martinique en 1926, dans une famille aisée de la bourgeoisie locale. Son enfance est un vrai problème racial. Il est le plus noir des enfants de cette famille métissée, dans une société où être plus clair de peau  valorise et rapproche du blanc. Cette question secondaire pour les pauvres de couleur noire, devient dramatique pour les couches moyennes obsédées par la ressemblance aux blancs, garantie fantasmatique de leur statut social fragile. Fanon ressentira dès sa prime enfance le poids de ce racisme qui le distingue d’entre les enfants de sa mère.

Il ne connaîtra vraiment le racisme pur et dur qu’à l’arrivée des troupes vichystes menées par l’amiral Robert pour qui qui toutes les nuances de peau ne sont qu’une seule : noire.

Il voudra comprendre ce racisme et en cherchera les racines et les causes auprès d’Aimé Césaire et dans un milieu travaillé par la politique. En 1943 il voudra combattre les nazis et quitte la Martinique pour l’île de la Dominique et rejoint  les Forces Françaises Libres gaullistes. Il rejoint la France comme combattant FFL en passant, avec elles, par Bejaïa. Il évoquera dans « Peau noir, masque blanc » le souvenir de son rejet par les algériens.

Blessé au combat, il sera décoré de la Croix de Guerre par une citation de son commandant…Raoul Salan. Au cours de cette guerre il découvre de nouvelles facettes du racisme blanc mais aussi et surtout les facettes des sous racismes entre noirs antillais et noirs africains, déjà éprouvées sur notre terre.

Fanon observe les moindres détails et ne fuit aucune réalité du racisme du blanc, ni du sous-racisme des colonisés,  ni l’aliénation du noir. Il découvre aussi la prégnance de la violence dans tous les rapports que subissent les colonisés.  

Sa blessure le renvoie en Martinique, il obtient une bourse d’étude et en  1946 soutient Aimé Césaire dans une élection. Pourtant il n’adhère pas totalement à ses thèses mais par lui entre en contact avec les notions de négritudes et l’action culturelle pour la décolonisation. Ces notions  brassaient des problèmes planétaires posées par le mouvement noir américain d’émancipation.  Fanon a été littéralement poussé à penser les problèmes à un niveau universel.

Il quittera l’île pour aller faire chirurgie dentaire, à Lyon mais  bifurquera vers la psychiatrie, à saint Alban.

Fanon participe à la vie politique des étudiants, devient rédacteur en chef d’une revue ronéotypée d’étudiants, participe aux débats, lit Hegel, Heidegger, Jaspers, Kierkegaard, se passionne pour l’existentialisme et  la phénoménologie, lit Sartre et découvre que c’est le blanc qui fait le noir comme l’antisémite fait le juif. Il les textes de la IVème internationale car il s’intéresse aussi à Trotski, à Lénine, à Marx donc il retiendra que le temps est venu de « passer des armes de la critiques à la critique par les armes ».  Il suivra attentivement les éditions des Temps Modernes comme celles de Présence Africaine. Dans cette période il quêtera avec passion l’essence de la relation du blanc et du noir chez Hegel et dans sa dialectique du maître et de l’esclave comme chez Sartre et sa dialectique du regard qui fait exister l’autre. Cette quête se terminera par la publication de « Peau noire, masques blancs » en 1952.Fanon le  baroudeur puis le militant  devient un théoricien de haute stature.
Voilà l’homme qui arrivera un an plus tard, en octobre 1953,  à Blida comme médecin chef.   

Son parcours le long de notre guerre de libération jusqu’à sa mort le 6 décembre 1961 mérite un exposé à part qui suivra.  

M.B

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