Ce site présente les études, réflexions et publications du "Collectif novembre pour la souveraineté nationale, une économie autocentrée et le socialisme." L'ordre des objectifs est notre ordre de priorité.

Algérie Politique, Algérie questions culturelles., Arts et littérature., Histoire, Lutte de libération nationale.

Une stèle en France pour l’Emir Abdelkader. Une offense à sa mémoire. Par Nassira Belloula.

Par Nassira Belloula. Ecrivaine.

Le rapport Benjamin Stora comporte des propositions qui vont au-delà, de ce qu’un rapport sur une colonisation cruelle et inhumaine peut offrir. Ce travail qui se dit un travail de mémoire, de vérité et de réconciliation (sur cela j’y reviendrai plus tard) comporte des propositions qui me semblent inadéquates avec notre réalité à nous, notre vérité, et notre traumatisme national encore vivace dans les esprits tant les acteurs directs sont encore en vie, c’est dire que cette guerre de libération est si proche. Ce qui m’interpelle en plus de la proposition de laisser les Harkis rentrer en Algérie, c’est la proposition numéro trois ou le 3e point qui dit « L’édification d’une stèle, à Amboise, montrant le portrait de l’Émir Abdelkader, au moment du 60e anniversaire de l’indépendance de l’Algérie en 2022. Restitution de l’épée de l’Émir à l’Algérie ».

L’émir Abdelkader souffre au sein de la société d’une campagne de dénigrement, de révisionnistes de l’histoire dans la tentative de ternir son image et son combat. L’Émir a tenu dix-sept ans à la plus forte armée de l’époque. Il a combattu sans arrêt, même trahi de l’intérieur déjà, lorsque certaines tribus ont refusé de le suivre, puis trahi par le sultan Abderahmane du Maroc qui lui a déclaré la guerre, pris entre deux feux, des troupes marocaines et des troupes françaises, les vivres coupés, l’asile refusé, les accès qui lui permettaient une retraite gardée. Mais, avec si peu de cavaliers. Isolé et abandonné, il était fini de son combat. L’histoire nous la connaissons, ou nous pensons la connaître, car sa réédition, les lettres, les traités sont écrits par les vainqueurs, soit les Français. L’émir souhaita partir en exil en terre musulmane, or ; ce souhait lui fut refusé, car emprisonné lui et les siens en France, au fort Lamalgue à Toulon, puis à Pau, et en 1848 il est transféré au château d’Ambroise. Les uns ont fait de ce château un vrai château, une vie de luxe et de farniente. Rien ne fut de tel. Les lieux où désormais l’émir et sa smala ont été amenés sont sinistres, froids, dépourvus de tout confort, ce château est insalubre et infesté de rats. Les siens meurent de froid, de faim, de maladies, le rachitisme, rhumatisme, dépression, choléra, la situation sanitaire est désastreuse : sa mère, une de ses épouses, puis son fils y périrent, ainsi que 25 de ses compagnons. Il dut payer une portion de terre pour pouvoir les enterrer. Ce n’est qu’en 1851 presque trois ans après son emprisonnement, qu’ils ont eu droit à trois poêles, une sage-femme, un médecin et le droit de sortir en promenade dans la campagne sous escorte pendant trois heures.

Mais, la santé et son morale se détériorent. Son cas interpelle des personnalités littéraire Émile de Girardin, Victor Hugo, le premier ministre de l’époque Emile Ollivier, puis le Lord Londonderry qui écrit à Louis Napoléon Bonaparte nouveau président accédant au pouvoir alors que l’émir Abdelkader est déjà prisonnier. Donc Napoléon III sera sensibilité au sort de l’émir Abdelkader et le libéra, lui permit de rejoindre la Turquie, mais l’émir déménagea en Syrie.

Aujourd’hui, la France veut lui rendre honneur. La France qu’il a combattue durant dix-sept ans sans répit. La France qui a vicieusement, et dès son arrestation remodeler son image dans la mémoire collective afin de le passer pour un homme qui s’est rendu à la France le genou plié, un homme qui reconnaît les bienfaits de la France continus à entretenir cette mémoire, et aujourd’hui, elle enfonce le clou en voulant lui élever une stèle pour mieux asseoir l’image qu’ils ont construite de lui. Non, notre mémoire à nous nous dit non, on ne veut pas d’une stèle à la mémoire de l’émir Abdelkader à Amboise ni sur la terre française. Des actions doivent être menées pour que cet infâme hommage ne se fasse pas.

Nassira Belloula. Monréal. 31 janvier 201.

Biographie : Nassira Belloula est une écrivaine et poétesse d’origine algérienne, établie au Canada. Auteure d’une dizaines d’ouvrages entre romans, essais, poésies, nouvelles. Lauréat du Prix de l’Espace Femmes Arabes du Québec en 2010 pour son roman La revanche de May.

Source : https://www.facebook.com/nasbelloula/posts/1366107850395342

1 Comment

  1. BELHADJ

    Ce qu’il faut ce sont les excuses officielles de la France et non pas une stèle en hommage à l’Emir Abdelklader. Si nous voulons tourner la page sombre des relations entre l’Algérie et la France.

Leave a Reply