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De Chishnaq à Yennaer ou la mémoire outragée-par Sidi Mohammed Negadi*

Gravure d’un relief de Sheshonq Ier trouvé à Karnak.

par Sidi Mohammed Negadi*

Ecrire l’histoire d’un peuple dont la culture est basée uniquement sur l’oralité est chose ardue. Vouloir présenter un peuple possédant quatorze (14) dialectes, comme nation unifiée (de l’oasis de Siwa aux Îles Canaries),est encore plus ardue. Prétendre faire de Chishnaq l’élément fédérateur d’une nation (occultée ?) est vraiment insensé.

Qui est chishnaq ?

Les informations que nous donnons sont tirées du « Livre des Rois »1et sont rapportées par l’égyptologue Arthur Weigall2 qui nous apprend que « Pattout, petit fils d’un chef militaire libyen du nom de Maousen Bouyouwawa -installé depuis plusieurs générations sur le côté Ouest du Delta- épousa une femme de la ville de Suse (Mésopotamie). Il engendra un fils du nom de Sheshonk, que le parler copte rendit Shashank (Etranger venant de la ville de Suse et dont la prononciation araméenne est Shash). Il va épouser une veuve de lignée pharaonique et aura un petit- fils du nom de Sheshonk qui va être-plus tard- élevé au rang royal. Celui -ci prospéra et engendra un fils du nom de Osorkon qui a eu l’heureuse initiative d’épouser la fille du dernier pharaon de la XXI dynastie. A la mort du pharaon Psousennès, Sheshonkse trouva propulsé au trône, et ce par sa notabilité, sa richesse et surtout par son alliance au dernier pharaon. Lors de son intronisation il prit le nom Hedjkheperré. Nous ne trouvons dans aucune autre documentation une quelconque allusion à son origine libyenne.

Alors que reste-t-il à une progéniture – mélangée à une mésopotamienne puis durant plusieurs générations à des égyptiennes- d’authentiquement libyen ? Le seul nom typiquement libyen et celui de l’aïeul installé au début de la XX° dynastie à Heracliopolis.

On ne peut logiquement se référer à Sheshonk en tant qu’évènement fondateur. A. Weigall termine son paragraphe ainsi : «Sa famille était, Il est vrai, d’origine étrangère, mais établie en Egypte depuis plus de 150 ans, et lui-même fut très certainement un grand patriote égyptien ». Le sentiment d’appartenance aux peuples libyens est étranger à Sheshonk ! Comment s’obstiner à s’accaparer un évènement qui n’influe en aucun cas sur le devenir de l’authenticité d’une nation.

L’amalgame Sheshonk – calendrier

Mr. Brahim Tazaghart, dans une communication, nous apprend qu’Ammar Neggadi3 a eu la lumineuse idée de lier l’intronisation du fondateur de la XXIII° dynastie pharaonique d’Egypte au calendrier berbère. On voudrait bien comprendre par quel hasard un évènement concernant uniquement les égyptiens pourrait-il être un évènement fondateur du calendrier chez les libyens ?Voulait-il insinuer que les berbères ont presque toujours été assujettis et qu’ils ne peuvent accomplir aucune action sans l’apport des autres nations ? Comment peut-on lier ces deux évènements à des destins aussi éloignés ? Sans parler des difficultés techniques liées à l’établissement d’un calendrier comme nous l’expliquent les spécialistes de cette science ardue . Quelle en est la raison ? Elle semble liée à l’académie berbère créée à Paris en 1966 (C’est-à-dire après l’indépendance, tout en soulignant que la colonisation n’a jusqu’à présent pas admis sa défaite et qu’elle cherche par tous les moyens à garder sa prépondérance et son hégémonie en Algérie) : il s’agissait de trouver une faille dans le système culturel de l’Algérie, faille que la France a commencé de creuser à partir de 1880 lors de l’application par Jules Ferry de la politique de l’éducation publique en vigueur en Algérie. Il fallait mettre en exergue les supposées différences ethniques et culturelles entre Arabes et Berbères. Monsieur Ammar Neggadia-t-il été manipulé à son insu, dans l’échiquier français ?

Admettons maintenant, ne serait-ce que pour un instant, que le calendrier berbère, date de l’intronisation du XXIII° pharaon en Egypte c-à-d vers 950 av. JC. D’évidence même, un calendrier est le résultat d’une longue évolution d’une civilisation.C’est le stade avancé dans le domaine d’une langue écrite et de connaissances astronomiques et mathématiques élaborées: on ne peut établir un calendrier sans écriture.

Du reste, pourquoi il a fallu attendre la décennie 80 pour en entendre parler !

Pouvez-vous nous éclairer messieurs de l’ex-académie berbère :

– Dans quelle langue ce calendrier a-t-il été transcrit ? sûrement pas en Tamazight puisque cette dernière appellation n’a vu le jour, chez vous, qu’en 1990, c’est-à-dire ,2040 ans après l’évènement du calendrier berbère. Les langues orales ne peuvent garder intact longtemps un caractère culturel sans le déformer. Le Tifinagh ne pouvait conserver ce calendrier puisqu’il a été confirmé par les linguistes que le Tifinagh n’est que du Phénicienremanié.

– Un calendrier datant de 950 av. JC. c’est -à- dire avant la fondation de la ville de Rome en – 753 ! Alors dites-nous comment expliquer que plusieurs mois du calendrier berbère portent des noms de divinités Romaines ? (ex : Mars le dieu de la guerre). Avez-vous devancé les romains dans ce domaine ?

– Numa Pompilius(deuxième roi de la monarchie romaine-715 à-673), ajouta au calendrier romain qui ne comportait que dix mois, deux mois : Ianuarius du nom de Janus le dieu aux deux visages et gardien du ciel et Febriarius en l’honneur du mois des purifications. Les peuples berbères du fait de l’oralité, ont occulté le dieu Janus au profit de Yennayer (certains sont allés expliquer «yen» comme étant «Wen» c-à-d. le premier mois de l’année) pour dire que le nouvel an commence par le mois de Janvier, or le nouvel an débutant par Janvier ne fut consacré qu’avec le calendrier grégorien qui a vu le jour le 15 Octobre 1582. Avez-vous été plus perspicace que le pape Grégoire XIII et ses collaborateurs ?Tout ceci démontre à tout le moins une certaine précipitation suspecte !

– Le calendrier berbère qui débute au dixième siècle d’avant notre ère, comporte des aberrations que l’on ne peut expliquer : le sixième mois de l’année porte le nom Younyou (June/ Juin), en l’honneur de Jules César qui ne va diriger Rome que neuf (9) siècles plus tard ! Est-ce une prémonition ? De même pour le huitième mois Ghoucht (Aout/ Auguste).

Quelques remarques sur l’exposé du conférencier(4)

– «Nous avons perdu beaucoup de guerres»: les guerres perdues par les berbères ne sont pas dues à l’étendue du territoire, mais au système clanique, qui refuse l’altérité, et au mode de vie des populations. Il faut attendre le troisième siècle av. JC et sous la pression conjuguée des Carthaginois et des Romains, pour voir la première fusion entre tribus aboutissant à la création du royaume de Syphax en Maurétanie Césarienne, suivi quelques années plus tard par l’effort d’unification réalisé par Massinissa en Numidie.

– Quelles sont vos sources pour affirmer que les techniques de guerre les plus avancées sont nées chez les berbères. Y-a-t-il eu , ne serait-ce qu’un affrontement, que les berbères ont remporté contre les Romains ? Il est vrai que les berbères étaient craints pour leur bravoure et comme cavaliers, mais de là à dire que les autres ont appris les techniques de combat des berbères, c’est au mieux une simple fanfaronnade.( Au passage, vous dénigrez les efforts de l’ANP qui selon vos propos est incapable de sécuriser nos frontières ! D’où tenez-vous cela ?)

En sus vous affirmez qu’Athènes est née chez nous !! Cette dernière existait bien avant Carthage, et les guerres que les Grecs ont gagnées contre les perses sont antérieures aux royaumes berbères. En outre, les berbères n’ont jamais eu de flottes avant l’avènement de la dynastie almohade entre autres invraisemblances !

– Quelles sont vos sources sur Chishnaq ? Le livre des Roi ne donnent pas les détails que vous avez évoqués. En quoi les actions de Chishnaq au moyen Orient peuvent – elles influer sur les berbères ?

– Votre interprétation du verbe ÊóÚúáóæäó est elle-même erronée. Elle ne signifie pas la force physique d’une armée, mais elle explique la force du mal (Vous commettez beaucoup de mal). C’est ce que traduit aujourd’hui les méfaits d’Israël (Oct. 73 au Sinaï, et en 2006 au sud Liban face à Hizbollah). L’action d’Israël en Syrie , en Cisjordanie et à Ghaza est plus que néfaste, là aussi le verbe ÊÚáæäa sa juste signification .

– Chishnaq n’apparait pas au Coran. Le Coran fait allusion à la première prise de Jérusalem par Nabuchodonosor en 586 et à la destruction de son temple, alors que Chishnaq vivait au dixième siècle. Vous avez là, manifestement, une confusion au niveau des dates dans le texte sacré du Coran .

– Pour faire œuvre d’historien, vous devriez faire preuve de plus rigueur et de probité dans votre démarche.

Sidi Mohammed Negadi*

*Professeur d’histoire médiévale du Maghreb  – Université Abou BekrBelkaïd de Tlemcen

Notes :

1 – Le livre des Rois, ce sont deux livres bibliques reconnus par l’ensemble des juifs et des chrétiens, ils racontent l’histoire d’Israël depuis la rébellion d’Adonias (4°. Fils de David) jusqu’à la captivité de Juda et la destruction de Jérusalem par les troupes de Nabuchodonosor en 586.

2 – Arthur Weigall : «Histoire de l’Egypte ancienne» p.192-194

3 – De par le nom qu’il porte, il ne peut s’agir d’un Chaoui.Son nom se réfère à la fraction des Angad issue de la tribu Arabe des MakilãÚÞá stationnée à la plaine des Angad aux frontières nord entre l’Algérie et le Maroc

4 – Communication faite à la maison de la culture «Mouloud Mammeri de Tizi Ouzou le 7/01/2018 par Brahim Tazaghart

Source : http://www.lequotidien-oran.com/index.php?news=5297838

1 Comment

  1. Hamid Missoumi

    Enfin, on parle contre ces aberrations qu’on ne cesse d’inventer sans vergogne.

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