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Arts et littérature., Chroniques

Euphorie et désenchantements. Nadia Belkacemi (chronique).

Dimanche 3 janvier 2021.

Par Nadia Belkacemi.

Le Collectif novembre a rajouté la catégorie "Chroniques" et "Billets' à son blog. Nadia Belkacemi, Zohra Mahi et Mohamed Adjou en sont les premiers phares. Ils nous ont autorisés à choisir quelques-uns de leurs textes pour publication. Nous les en remercions et les remercions pour leur créativité au quotidien.

Euphorie et désenchantements.

Au début, c’était une euphorie quasi unanime face à l’instauration de plus de libertés. La presse, jusque-là, bridée, s’élança dans des écrits qu’on n’imaginait pas quelques mois auparavant.

Hamid suivait les événements, incapable de vraiment se réjouir. Son incarcération lui avait fait perdre de son engouement pour les colères populaires. Peu à peu, au fil des jours, il s’était rendu compte que la révolte n’est pas un projet politique. Tous les révoltés, hormis une colère commune en surface, étaient rarement des alliés.

La prison avait réuni en un laps de temps record toutes les tendances qui seraient appelées à représenter la société plus tard. Il fut surpris de réaliser que ce pour quoi il se battait n’était pas forcément les motivations de ses compagnons de cellule. Parfois c’était même l’inverse.

Il le savait un peu. Il connaissait sa société, mais il ne pensait pas que certaines idées archaïques seraient portées par la majorité, alors que les plus émancipatrices étaient parfois pestiférées.

Et dire qu’une même cellule les abritait tous et un même système les écrasait, mais apparemment, pas pour des raisons similaires. Il trouvait que ce système muselait les individus et les femmes encore plus, son compagnon de geôle, lui, reprochait surtout la permissivité des lois vis-à-vis de ces dernières, justement. Hamid se demandait, à force de l’entendre vilipender les femmes trop libres, habillées indécemment et prenant le boulot des hommes, si l’Etat concédait à obliger celles-ci à ne plus sortir de chez- elles, qu’aurait-il d’autre à lui reprocher ? Et ils étaient nombreux comme lui.

−Dis-moi, tu passes ton temps à parler de libertés, de lois, de démocratie…Tu critiques souvent el « hogra », finit-il par demander un jour à son compagnon de cellule avec qui il échangeait de temps en temps, mais je t’entends aussi prétendre imposer des vêtements précis, interdire des habitudes données, cela ne te dérange pas toute cette contradiction sous ton crâne ?

Celui-ci l’avait d’abord regardé, incapable de trouver une réplique pertinente. En effet, la question de Hamid remuait un malaise de taille pour des gens suffisamment sincères dans leurs propres indignations. Ce jeune-homme en faisait partie. Il avait un réel idéal de justice enchainé par des considérations idéologiques et enfermé dans beaucoup de normes préétablies.   En ce moment, il semblait sérieusement ébranlé, mais il finit par se ressaisir.

−Machi kif kif, hadi hogra et hadik hram  ! Asséna-t-il, ayant retrouvé son assurance.

−Tu ne crains pas qu’avec une liberté aussi élastique, à force de la tirer de tous les côtés, elle finisse par se déchirer et nous revenir à la figure ?

−Je ne crains rien, il était redevenu lui-même arrogant et empli de certitudes, Dieu est avec nous car nous sommes sur le droit chemin ! »

Bonjour !

 « Ce n’est pas pareil, ceci est mépris l’autre est péché »

Machi kif kif, hadi hogra et hadik hram »

– L’homme, le sucre et la révolution-

Belkacemi Nadia.

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