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La Saga des rois numides entre Carthage et Rome. Docteur Messaoud Djennas. Par Mohamed Bouhamidi.

Takfarinas. Né à Thaghate (Souk-Ahras ) chef de l’insurrection de 17 à 24 apr. J.-C. mot dans la région de Auzea (Sour el Ghozlane).

Par Mohamed Bouhamidi.

Publié en 2010, ce livre retrouve toute sa vigueur dans l’actualité. Le Professeur Djennas ne l’avait pas écrit pour intervenir sur la question des origines mais pour parler des rois berbères. Et ce qui frappe, comme dans les textes de Ahmed Akkache sur les résistances numides des circoncellions et de Takfarinas ou ceux Fatima-Zohra Oufriha pour les royaumes berbères du 12ème au 16ème  siècle, c‘est la permanence du territoire des numides qui correspond en gros à l’Algérie actuelle. 

Prise entre deux puissances, Carthage et Rome, la première puissance maritime et commerciale, la seconde puissance continentale, malgré la proximité de la mer, ce socle permanent  se distinguait des territoires voisins. Les identités étaient différentes même si le Libyque comme fond commun linguistique assurait une communication partagée.
Indéniablement cette terre portait une identité particulière, distincte, celle de la Numidie, terre berbère comme tout le vaste espace nord africain mais marqué par des traits distinctifs forts : une prégnante culture tribale qui cimente le lien social, des valeurs guerrières à la fois natives et cultivées par l’entrainement, un sens inné de la guérilla et de l’engagement asymétrique, la capacité aussi à mener des batailles classiques.

Cependant ces qualités ne furent pas les seules. Elles reflétaient puissamment d’autres traits du caractère numide, tout aussi permanents dans notre histoire : la défense du territoire, la résistance de longue durée aux occupations étrangères, l’adaptation aux pressions des puissances du moment  (Carthage et Rome pour cette période, l’Espagne, la Turquie, l’Italie, la France, l’Angleterre plus tard), un art de la diplomatie.
Tout cela indique que les Numides se sont dotés d’Etats, toujours contrariés dans leur développement par ces interventions étrangères. Djennas note avec une rare pédagogie comment Carthage, la puissance commerciale, restait en marge du territoire, comme le feront les Ottomans plus tard, aura une influence culturelle, au sens de la connaissance des techniques, des sciences et des arts transmis aux Numides en tant que nation autonome. C’est une politique d’alliances, changeants bien sûr, mais d’alliances seulement avec en arrière fond le profit marchand et un regard punique toujours tourné vers la mer.  

Rome bien au contraire occupera le territoire en profondeur,  prendra la terre, et elle ne ramène ses connaissances qu’au service de son entreprise coloniale dans une hostilité constante aux Numides comme nation. Bien sûr selon les règles de l’époque, auxquelles ressemblent tant les règles d’aujourd’hui, la puissance coloniale romaine, Rome a constamment sélectionné des princes numides pour en faire des alliés ou des fondés de pouvoir, voire plus tard des référents culturels pour chanter la soumission à l’Empire.

Ces Etats numides dans la période décisive des guerres puniques ont tenté d’acquérir les sciences des puissances voisines, Gaïa plus que les autres, comprenant que l’écart scientifique était un facteur du rapport de forces. 

Ce livre démontre à l’envie combien est fausse cette affirmation que les berbères étaient inaptes à construire un Etat. Bien au contraire, les puissances étrangères ont empêché les Numides de construire leur Etat sur la base des seuls facteurs endogènes. Et cette contrariété était soutenue par une guerre permanente menée contre notre peuple.  On peut le dire ainsi, parce que dans livre apparaît avec clarté qu’existait une nation, ou proto-nation, Numide ensemble humain, particulier, distinct par ses caractères, se situait sur un socle tout aussi distinct, correspondant à l’Algérie actuelle, différents des autres ensembles qui partageaient les origines libyques de sa langue.

Le Pr. Djennas explore cette identité numide à nulle autre pareille, singulière et unique  à travers quelques grands Aguellids, mais pas seulement, Gaïa, Syphax, Massinissa, Jugurtha dans leurs tentatives de maintenir un Etat numide au cœur d’enjeux géostratégiques de l’époque.
Tout ce texte et d’autres de Akkache, de Kaddache, de Oufriha confirment l’attestation historique qu’existait entre la Moulouya au Maroc et la ligne de Carthage un territoire cohérent, historiquement identifié et c’est la Numidie dont le nom existe et est prononcé depuis des millénaires.   La dissoudre dans une Tamazgha dont le nom a été créé depuis quelques années, c’est rajouter, au déni colonial d’une identité algérienne ancrée dans des millénaires d’histoire, l’imposture de la fabrication identitaire.

Voilà un livre à lire ou relire d’urgence et d’urgence et en extraire des savoirs-clés à mettre dans nos livres scolaires.

M.B

La Saga des rois numides entre Carthage et Rome. Docteur Messaoud Djennas. Casbah Editions. Alger. 201O. 238 pages.

1 Comment

  1. Abdekader Ouchen

    Docteur Djennas outre sa spécialité ( ophtalmologie ) s’intéresse à la littérature et l’histoiro bravo . Cher professeur éclairez davantage sur l’oeuvre de Si Ahmes puisque vous l’avez évoqué et d’autant plus vous avez préfacé «  » la révolte des Saints «  » Lors de son décès j’ai pour ma part rendu modestement un hommage à ce brillant écrivain et militant de la cause nationale in El-Watan sous le titre «  » Ahmed Akkache : l’homme, l’intellectuel et le militant «  »

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