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Notions d’économie politique : les contradictions internes fondamentales du capitalisme et ses implications contemporaines…Par Vincent Gouysse.

Par Vincent Gouysse.

Il est d’abord essentiel, comme les éléments les plus conscients des masses populaires ont commencé à le comprendre de manière instinctive (des éléments qui désignent les travailleurs salariés comme des « poulets de batterie », voire des « poulets fermiers » quand ils ont de la chance), que le capitalisme n’est pas une association librement consentie entre un patron et un travailleur, mais un rapport de forces qui est en premier lieu économique et social, avant même d’être politique. Le capitalisme est avant tout un mode de production qui est le produit de l’évolution de la société humaine sur plusieurs millénaires. Dans tous les développements qui suivent, nous avons fait nôtres les enseignements de Friedrich Engels pour lequel « selon la conception matérialiste, le facteur déterminant, en dernier ressort, dans l’histoire, c’est la production et la reproduction de la vie immédiate ». Or, comme le soulignait Karl Marx, « l’analyse des formes économiques ne peut s’aider du microscope ou des réactifs fournis par la chimie ; l’abstraction est la seule force qui puisse lui servir d’instrument ».

L’antiquité avait pour fondement l’esclavage (qui consistait dans la propriété directe et totale du maître sur l’esclave ainsi que l’appropriation de tout son travail), le féodalisme avait le servage (caractérisé par le paysan serf qui devait payer un impôt et fournir un travail gratuit sur les terres seigneuriales), et enfin l’époque moderne a le salariat où le prolétaire croit sincèrement être payé pour 8 à 10 heures de travail quotidien, mais n’est en fait pas rémunéré à hauteur de la valeur réelle des produits de son travail, mais à hauteur de ce que nécessite l’entretien de sa force de travail. En échange de son travail, il reçoit en effet une somme d’argent équivalent à ce qui est nécessaire pour perpétuer sa race (logement, nourriture, besoins sociaux, etc.).

Le niveau de cette rémunération varie de ce qui est nécessaire à sa simple survie (avec des conditions de travail précaires et misérables à l’extrême), jusqu’à un standard de vie relativement confortable s’il vit dans un pays impérialiste puissant. Dans ces pays privilégiés pillant d’autres pays plus faibles (nous reviendrons un peu plus loin là-dessus), les capitalistes peuvent alors avoir quelques os à jeter en pâture à leurs propres esclaves, des adoucissements à l’exploitation que Karl Marx désignait comme les « chaînes dorées » de l’esclavage salarié et que nous appelons aujourd’hui les « acquis sociaux ». Mais comme rien n’est gratuit, cela se paie « cash » par la mise en sommeil de leurs capacités de réflexion et de leur volonté de résistance…

Dans chacune de ces époques, la classe possédante dépouille le plus « légalement » du monde le travailleur des produits de son travail… Dans les modes de production pré-capitalistes, les classes dominantes s’approprient d’abord le travailleur lui-même, son travail ou bien le produit de son travail. Sous le capitalisme, la forme d’appropriation du travail d’autrui revêt un caractère généralement plus sophistiqué : celui de la production marchande. « Le commerce, c’est la tromperie légale », disait déjà Karl Marx… A la base de cette tromperie se trouve la cellule de base de la société bourgeoise : la marchandise, qui est commune au capitalisme et aux modes de production qui l’ont précédé depuis l’antiquité. Cette marchandise est le résultat d’un travail social, qui peut être individuel ou collectif, de l’artisan à l’ouvrier opérant dans de grandes usines robotisées. On vend des marchandises depuis l’antiquité, mais sa sphère de circulation a longtemps été très limitée et réservées aux classes les plus aisées. Produites par des artisans, elles n’étaient pas le mode de consommation majoritaire du produit social au sein des sociétés humaines. La population des sociétés humaines était en effet pour l’essentiel constituée de paysans pauvres pratiquant une agriculture de subsistance.

Pourquoi la circulation marchande devient-elle dominante sous le capitalisme ? Dès le moyen-âge, la classe des commerçants va en se renforçant, et au XVème siècle, cette grande bourgeoisie marchande dispose de suffisamment de capitaux pour se lancer à la conquête de nouvelles sources d’approvisionnement et de nouvelles routes commerciales dont le commerce triangulaire va devenir une puissante source d’accumulation au cours des siècles suivants. C’est la colonisation, notamment du continent africain, qui va ainsi donner une puissante impulsion au renforcement accéléré de la puissance économique de la grande bourgeoisie marchande, par la vente et la déportation de dizaines de millions d’esclaves noirs vers le continent américain. Aux XVIIème et XVIIIème siècles notamment, les manufactures se multiplient sous l’impulsion de capitaux fournis par la bourgeoisie marchande. Ces grands ateliers font alors de la classe bourgeoise la classe économiquement dominante, alors que les féodaux et son clergé continuent de détenir le pouvoir politique. Partout en Europe, la bourgeoisie vit de plus en plus mal la domination politique féodale, perçue comme une entrave à son développement et qui ne correspond plus au nouveau rapport de forces économique désormais en sa faveur.

Depuis le 14ème siècle, avec la fin de l’optimum climatique médiéval, la société féodale connaissait une période économique difficile, longue de plusieurs siècles, marquée par de fréquentes mauvaises récoltes accompagnées d’épidémies meurtrières (peste). De mauvaises conditions qui poussent à la guerre. Ce petit âge glaciaire connaît son apogée aux XVIIème et XVIIIème siècles : les mauvaises récoltes deviennent très fréquentes avec à la clef une flambée du vagabondage et la multiplication des révoltes paysannes.

L’heure est venue pour la bourgeoisie de profiter de ce concours de circonstances pour se constituer en classe dirigeante en abattant la monarchie absolue et en faisant valoir ses intérêts comme ceux de la société toute entière. L’ère des révolutions bourgeoises s’ouvre alors et la tête des monarques tombera plus ou moins radicalement. La bourgeoisie, qui a besoin du soutien social des larges masses du peuple, met alors à l’ordre du jour pour les paysans serfs la conquête de leur liberté et la proclamation des droit dits « fondamentaux », en particulier celui de la propriété privée. Elle prétend alors créer un régime réellement « démocratique » : la République. On verra plus loin ce qu’il en est en réalité et quelles sont les limites de cette « démocratie ».

Quoiqu’il en soit, en brisant le carcan féodal qui bridait son développement, la bourgeoisie a donné un puissant essor au développement des sciences naturelles et techniques. L’éducation scolaire se développe à grande échelle, car l’usage de la machine nécessite des travailleurs relativement éduqués, et ce de plus en plus à mesure que le niveau technique de l’outil de production va croissant. En Angleterre, qui a vu le triomphe précoce de la bourgeoisie amener à la création d’une monarchie parlementaire, la première moitié du XIXème siècle voit un large essor de la machine à vapeur qui marque le début de la Révolution industrielle : ce sont les débuts du machinisme sur la base des industries du charbon et de l’acier. C’est aussi « l’âge d’or » de l’Empire britannique dont l’industrie textile inonde alors le monde. Mais dans d’autres pays, la bourgeoisie nourrit également de fortes ambitions et veut également sa part du gâteau.

Mais cet ouvrier n’est pas propriétaire de l’usine où il travaille, ni d’ailleurs des produits de son travail qui sont cédés « gracieusement » au capitaliste qui l’emploie contre un salaire. Le capitaliste, donc, paie l’ouvrier pour l’usage quotidien de sa force de travail pendant une durée déterminée, une durée de loin supérieure à celle dont l’ouvrier aurait besoin pour produire la somme de valeurs d’usage des marchandises dont il aurait besoin pour assurer sa survie. Une fraction du travail de l’ouvrier est donc accaparée par le détenteur des moyens de production par la vente de la fraction excédentaire du produit de son travail. L’ouvrier est certes libre de refuser de travailler pour un capitaliste individuel, mais il est condamné à travailler pour la classe des capitalistes, à moins de renoncer à trouver les moyens de sa subsistance, ou d’essayer de se hisser à la condition sociale du capitaliste, un chemin au demeurant bien périlleux… L’ouvrier est donc condamné à accepter le vol d’une fraction du produit de son propre travail, mais son travail n’en a pas moins produit une quantité de valeurs d’usage supérieure à la valeur d’échange de sa force de travail (qui correspond à la somme des valeurs d’échange des marchandises nécessaires à la reproduction quotidienne de sa vie).

Les capitalistes doivent donc affronter un problème insurmontable : l’étroitesse structurelle des débouchés commerciaux ! Les esclaves salariés ne peuvent en effet pas acheter la totalité des marchandises produites puisque leur salaire ne correspond pas à la valeur des produits de leur travail. Les capitalistes ont beau essayer de régler ce problème de débouchés par la hausse de leur propre consommation parasite (via le développement de l’industrie du luxe), rien n’y fait, car demeurent des distorsions liées à l’anarchie dans la production et à la concurrence que se livrent les capitalistes individuels poussés à diminuer constamment les frais de production de leurs marchandises, frais qui se ramènent en définitive à un seul : le travail, qu’il soit immédiat ou accumulé (intrants, biens intermédiaires).

Le seul facteur variable sur lequel les capitalistes peuvent influer est celui des salaires, qui sont ainsi, de manière innée, tentés d’évoluer à la baisse afin de leur permettre de gagner cette guerre industrielle et commerciale permanente de tous contre tous !

Pour écouler sa production face à la concurrence livrée par ses semblables, le capitaliste individuel est ainsi contraint de dégrader les conditions de l’exploitation (soit en augmentant la durée du travail et le niveau technique de l’outil de production pour augmenter le volume de sa production, soit en baissant le niveau du salaire nominal, soit en réduisant le nombre de ses esclaves en les jetant au chômage afin de réduire la masse salariale), ce qui dans tous les cas conduit à l’abaissement du niveau des salaires, relativement à la production sociale, et donc à l’aggravation de la crise de débouchés…

Dans cette guerre, ce sont les plus gros capitalistes qui survivent : ceux qui produisent à meilleur marché parce qu’ils ont les usines les plus perfectionnées. Le capitalisme tend ainsi à augmenter la part du capital fixe (en particulier le niveau technique de l’outil de production) au détriment de la part des salaires (qui constituent pourtant en définitive sa seule source de profits, puisque le bénéfice technique est perdu dès que la technique nouvelle est adoptée par la concurrence). Les investissements deviennent donc de plus en plus lourds, pour un retour sur investissements de plus en plus tardif et temporaire, favorisant en retour la sélection et la survie des plus gros requins à mesure que le niveau technique et scientifique s’élève. Dans les branches d’industrie à plus haute composition organique en Capital, les investissements ne sont plus accessibles qu’aux plus grosses entreprises monopolistes. Cette concentration aboutit à la création d’entreprises capitalistes géantes (qui peuvent regrouper les capitaux de plusieurs capitalistes individuels au sein de sociétés par actions).

Pris entre le marteau et l’enclume, c’est-à-dire entre la nécessité d’abaisser le coût du travail pour rester concurrentiel et la nécessité de trouver de nouveaux débouchés, notre capitaliste individuel n’a donc plus guère de choix : pour éviter la dégradation continue des conditions de l’esclavage et donc l’explosion sociale, il doit inévitablement partir à la conquête de nouveaux débouchés à l’extérieur de son cadre national, avec en ligne de mire la conquête de marchés à l’international. Dès cet instant, le capitaliste individuel tend à s’unir à ses semblables afin de faire face à ses concurrents à l’échelle internationale. C’est le début des grandes unions capitalistes (cartels et trusts) qui vont désormais chercher à se partager le marché mondial pour y conquérir des débouchés. Les capitalistes de tel pays partent alors en guerre, au sens propre comme au sens figuré, contre les unions capitalistes des autres pays présents sur le marché mondial, et ce autant pour la conquête de débouchés que pour leur approvisionnement en matières premières.

« Nous avons fait voir ce que c’est que la fraternité que le libre-échange fait naître entre les différentes classes d’une seule et même nation. La fraternité que le libre-échange établirait entre les différentes nations de la terre ne serait guère plus fraternelle. Désigner par le nom de fraternité universelle l’exploitation à son état cosmopolite, c’est une idée qui ne pouvait prendre origine que dans le sein de la bourgeoisie. Tous les phénomènes destructeurs que la libre concurrence fait naître dans l’intérieur d’un pays se reproduisent dans des proportions plus gigantesques sur le marché de l’univers ».

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