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Arts et littérature., Chroniques

NOTRE ZORBA. Mohamed ADJOU (chronique décembre 2014)

Par Mohamed Adjou. jeudi 17 Décembre 2014.

Les chroniques de Mohamed Adjou : Humeur.

Le Collectif novembre a rajouté la catégorie "Chroniques" à son blog. Nadia Belkacemi et Mohamed Adjou en sont les premiers phares. Ils nous ont autorisés à en choisir quelques-unes pour publication. Nous les en remercions et les remercions pour leur créativité au quotidien.

NOTRE ZORBA.

Et si je vous disais que j’ai connu Zorba avant Kazantzaki et Théodorakis ?…C’était vers la fin des années 50 et le début des années 60.Il y’avait la guerre, la boue, la peur, le froid, l’angoisse et la faim; et notre famille, soudée par l’instinct de survie qui rend vitale la solidarité, vivait de ses terres rabougries qu’elle obligeait à donner tout ce qu’elles pouvaient en figues, olives, orge, ou oignons…Il avait un visage torturé, une barbe rebelle mais des yeux d’une immense profondeur… il ressemblait à Anthony Queen dont il partageait la dégaine et, en lisant bien plus tard le livre de Kazantzakis, j’étais sûr que c’était lui… Zorba !… j’en ai eu confirmation quand j’ai vu le film.Cet homme était venu de nulle part ; on l’a trouvé là et nos parents ne pouvaient rien nous apprendre de lui sauf qu’il était arrivé un jour d’hiver dans un paletot usé et qu’il avait demandé en souriant derrière sa barbe, à se chauffer les pieds et depuis, il les a allongés…Il s’est vite fait adopter parce qu’il connaissait tout et ne rechignait à rien, il taillait les arbres, tondait les moutons, égorgeait la poule, binait le jardin, lavait les morts, crépissait les murs de terre glaise, soulevait les fardeaux, reboutait les membres brisés des hommes et des bêtes et connaissait le secret de toutes les plantes… et de plus, il avait sous son turban désordonné une intarissable source de proverbes dont il savait user et de chants qu’il chantait si bien et puis, il avait une flûte ensorcelante et sa danse était magique …Et les plus suaves souvenirs de jeunesse, je les dois à ce vieux barde, à ses contes autour du feu d’hiver ou à ses chants si pleins de nostalgies qu’il nous offrait au clair de lune sur la terre battue du « nader » en été…Lui, c’était Salem Belaoufi…Un jour, accroupi sur une des collines de nos montagnes qui sentaient bon le myrte et le lentisque, la barbe offerte à la fraîcheur d’une brise d’été, il regardait en silence l’immensité des terres qui ondulaient jusqu’à l’horizon en forêts de pins et denses maquis… ses lèvres remuaient et on ne savait pas à l’expression concentrée de ses yeux qui n’étaient que fentes étroites, s’il priait ou blasphémait…

Dans ses moments de méditation, il était interdit de parler ou de bouger car sa concentration avait un caractère sacré et l’en faire sortir le rendait rageur…Nous le vîmes se relever… il s’appuya de la main droite sur sa canne, le vent frais faisait battre les pans de sa veste élimée, il mit la main gauche en visière et sans faire attention à nous, il se libéra de son extase en disant :- wach eddir bel ksour ya elli teksebb ardh Allah bekmal’ha !Que ferais tu des palais ô toi qui possèdes toute la terre de Dieu?…Et moi je vous dis que comme le vieux Salem Belaoufi, vous êtes riches de ce que vous ne possédez pas et si vous ne me croyez pas dirou belli ma goult walou et continuez comme Bouteflika, Ghoul, Benyounes et les autres, à croire que le bonheur est tributaire du pouvoir, de son confort et de ses illusions !

Mohamed Adjou. Djabahia. le…18/12/2014

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