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Algérie Politique, Chroniques

Boukrouh, le président et les tweets. Par Zohra MAHI .

A la Une d’Algérie 360 : boukrouh rend hommage à amira bouraoui. https://www.algerie360.com/20200624-boukrouh-rend-hommage-a-amira-bouraoui/

Par Zohra MAHI. le 16 décembre 2020.

A la suite du message du Président de la République au peuple Algérien, Monsieur Noureddine Boukrouh a cru devoir poster un long billet sans que l’on sache vraiment s’il ne fallait pas qu’il attende une meilleure occurrence pour faire état de ses talents de grand analyste politique plutôt que de s’exprimer sur un évènement, somme toute minuscule, d’un convalescent qui donne de ses nouvelles au pays et à sa famille.

Bien sûr me direz-vous, ce n’est pas n’importe quel malade puisqu’il s’agit du Chef de l’état Algérien et que les circonstances régionales défavorables peuvent amener les citoyens comme monsieur Boukrouh à avoir de légitimes alarmes. Soit. Alors de quoi s’agit-il ? un président malade ! Est-ce si exceptionnel et est-ce si grave qu’il faille faire appel au ban et à l’arrière ban pour ameuter le peuple qui vaque à ses occupations sans que des troubles ou des désordres majeurs l’en empêchent et qu’un gouvernement et un premier ministre sont en place pour tenir fermement les rênes du pouvoir ?

Monsieur Boukrouh lui-même relève que des chefs d’état étrangers ont été contaminés par le virus Corona mais le cas du président Tebboune lui parait exceptionnel puisqu’aucun de ces illustres malades n’ont été soignés dans un hôpital allemand ??? !!! Mais si lui, en fait un sujet de reproche au président, les Algériens se félicitent de ce que les médecins algériens aient eu l’intelligence et la présence d’esprit de faire appel à leurs homologues allemands et à leur hôpital spécialisé et non pas laisser leur patient mourir par un inexplicable et coupable découragement ou carrément une soumission macabre au Mektoub. Monsieur Boukrouh plante le décor pour déjà nous préparer à sa critique, d’on ne sait quoi d’ailleurs, comme si le président avait fait exprès de tomber malade pour l’obliger lui, le grand Noureddine, à réagir alors qu’il aurait eu mieux à faire ! Cependant, cette critique ne « casse pas trois pattes à un canard » ! Jugez-en ! Monsieur Boukrouh relève que :

– Le président a usé du tweet,

– Cela s’est passé dans un lieu indéterminé

– Après une disparition- L’ambiance était lugubre

– La tentation d’être un nouveau Bouteflika

– Le président a récité à contre sens l’extrait d’un poème de Sidi Abderrahmane Ethaalibi

1° Le tweet, cette plume du pauvre d’esprit.

Monsieur Boukrouh a beau avoir dépassé les 70 ans de quelques mois, il reste plus jeune que Donald Trump, président de la première puissance du monde, qui a mis à la mode le gouvernement par le tweet ! Personne n’a fait grief à ce fantasque pareille dérive et beaucoup lui ont emboité le pas, trop contents d’être à la pointe de la technologie et du savoir-faire.

Ce moyen d’expression court, rapide et efficace, est le plus usité par les politiques, les artistes, les scientifiques, les adolescents, les simples quidams du monde entier, pour échanger et se situer dans l’espace ! Il faudra que monsieur Boukrouh nous explique en quoi le fait pour le président d’avoir twitté, constituerait une faute politique car c’est pour le moment le seul reproche que l’on pourrait faire à un chef d’état, par ailleurs empêché par une cause légitime.

2° Cela s’est passé dans un lieu « indéterminé ».

L’Algérie toute entière a su que son président avait été contaminé par un haut fonctionnaire atteint du Coronavirus, qu’il s’est mis en confinement volontaire mais que bientôt, tombant dans le coma, il a été hospitalisé puis transféré en Allemagne car son cas s’était aggravé en raison de ses antécédents médicaux.

Si Monsieur Boukrouh ne savait rien de tout cela, il est évident que voir le président dans une chambre de convalescence c’est, soit qu’il découvre pour la première fois les circonstances relatives à l’hospitalisation du malade soit, que le sort de ce dernier lui était indifférent et qu’il n’a pas jugé utile de se tenir au courant de ce qu’il pouvait advenir de lui.

En cela, Monsieur Boukrouh est parfaitement en droit de ne s’occuper que de ses affaires, de sa famille, de ses enfants et de tourner le dos à la vie politique qui ne lui a pas laissé que de bons souvenirs. Mais alors pourquoi prendre sa plus belle plume pour nous infliger son pensum s’il a décroché de la vie politique ?

3° Après une « disparition » ???

Peut-on qualifier une hospitalisation intervenue au vu et au su de toute la planète d’être une « disparition » ? Voilà un abus de langage auquel se livrent généralement les gens qui n’ont rien à dire et qui cèdent à la facilité ! Mais un ancien ministre ? Monsieur Boukrouh devrait pourtant être rompu à la retenue, à la prudence et au choix des mots.

Cela étant, en voyant le président même dans un lieu indéterminé et même après un tweet, Monsieur Boukrouh a pu se rassurer car manifestement le lieu à partir duquel s’exprimait « le disparu » n’était ni une cave insalubre pour détention arbitraire ni une salle de torture pour kidnappé genre Khashoggi mais une chambre ordonnée et ordinaire.

4° l’ambiance était « lugubre »

La simplicité et la sérénité ne sont lugubres que pour ceux qui veulent vivre sur le dos du peuple. Le président donne ici une leçon de sobriété dont devraient bien profiter tous ses ministres et même les anciens ministres d’autres gouvernements comme Monsieur Boukrouh.

La chambre d’un convalescent, surtout dans l’austère Allemagne, ne contient que le strict minimum. On est loin du luxe, du gaspillage et des paillettes de la bande précédente. Le président revient de loin, il a besoin de calme et de silence, sa santé encore fragile ne lui permet pas de faire des performances d’acteur. S’il avait été filmé dans un palais des mille et une nuits avec musique et tout le tremblement, cela lui aurait été aussi reproché.

En fait, ce qui dérange Monsieur Boukrouh c’est que ce président-là soit trop simple, trop direct et sa manière de s’exprimer sans emphase et sans mensonges est agaçante pour les nomenklaturistes pas tout à fait repentis !! Il est surtout coupable de ne pas avoir mis son propos en scène comme en son temps la bande Bouteflikienne qui avait la science du décorum hollywoodien.

5° La tentation d’être un nouveau Bouteflika

Avant d’en venir à la grande histoire à propos du passé colonial de l’Algérie évoqué à très mauvais escient par Monsieur Boukrouh, il faut nous pencher sur l’histoire récente de notre pays puisque le président est sommé de faire son examen de conscience et ne pas se laisser tenter par l’exemple de son prédécesseur. Aux termes de la constitution Bouteflikienne si le président est empêché de façon durable, l’article 102 permet sa destitution à la suite de la procédure initiée par le Conseil Constitutionnel. Le temps de cet empêchement durable n’est pas légalement fixé.

Il faut rappeler que le président Bouteflika a eu son AVC, dont il n’a pas récupéré, en 2013 et qu’il a été forcé de quitter le pouvoir en avril 2019. Depuis 2013 il n’a plus été entendu de sa part un seul mot intelligible et Manuel Valls l’a filmé dans un piteux état. Son empêchement d’exercer le pouvoir par lui-même a duré 6 longues années.

Le Président Tebboune a été hospitalisé le 26 octobre 2020 à Alger puis en Allemagne. Il s’exprime avec une voix intelligible, tient un discours cohérent après un mois et 17 jours de soins et se donne 15 jours pour retrouver des forces et revenir en Algérie.

N’est-ce pas abusif et même ridicule de comparer deux situations totalement différentes surtout de la part d’un homme politique, ancien ministre qui n’a pas pipé mot durant la confiscation du pouvoir par le clan Bouteflika au nom d’un légume puis d’un cadre ?

Et c’est le président Tebboune premier président à avoir été élu démocratiquement malgré les tentatives de nous empêcher de voter (je peux en témoigner personnellement pour Paris) qui est sommé de faire son « examen de conscience » ?

6° Le poème de Sidi Abderrahmane Ethaalibi,

« inopportun » Monsieur Boukrouh termine presque sa lettre par ce reproche inattendu : l’extrait du poème du Saint-Patron de la ville d’Alger non seulement n’avait pas sa place mais ne correspondait pas du tout au contexte d’aujourd’hui. Que voulait exprimer en substance le président en déclamant ces quelques vers ? C’était un message d’espoir destiné au peuple Algérien pour lui rappeler que malgré les vicissitudes de son histoire, il a toujours triomphé, ce qui est la stricte vérité.

La lecture du passé historique de notre pays par Monsieur Boukrouh qui affirme que l’utilisation de ce poème serait contreproductive parce que justement l’Algérie a toujours payé le prix fort après une défaite, n’est pas celle des Algériens qui connaissent un peu leur histoire.

D’abord, ils se félicitent que le président ait gardé une mémoire intacte quand on sait les ravages que cause ce virus et les séquelles qu’il laisse notamment au niveau du cerveau. Ensuite, ils relèvent que Monsieur Boukrouh qualifie à tort l’occupation par l’Espagne de Santa Cruz à Oran et Fort l’Empereur à Alger, de colonisation pérenne. Plus surprenant encore, il qualifie de « colonisation » la présence fraternelle turque à la suite de l’appel de l’Emir Hamou de Tlemcen à la Sublime Porte, Khalife de l’Islam et légitime à lui prêter main forte. Cette dernière interprétation procède carrément de la dénaturation des faits historiques, Monsieur Mouloud Kassem* doit se retourner dans sa tombe !!

La seule et véritable colonisation qu’ont eu à subir les Algériens c’est bien la colonisation française et l’histoire a démontré que quelle que soit la durée de l’occupation, les agresseurs finissent toujours par décamper. Et c’est bien là le contenu du message présidentiel, ce virus comme les Français finira lui aussi par être vaincu.

Le reste de la lettre de Monsieur Boukrouh sur les qualités multiples et variées du peuple algérien est de la pure flagornerie, il n’y a pas lieu de s’y attarder. Bon rétablissement à notre président et bon retour parmi les Algériens, le reste n’est que fioritures !

Zohra Mahi.

*Malek Bennabi doit certainement se retourner dans sa tombe, lui aussi (Mohamed Bouhamidi)

Source de l’illustration :

Boukrouh rend hommage à Amira Bouraoui

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