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Décembre, ce mois sacré ! par Abdelalim MEDJAOUI.

par Abdelalim Medjaoui, 11 décembre 2020.

Décembre, pour nous Algériens, est, avec Novembre, Août et autre Octobre, un de ces mois sacrés – pour reprendre une désignation tirée de notre Saint Coran (« al Ach’hour al houroum ») – à la survenue desquels notre peuple se souvient, se lève et prie… glorifie les chouhada et jure de défendre et d’enrichir les acquis que leur sacrifice a permis d’engranger.  

Décembre 1960, c’est le mois, le moment de notre guerre de libération où notre peuple confirme l’enterrement de « l’Algérie française », après la reconnaissance et l’annonce par de Gaulle que l’Algérie de papa, c’est fini !

C’était en partie une des revendications essentielles du 1er Novembre, inscrites dans sa Proclamation !

Le tournant décisif: Toute l'actualité sur liberte-algerie.com
…Novembre y exigeait de la France « …la reconnaissance de la nationalité algérienne par une déclaration officielle abrogeant les édits, décrets et lois faisant de l’Algérie une terre française en déni de l’histoire, de la géographie, de la langue, de la religion et des mœurs du peuple algérien… » 

À l’entame de la 7ème année de sa résistance inflexible, notre peuple, obligeait alors l’adversaire à sacrifier une des pièces principales de son échiquier : l’ineffable montage des « Trois Départements »…  Mais c’est alors que le crime colonial apparaît au grand jour ; ainsi que son auteur – la France impériale !

Si ce montage avait réussi, le crime colonial aurait été parfait, comme dans les colonies de peuplement réussies – au Canada, par exemple –, et c’est ce que faisait remarquer Ferhat Abbès (Cf. La Nuit coloniale) au sociologue Alfred Sauvy qui regrettait que la colonisation politico-militaire n’ait pas été soutenue par une adéquate politique démographique …

Et c’est alors aussi, que le nouveau responsable de cette France impériale, de Gaulle – va déployer son terrible talent politique, diplomatique en plus du militaire, pour défendre « les intérêts de la France » dans la future colonie indépendante, non seulement dans un bras de fer avec le peuple algérien et son Novembre, mais aussi contre l’ogre d’outre-Atlantique…

…dont on sait qu’il a jeté son dévolu sur les anciennes possessions libérées du colonialisme ibérique ; et il est candidat pressé pour le faire pour l’Algérie dont l’inévitable avenir indépendant commande à celui de toute l’Afrique. Les États-Unis savent et craignent l’influence révolutionnaire de Fanon… qui travaille à la jonction de la révolution algérienne avec la lutte difficile des autres peuples africains, en butte avec la Françafrique… 

Les États-Unis reprochent aux dirigeants français d’avoir été politiquement maladroits au point de mettre au jour le crime colonial, et de s’entêter à l’être en tergiversant sur l’avenir de la colonie au point de risquer qu’il se radicalise outre mesure… Aussi pressent-ils de Gaulle à s’engager pour l’indépendance de l’Algérie jusqu’à lui faire lâcher le mot « autodétermination »…

Ils s’abstiennent à l’ONU de soutenir la France… tant qu’elle n’a pas clairement montré sa volonté de lâcher du lest.   

Comment de Gaulle en est-il arrivé là ?

Algérie – Le 11 décembre 1960 : le tournant décisif | Mondialisation.ca

L’armée d’occupation peine, malgré tous les pouvoirs et moyens dont la République impériale l’a dotée, à faire plier la résistance armée, fuyante, insaisissable d’un peuple qui utilise l’arme du faible, le coup de main, l’embuscade… Contre cette guerre qu’elle qualifie de « terroriste », elle a développé ce qu’elle appelle la « guerre contre-révolutionnaire » où en plus des moyens redoutables de l’armée (dont le napalm n’est pas le moindre…), elle utilise la TORTURE en grand… La gégène est transportée en hélico jusqu’au sommet des montagnes..

L’image de la France – de 1789 ?  – est scandaleusement souillée, et notre FLN marque des points à l’ONU…

Pontecorvo fixera cette image hideuse dans La Bataille d’Alger en hommage à la résistance du peuplede la Capitale, et l’un des sbires qui a sévi dans ce triste épisode, Aussaresses, est allé commercialiser, en appui sur ce film, son enseignement de l’art d’accommoder les « valeurs de 1789 » aux crimes les plus abjects…

De Gaulle attendait son heure… il voulait rendre à la France une image convenable. Et il informait les militaires qu’il a la solution pour le faire… D’où leurs pressions – avec menace d’un coup d’État – sur Paris pour lui remettre le pouvoir… 

Ce que fait le Président de la IVe République en mai 1958…

Il s’installe président du Conseil, avec une équipe renouvelée. Mais en Algérie, il reconduit les pouvoirs de l’armée, sauf que son ministre des Affaires culturelles, A. Malraux, claironne : « depuis l’arrivée de de Gaulle, il n’y a plus de torture ! » Vrai au plan de la propagande et, même s’il n’y a pas de changement sur le terrain, l’armée se sent couverte.

Elle est confortée, fin 1958, par la nomination de Challe à la place de Salan, qui se voit encouragé à durcir la guerre : doublement de la ligne Morice par celle portant son nom, à l’Est, pour parfaire l’isolement de l’ALN entre des frontières de plus en plus étanches ; lancement du plan Challe le 6 février 1959…

C’est qu’il ne faut pas qu’il y ait un Dien Bien Phu en Algérie, a dit de Gaulle à ses militaires !

« La cruelle ironie des SAS, disait Jacques Berque, est d’avoir transposé dans l’anachronisme et l’odieux les vieilles pratiques des Affaires Indigènes. J’ai bien connu Parlange, pasticheur honnête mais borné de l’esprit lyautéen, et incapable de voir qu’entre l’Aurès de 1954 et le Moyen Atlas de 1914 s’intercalait l’évolution du monde ! »[1] Cette remarque ne conviendrait-elle pas également à Challe pastichant les recettes du « Terminator » Bugeaud, sans prendre en compte « l’évolution du monde » ?

Cela permet au Général d’être à la manœuvre politique.

23 octobre 1958. Il n’offre d’autre perspective au FLN qu’une reddition honorable, la « paix des braves ». Le FLN-ALN hausse les épaules.

1959. Un tournant ? de Gaulle proclame solennellement le 16 septembre le droit de l’Algérie à l’autodétermination ! Les Algériens ont le choix entre trois solutions : la sécession, la francisation complète, « de Dunkerque à Tamanrasset », ou la constitution d’une Algérie gouvernée par les Algériens, mais « en union étroite avec la France… une fois le cessez-le-feu obtenu ! On n’en est pas encore là, car le Plan Challe est en plein déploiement…

Mais en décembre, dans un ordre du jour à ses généraux[2], à Tlemcen, le Général refroidit leur ardeur guerrière pour la défense de « l’Algérie française » :

« …Il est parfaitement vrai que notre écrasante supériorité militaire finit par réduire la plus grande partie des bandes. Mais moralement et politiquement, c’est moins que jamais vers nous que se tournent les Musulmans algériens. Prétendre qu’ils sont Français, ou qu’ils veulent l’être, […] épouvantable dérision. Se bercer de l’idée que la solution politique c’est l’intégration ou la francisation, qui ne sont et ne peuvent être que notre domination par la force – ce que les gens d’Alger et nombre de bons militaires appellent "l’Algérie française" – c’est une lamentable sottise… » 

C’est là, devant ses généraux, qu’il signe l’abandon de « l’Algérie française » !

Ne nous attardons pas au rejet de ce constat par les auteurs des « Barricades » puis par le « quarteron de généraux ». Passons directement aux suites données par de Gaulle à son « ouverture ».

Par bribes, confidence après confidence à l’un ou l’autre, discours après discours, il précise enfin le 4 novembre 1960, les trois options pour les Algériens : sécession (« ya latif ! », fait-il comprendre), intégration (on l’a vu dire son impossibilité) ou, ce qui est son choix, indépendance dans l’association avec la France… 

…dont il s’était déjà confidentiellement ouvert à Abderrahmane Farès, le 12 juin 1958 ! au moment où le GPRA allait annoncer sa constitution, en lui proposant un ministère… Il visait bien évidemment à allécher nos dirigeants à Tunis, que Farès a dit vouloir consulter sur la proposition …

On se doute que de Gaulle avait déjà mis en route la préparation de sa tournée de décembre, avec l’objectif impérieux que les « musulmans » acclament la solution qu’il leur propose non par  l’habituel « Vive la France », mais par des « vive l’Algérie algérienne ! » et « Vive de Gaulle ! » qui la leur donne. Il sait que les Européens, qui ont créé légalement le FAF (« Front de l’Algérie française »), voudront l’empêcher de commettre la forfaiture – à leurs yeux –, d’algérianiser l’Algérie. Il faut donc mobiliser les « musulmans » en nombre et les faire manifester… sans avoir peur d’être réprimés, pour contrebalancer, par ces slogans qu’ils doivent faire leurs, « l’Algérie française » des pieds-noirs. Les « forces de l’ordre » sont instruites dans ce sens !

Et là, en s’avançant ainsi, en encourageant les « musulmans » à manifester sans avoir trop à craindre la répression, de Gaulle dégarnit sa défense… Et, comme dans un match de foot, nos « musulmans » vont lui marquer un point : confirmer l’enfouissement de « l’Algérie française » sous l’avalanche des « Vive l’Algérie musulmane », « Vive le FLN »… et des you-you !

Et c’est pourquoi de Gaulle a « zappé » l’étape d’Alger… pour aller mieux préparer la suite de cette partie mal commencée pour lui !

Voilà, me semble-t-il, le sens de Décembre 1960 !

Certains se demandent qui a marqué le but. Est-ce Faghouli ? Eh non ! il a bien trouvé la faille, mais le goal a repoussé son tir-bolide, et c’est là que Bounedjah a trouvé, lui, le trou ! Mais alors les Guedioura et autres Mandi de la ligne de défense, qui ont résisté comme des diables aux puissantes vagues offensives de l’adversaire, ne sont-ils pour rien dans cette réalisation ? Mais alors, le coach, Belmadi, n’à rien à voir dans ce succès !

Mais alors le FLN n’a rien à voir avec cet exploit du peuple d’Alger ! exploit confirmé, recommencé et répercuté tout au long de ce décembre jusque dans les moindres petites agglomérations du pays.

Assurément, Décembre 1960 est une date à marquer d’une pierre blanche dans le cours de notre glorieuse histoire contemporaine !

Je voudrais ajouter une remarque : Ce parallèle que je fais entre notre peuple animé par le FLN et notre « Onze » national – notre fierté – coaché par Belmadi, je n’ai pas eu besoin de l’inventer. Je l’ai repris d’un des meilleurs éducateurs politiques de nos peuples en lutte pour leur libération, le très regretté Amilcar Cabral qui, à travers cet exemple, admirable de simplicité, d’une équipe de football, a défini pour ses camarades du PAIGC (le FLN de Guinée Bissau) le principe de l’unité révolutionnaire :

Cette association, dit-il, « se compose (…) de onze personnes. (…) se considérant chacune différente de l’autre, mais appartenant à la même équipe de football. Si cette équipe ne réussissait pas à faire son unité, au moment de jouer, elle ne serait jamais une équipe de football. Chacun peut conserver sa personnalité, ses idées, sa religion, ses problèmes personnels, même son style de jeu, mais ils doivent tous obéir à une chose ; ils doivent agir ensemble pour marquer des buts contre l’adversaire. Ils doivent former une unité. S’ils ne la formaient pas ce ne serait pas une équipe de foot. Ce ne serait rien. » Et Cabral de préciser : « le sens que nous donnons à notre principe d’unité est le suivant : quelles que soient les différences existantes, il nous faut être un tout, un ensemble, pour atteindre un objectif donné. Autrement dit, dans notre principe, « unité » est pris dans un sens dynamique, c’est-à-dire de mouvement. »[3]

Cabral, on l’aura compris, parle en tant que coach !

Voilà ma contribution commémorative pour le 60e anniversaire de notre Décembre 1960.

En ce décembre 2020, Un grand Monsieur a tiré sa révérence, dans la discrétion la plus totale : Djelloul Baghli, à l’âge de 91 ans, Rabbi ybarek, après une vie bien remplie ! Tout en lui rendant hommage, je m’associe à celui que lui ont rendu ses « enfants », les ingénieurs d’État diplômés de l’Institut algérien du pétrole que je salue chaudement pour ce geste de fidélité. Mais je reviendrai plus longuement sur ce que je voudrais lui dire…

Je livrerai aussi dans une prochaine intervention mon humble avis sur la grave compromission d’un média d’outre-Méditerranée, jusque-là honorable, avec une provocation sioniste sous couvert de participation commémorative à notre Décembre 1960…


[1]. Extrait d’une lettre de J. Berque à Michel Cornaton, publiée par ce dernier dans son livre Les camps de regroupements de la guerre d’Algérie, réédité à Alger par Saihi, 2013. 

[2]. Reproduit en entier par J.R. Tournoux, in Jamais dit, Plon, pp. 207-208.

[3]. Amilcar Cabral, Recueil de textes introduits par Carlos Lopez, Cetim, Genève, 2013, Média-Plus, Alger, 2015, pp. 20-21. A. Cabral était le chef du PAIGC (Parti africain pour l’indépendance de la Guinée et du Cap-Vert) en lutte contre le colonialisme portugais.

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