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Noël Favrelière et Mohamed Salah Necir, une amitié du maquis. Page d’histoire par Youssef Boussoumah.

Par Youssef Boussoumah . le 8 décembre 2020.

Oyez, oyez, chères amies et amis la guerre n’est pas souvent propice aux belles histoires d’amitié entre combattants opposés et pourtant voici l’une des plus belles que je connaisse. Et elle se passe durant la guerre d’Algérie.

En 1956 Noël Favrelière un jeune soldat français âgé de 22 ans qui vient d’être rappelé en Algérie (il avait déjà effectué un service militaire en Algérie avant 1954) en tant que sous-officier au sein du 8e régiment parachutiste (unité d’élite) participe à des combats dans la région d’Aumale (Sour El Ghozlane, wilaya de Bouira au centre nord du pays). Au cours de ceux-ci il dira déjà avoir été scandalisé par la façon désinvolte dont ses compagnons militaires ont tué une petite algérienne de huit ans. Ce qui l’avait amené à déclarer à une autre occasion que s’il avait été Algérien il serait sans doute devenu fellaga (rebelle). Il faut dire qu’enfant il avait été très marqué par la brutalité nazie dans sa ville natale La Rochelle.

Le 18 août 1956, sa compagnie ayant capturé deux combattants de l’ALN (armée de libération algérienne), il s’agit de les faire parler. Et là il assiste horrifié à une scène qui va décider de son avenir.

Les militaires embarquent un des prisonniers à bord d’un hélicoptère pour parait-il le transférer dans une autre base, laissant l’autre attaché à un piquet en plein air, les mains liées par du fil de fer barbelé. Et alors que l’hélicoptère est en l’air au-dessus du cantonnement les soldats jettent leur captif vivant hors de l’aéronef. Le but est de terroriser le second et le contraindre à parler. Une pratique souvent pratiquée nous le savons entre autres par le tristement célèbre et véritable « nazi » colonel Bigeard.

A l’aube du 19 août Noël Favrelière est donc chargé de garder le 2e prisonnier « rebelle » âgé de 19 ans, Necir, qui n’ayant pas parlé devait être exécuté par «corvée de bois » (c’est à dire simulation d’une tentative de fuite et exécution sommaire) dans la journée.  Et c’est là que profitant du fait que le camp est endormi, il décide de déserter avec son prisonnier et des armes pour rejoindre les troupes de l’ALN. Les deux marcheront pendant plusieurs nuits se cachant le jour pour échapper aux soldats lancés à leur poursuite. Et c’est d’ailleurs au tout début de leur fuite que dans le petit matin ils trouvent les restes écrabouillés du supplicié de l’hélicoptère à demi mangés par les chacals. Leur marche est d’autant plus difficile que Necir est nu pied et a une balle logée dans le talon. 

C’est là que se situe un épisode de cette histoire, véritable crève-cœur pour Noël. Ayant trouvé refuge chez des nomades des hauts-plateaux qui les ont accueillis et ravitaillés, le déserteur français par mégarde accepte de donner à l’une des femmes qui le lui réclame comme souvenir un écusson de son béret de parachutiste. Juste après le départ des fugitifs les militaires français et leurs harkis surgissant dans le campement bédouin, trouvent la femme en possession de cet écusson. Comprenant que les fugitifs sont passés par là ils exterminent toute la famille, enfants compris dont il ne restera vivant qu’un seul d’entre eux parti chercher de l’eau.

Les deux finissent par rejoindre dans les hauteurs d’une montagne un maquis du FLN. Sur ce, Noël refuse d’être évacué vers la Tunisie puis vers un pays refuge comme cela se passait avec d’autres déserteurs français mais décide d’intégrer l’ALN et de combattre l’armée française aux côtés de son ami Necir.

Et c’est ainsi que pendant dix mois, dans la partie du Sahara et des montagnes situées à la frontière de la Tunisie et de l’Algérie, il participe aux combats sous le nom de Nourdine. Toujours recherché par l’armée française puisqu’il a été condamné à mort par contumace, il sera d’ailleurs blessé au pied après une attaque de l’aviation. L’un de ses chefs dans l’ALN dira de lui, « il ne peut rien lui arrivé à celui-là, Dieu l’aime ».

C’est alors qu’il rejoint la Tunisie pour se faire soigner et témoigner de son geste dans la presse où il appelle les soldats français à déserter. Il demande alors un visa pour les États-Unis où vit sa sœur, l’obtient et continuera à lutter pour l’Algérie aux côtés de M’hamed Yazid chef de la délégation algérienne à l’ONU.

Longtemps après en 1966 il sera enfin amnistié de ses deux condamnations à mort par le général de Gaulle. Auparavant il avait déjà retrouvé l’Algérie dès l’indépendance en 1962 et dirigera même le musée d’Alger quelques temps entre 1964 et 1966.

Concernant les motivations de Noël il y a cette petite phrase que son père lui avait glissé à l’oreille sur le quai d’une gare qui l’emportait vers l’Algérie et qu’il se répétait sans cesse « Surtout ne soit jamais un boche », c’est à dire ne te conduit jamais comme un de ces soldats allemands dont la brutalité avait marqué la famille durant la seconde guerre mondiale.

Une recommandation que le déserteur aura suivie au pied de la lettre. Le nom de Noël Favrelière figure sur une stèle à Alger érigée à la gloire des Français qui ont aidé le peuple algérien durant sa lutte. Quant à Necir dès que l’occasion se présente il ne manque jamais d’honorer son frère qu’il n’avait retrouvé qu’en 2011. Les deux resteront intimement liés jusqu’à la mort de Noël Favrelière en 2017, l’un de ceux, dit Necir qui ont sauvé l’honneur du peuple français.

*Pour information longtemps interdit en France le récit de Noël Favrelière Le Déserteur, est édité en 1974 aux Éditions Jean-Claude Lattès, puis sous son titre original « Le désert à l’aube » aux Éditions de Minuit en 2000. Cette histoire apparaît dans deux films, le classique incontournable « Avoir vingt ans dans les Aurès » de notre ami René Vautier (1972) et dans l’admirable « L’opium et le bâton » de l’Algérien Mouloud Mammeri.

Youssef Boussoumah . le 8 décembre 2020.

Source : https://www.facebook.com/Youssef.Lourdess/posts/4100378413312198

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