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Algérie Politique

Posture en illusion d’optique et relookage raté. Sur la lettre de Tabbou à Macron. Un texte de Zohra Mahi.

Le titre est de la rédaction du Collectif novembre.

Par Zohra Mahi.

La lettre adressée par Monsieur Karim Tabbou se déclarant « opposant politique algérien » au président Français Emmanuel Macron, ne présente aucun intérêt et n’aura aucun impact politique sur les relations entre la France et l’Algérie, d’abord parce que son auteur n’a aucune qualité pour parler au nom des Algériens et ensuite parce que c’est une bouillie de chat qui ne respecte aucune norme pour s’adresser à un chef d’état étranger, les imprécations voisinant avec les pleurnicheries et les outrances.

Dans cette interpellation au contenu décousu on peut à la rigueur relever quelques fantaisies de son auteur qui en disent long sur son manque de culture historique et politique, son patriotisme plutôt tiède et son absence de sens des responsabilités en tant que citoyen Algérien.

1° Le principe même de cette lettre adressée par un homme politique et qui se revendique comme tel, à un chef d’état étranger l’appelant expressément à s’immiscer dans les affaires de l’Algérie, est déjà un acte de haute trahison et cette lettre en est la preuve formelle à verser dans un dossier d’accusation parfaitement documenté grâce à elle.

Si Monsieur Tabbou avait un minimum de culture historique il se souviendrait de la triste destinée de la famille El Mokrani lorsque son chef, Ahmed El Mokrani, déçu que l’Emir Abdelkader lui préfère son cousin, a quitté la résistance et rejoint le camp français et défié l’Emir en mettant ses troupes à la disposition de la colonisation.

Ahmed El Mokrani a bien reçu de son vivant tous les avantages de celui qui trahit son peuple mais lui sitôt disparu, son fils Mohamed fut exécuté d’une balle au front dans un assassinat ciblé commandité par la France, son fils Lakhdar assassin de Boubaghla à l’instigation de la France est lui aussi mort de mort violente et son troisième fils Boumezrag a passé la quasi-totalité de sa vie dans le bagne de Nouvelle Calédonie. Enfin, les femmes de la famille non plus n’ont pas échappé à la répression française puisque mêmes leurs hardes ont été saisies par le fisc français.

2° Monsieur Tabbou a cru utile de rappeler à ce président qui n’a aucune obligation à son égard sauf à le considérer comme colonisé et sujet de la République Française, les paroles de Jean Jaurès tout à fait inopportunes en l’occurrence car émanant d’un leader de la gauche humaniste et sociale, aux antipodes de la pensée politique de ce président qu’il implore et qui est connu pour être « le président des très riches » aux dires de son compatriote François Hollande.

Par ailleurs, cette citation qui dénonce, entre autres, les « huées fanatiques » est bien malvenue s’agissant de Monsieur Tabbou qui n’a pas hésité dans un passé pas très lointain, de tisser des liens étroits avec un « fanatique » de haut vol, le dénommé Zitout, islamiste convaincu et assassin de journalistes et intellectuels, comme ceux pour lesquels Monsieur Tabbou réclame la protection de Monsieur Macron qui a déjà bien du mal à obtenir le calme chez lui, notamment avec les Gilets Jaunes mutilés, éborgnés, emprisonnés bien plus que ne le furent les protégés de Monsieur Tabbou.

3° La mention des martyrs de la guerre d’Algérie pour amener le président Macron à résipiscence et à lâcher ce qu’il appelle le « Pouvoir algérien » est de loin la plus ahurissante. Monsieur Tabbou ne sait-il donc pas que ces martyrs au nom desquels il réclame une telle immixtion d’un président Français dans les affaires intérieures de l’Algérie, ont été occis par la France, pays dirigé par ce même président ? Ne sait-il pas qu’avant cette guerre il y a eu 45.000 morts le 8 mai 1945 et plus loin encore les massacres de Laghouat et Zaatcha et le sac de Constantine, tous commis par l’armée coloniale française ? C’est comme si Monsieur Macron demandait à l’Allemagne d’arbitrer une élection dans son pays en invoquant les mânes des suppliciés d’Oradour-Sur-Glane.

La seule satisfaction qu’auront les lecteurs algériens c’est de savoir que cette preuve de la forfaiture de Monsieur Tabbou ne sera même pas lue par une sous-sous-sous-sous-sous-secrétaire de l’Elysée et qu’elle rejoindra l’habitacle normal pour un tel déchet : la corbeille à papier.

Zohra Mahi.

Avec l’aimable autorisation de Zohra Mahi.

Source : https://www.facebook.com/zohra.mahi.1/posts/3827797627251284

1 Comment

  1. NASSER

    Par Ahmed Bensaada

    Monsieur Tabbou,

    Excusez-moi de rompre les usages en m’adressant directement à vous par le biais de cette lettre.

    Je le fais pour une raison simple : vos propos sur l’ingérence de M. Macron dans les affaires de l’Algérie ne me laissent guère indifférent. En effet, j’ai beaucoup apprécié votre courage, votre témérité et votre verve pour défendre les intérêts de notre chère patrie. Il ne faut laisser aucune place à une quelconque intervention dans la politique de notre pays. Nos problèmes, nous devons les régler entre nous.

    « Algéro-algérien! », c’est ce que je crie et j’écris depuis des mois.

    Ainsi, lorsque j’ai appris que le Parlement européen avait adopté une résolution contre l’Algérie, je me suis dit que vous étiez la personne toute désignée pour défendre avec véhémence notre Algérie contre cette ingérence caractérisée.

    Comme vous, je pense que « derrière cette position se cache de façon pernicieuse l’idée que les pays du Sud en général et l’Algérie en particulier sont à portée de main, politiquement vulnérables et inaptes à la démocratie ».

    Comme vous, je suis convaincu que « les Algériens ne veulent plus aucun arrimage ni à l’Orient ni à l’Occident et ni à tout autre lieu où se côtoient les réseaux de tout genre. Ils veulent bâtir une Algérie algérienne ouverte, tournée vers la modernité et intégrée dans un ensemble maghrébin démocratique et solidaire ».

    Comme vous, je suis persuadé que « le respect de la démocratie c’est aussi et surtout de laisser les volontés et les destins des peuples se forger par leurs propres dynamiques ».

    Toutes ces belles paroles et bien d’autres peuvent être assénées dans une lettre de votre cru à ce prétentieux Parlement, vous qui maniez la langue de Molière avec tant de dextérité.

    Vous pourrez, par exemple, conclure avec cette magnifique phrase que je préfère entre toutes:
    « De grâce et par respect à la mémoire d’un million et demi de CHOUHADAS qui ont sacrifié leurs vies pour que vive l’Algérie indépendante et par respect également à toutes celles et tous ceux qui ont dédié des vies pour que l’Algérien puisse jouir de la plénitude de sa citoyenneté, gardez-vous de toute interférence et immiscions dans nos affaires ».

    N’ayant aucun doute sur votre engagement pour une Algérie nouvelle, démocratique, souveraine et prospère, je suis certain que votre lettre au Parlement européen sera cinglante, autant que celle adressée à M. Macron.

    J’ai hâte de vous lire.
    Toutes mes salutations.
    Ahmed Bensaada

    *Principaux ouvrages d’investigation:
    • Qui sont ces ténors autoproclamés du Hirak algérien ? Éditions APIC, Alger 2020
    • Arabesque$ : enquête sur le rôle des États-Unis dans les révoltes arabes, Bruxelles et Alger.2015.
    • Kamel Daoud : Cologne, contre-enquête, Alger 2016.

    https://www.afrique-asie.fr/lettre-ouverte-a-m-karim-tabbou/

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