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L’art, la littérature et les nouvelles fabrications du réel. Par Mohamed Bouhamidi.

Par Mohamed Bouhamidi.

L’argument le plus utilisé pour parer au questionnement de la production littéraire et artistique en général  est celui de la fiction, du caractère fictionnel de la création. Argument paradoxal alors que foisonnent des œuvres qui se réfèrent explicitement à des situations dites réelles comme un certain nombre de romans écrits à partir des situations en Irak, Afghanistan, Palestine, Algérie ou les innombrables séries télévisées ou  films expressément  corrélés aux questions politiques actuelles comme la « lutte mondiale » contre le « terrorisme » etc..  Cette tendance date déjà d’une trentaine d’années. Elle tend, cependant, à s’élargir dans l’espace public par le puissant support de diffusion que sont les mass-médias, de la presse écrite à celle électronique jusqu’aux différentes émissions télévisées populaires ou « savantes ». Pour en résumer le paradoxe, en prenant l’exemple de la France, les écrivains à thèse, justement ceux-là qui prétendent à rapporter un réel, sont des millions de fois plus connus que le dernier prix Nobel français de littérature. Cette situation interpelle réellement. Si les émissions dites populaires ne sont pas spécialement indiquées pour approcher les questions esthétiques, les émissions savantes, elles-mêmes, n’abordent que les thèmes populaires. Ces deux angles d’accès à l’art sont déterminés non plus par leur caractère savant ou populaire mais par un besoin d’éclairage de l’actualité. Le savoir en lui-même n’est plus un objectif laissant la place à un autre objectif : l’encadrement de ce qu’il faut savoir de l’actualité y compris esthétique, bien qu’aucune de ces productions mises en avant-scène ne mérite de figurer sous cette catégorie philosophique.   

Ces produits classés dans la catégorie des arts ont également abordé le continent prédictif. La vague d’islamophobie actuelle, dans toute son horreur politique, marquée par un nouveau maccarthysme à l’endroit de la recherche universitaire non alignée sur les dogmes de l’islamophobie, et augurant de réels dangers fascistes, a été précédée par des romans de Houellebecq suivi par Sansal d’un âge à venir pour la France de tomber sous le joug d’un totalitarisme, qui par métonymie est non pas islamiste mais musulman. Personne ne peut dissocier de bonne foi les relations à la fois temporelles et thématiques de l’Islamophobie savante, de la prophétie romanesque islamophobe, de l’islamophobie à usage populaire, de l’islamophobie politique dont les liens sont évidents avec la crise économique et financière actuelle et la crise d’endettement de l’Etat, laquelle, pour sa résolution, a besoin des ingrédients habituels des fascismes, dont la fabrication d’un ennemi intérieur à ficher et pas qu’accessoirement éliminer.

Les grandes créations esthétiques ne sont jamais des œuvres à thèses et des œuvres à thèses sont une des formes de la propagande. Elles consistent  d’abord à partir d’une thèse, jamais clairement formulée mais très, très fortement suggérée, et de construire le roman, le film, la pièce de théâtre, le docufiction, en assemblant tout ce qui peut lui servir de confortement et de preuve. C’est le vieux procédé rhétorique des sophistes. Ces œuvres visent à nous persuader d’une thèse, et non pas d’ouvrir un angle pour la connaissance du réel. Le statut de fiction attribué à ce type de produit les exempte d’afficher les preuves de la vérité qu’il prétend énoncer tout en se réclamant de réel.

M.B.

Rédigé pour Horizonsdz le 24 novembre 2020.    

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