Ce site présente les études, réflexions et publications du "Collectif novembre pour la souveraineté nationale, une économie autocentrée et le socialisme." L'ordre des objectifs est notre ordre de priorité.

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Si le 1er Novembre m’était conté*…Abdelalim Medjoui.

1er novembre 1954- 1er novembre 2017: Il y a de cela 63 ans… le sacrifice  d'un peuple – L'Echo d'Algérie
EN hommage au regretté ami Madjid Merdaci, Allah yarhmou !
par Abdelalim MEDJAOUI, fin octobre 2020.
"Il faut que notre résistance devienne plus forte que leur répression" !Mohammed Belouizdad (dans son enseignement lors de ses efforts pour la reconstitution des rangs du Ppa saignés par la tuerie de mai 1945).
Mohamed Belouizdad — Wikipédia
Mohamed Belouizdad.

On peut dire que ceux des « élèves » d’un Belouizdad pourvoyeur d’espoir qui ont déclenché Novembre ont parfaitement assimilé la leçon et ont réussi en la matière. Ils ont su susciter et organiser la résistance populaire à l’échelle nationale et la rendre si ferme qu’elle fera échouer la formidable guerre de reconquête lancée contre elle et, par là, l’objectif du pouvoir colonialiste de maintenir et protéger l’« Algérie française ».

Comment cette résistance s’est-elle manifestée et organisée ? Comment l’ALN est-elle née ?

On ne dira jamais assez l’audace raisonnée de ce petit collectif des « 22 » qui s’érige ainsi en démiurge d’un mouvement qui bouleverse le monde colonial et au-delà, et participe de la libération de l’homme !

Comme tout ce qui est nouveau, cela n’a pas été facile ; mais engager la lutte armée, cette nouvelle façon de faire de la politique, en défendant notre propre champ politique national,c’est-à-dire ense situant hors du système colonial, et en le remettant en cause, c’était – répétons-le – vraiment une innovation !

Le sens des premières actions

Ce qui a préparé à l’implantation de l’ALN, ce sont les premières actionsdes « 22 » hommes de Novembre, et de la maigre cohorte de leurs compagnons de l’Os qui étaient décidés à les suivre, augmentés de ceux, sans doute un peu plus nombreux ? de Kabylie.

Ces actions n’ont pas, toutes, rencontré le succès attendu. Il n’était pas facile, même pour les plus intrépides, de partir à l’assaut d’une forteresse réputée invincible pour marquer le nouveau champ politique national…,

…et pour récupérer des armes afin d’abattre cette citadelle !

Mais ces actions ont retenti à travers tout le pays sur l’étendue duquel elles ont enclenché la lutte armée des paysans, marquant la volonté de négation de « l’Algérie française », et c’est ce qui fait leur importance.

Les médias de la France coloniale, en Algérie et en ladite « métropole », la presse internationale témoignent, en ce 1er novembre 1954 de l’écho assourdissant de ces actions. Des actions armées étonnamment osées contre une puissance qui vient certes de subir le cuisant Dien Bien Phu, mais qui, de ce fait se promet de prendre sa revanche en ne se laissant plus faire dans la défense de la Grande France dont la République impériale l’a chargée…

Les journaux colonialistes, cartes à l’appui, font le bilan de leur « nuit de la Toussaint » : des actions limitées, et « sporadiques », pas de quoi fouetter un chat, mais quand même un « crime odieux », dans les Aurès, commis par des bandits contre la Culture, contre un instituteur qui rejoignait avec sa femme son poste d’instituteur à Arris !

Cependant, une appréciation plus proche de la réalité du bilan de l’ennemi est portée par un des acteurs les plus symboliques de ladite guerre d’Algérie, je veux parler de l’« assassin » de Ben M’hidi, le général Aussaresses… Je mets les guillemets à ce terme, puisque selon l’auteur de cet acte, son engagement dans les services spéciaux a décriminalisé[1] ce qu’il a accompli comme « actions réprouvées par la morale ordinaire, tombant […] sous le coup de la loi […] : voler, assassiner, vandaliser, terroriser… » Il précise : « Tout cela pour la France… » (C’est moi qui souligne.)

Rappelant que le 12 novembre, le conflit fut officialisé sans ambiguïté par la République : la seule négociation, c’est la guerre ! ce général précise : « mais cette guerre, nous les hommes de l’ombre savions bien qu’elle était commencée depuis longtemps. Le gouvernement dont nous dépendions le savait aussi. Depuis près d’un an, le Service Action du SDECE […] commençait à préparer des actions[2] visant à empêcher la rébellion de s’approvisionner en armes… » Dien Bien Phu n’était pas encore digéré que « la lutte armée algérienne s’était ajoutée à ces préoccupations. Mais, à cette époque, selon la formule que [nos] autorités […] ne cessaient de rappeler, l’Algérie c’était la France et le SDECE n’avait pas le droit d’intervenir sur le territoire national. Du moins en théorie. » Il devenait nécessaire d’« intervenir directement contre la rébellion, et pour cela il fallait avoir un pied en Algérie […] Affecté depuis le 1er novembre 1954 à la 41e demi-brigade, je dus attendre la fin du mois de janvier 1955 pour embarquer de Marseille [pour] Philippeville…[auj. Skikda] »

Un tel état d’esprit ne peut s’accommoder du bilan d’actions « sporadiques »…          

Et du côté du FLN-ALN, quel bilan ?

Un bilan politique incontestable : c’est un marquage du champ politique national, un ébranlement décisif de la citadelle coloniale… qui établit, dans la Proclamation (et ces actions armées qui la mettent en exergue), « l’institution [qui] est là pour écarter l’interrogation, et l’angoisse liée à l’arbitraire qui se rappelle dans les commencements…»[3], et fonde le droit du FLN de mobiliser le peuple à la résistance et de le conduire vers l’issue libératrice…

Ce qui est intéressant dans ce propos (de Bourdieu), c’est justement ce pouvoir de l’institution… pouvoir qui, hier, par exemple, a permis, chez nous, le retour de Boudiaf pour régler la crise de la vacance du poste présidentiel, sans qu’on pût dire : « de quel droit ? »…

Pourtant, l’institution qui, chez nous, a ce pouvoir immense, n’a que soixante six ans d’âge ! La réunion des « 22 » a été l’instance qui a résolu « l’angoisse liée à l’arbitraire qui se rappelle dans les commencements » pour renouer avec l’Algérie historique.

Cette angoisse était là, assurément, chez ces « 22 Prométhée » qui ont donné le signal de l’assaut du ciel de la libération de la patrie enchaînée… Elle s’est exprimée par l’interrogation inquiète de Boudjemâa Souidani quant à ce qui lui est apparu hésitation chez ses camarades devant l’impératif de l’heure, pour lequel ils ont été choisis… Elle s’est alors résolue dans l’accord sur le lancement de la lutte armée et l’élection d’une direction pour le mettre en œuvre, ouvrant la voie à la Proclamation du 1er Novembre 1954 – acte fondateur et institution de l’État algérien – et à la mise en œuvre de ce programme.

Et le bilan en matière de récupération d’armes ?

Précisons d’abord que cette entrée dans l’histoire de l’homme – nié dans le colonisé – est vouée à la rendre universelle pour la première fois ; et cela mérite de se battre : « à défaut d’autres armes, la patience du couteau suffira »[4], écrit Frantz Fanon. Qui répond ainsi pour ce qui est de la récupération d’armes pendant ces actions, où tous les espoirs ne sont pas exaucés : difficultés imprévues à atteindre les cibles, hésitations ou même abandon, devant la tâche, des militants prévus pour la mener, du fait de sa terrible nouveauté…

Le bilan sur le terrain se mesure aussi aux arrestations et la mort au champ d’honneur parmi les initiateurs des actions, lors d’accrochages avec les forces d’occupation, tout de suite mobilisées. Ces pertes de la petite équipe qui a pris sur elle de conduire la lutte de libération sont importantes à prendre en considération au plan historique…

Il est vrai que les paysans, qui étaient en attente d’apprendre que la situation est mûre pour une insurrection nationale, se sont mis en action ; et sur ce plan, la réussite est pleine. Si l’ALN manque d’armes, elle ne risque pas de souffrir faute d’hommes décidés à en prendre… y compris en allant, à mains nues, en délester l’ennemi.

« Que valent tous les chiffres, dira Fr. Fanon[5], en face de la sainte et colossale énergie qui maintient en ébullition tout un peuple ? Même s’il est prouvé que nos forces ne dépassent pas 5 000 hommes, mal armés, quelle valeur une telle connaissance peut-elle avoir puisque avec un million d’armes nous ferions encore des mécontents et des aigris… »

Mais sur le plan de la direction des actions armées prévues sur le terrain, pour lancer le mouvement, la petite équipe n’était pas en surnombre… loin s’en faut !

Déjà, le groupe chargé du secteur de la capitale du Constantinois et de ses alentours n’est pas à son poste… Pour éviter toute surprise liée aux hésitations dont ils ont fait montre après la rencontre des « 22 », le grand événement aura lieu à leur insu… Ils rejoignent, ailleurs et dans la précipitation, le combat dont ils devaient être dirigeants dans la région mise sous leur autorité : deux d’entre eux tomberont au champ d’honneur, incognito, dans le maquis – gloire à eux ! –, et deux autres, arrêtés, ne seront libérés qu’à l’indépendance[6]

Le manque à gagner de ce petit « couac » – si on peut dire ! – sera comblé plus tard (le 20 août 1955)…

L’aube – et non « la nuit » ! –, où les actions ont été engagées

Bien évidemment, ces premières actions ont été engagées là où elles avaient les meilleures chances de succès… dans « ces môles sociologiques de la Kabylie, des Aurès, de l’Ouarsenis »… dont J. Berque a signalé le « rôle considérable dès les premiers temps  de l’insurrection », car « ils sauvegardent, sur le plan géographique, comme la femme sur le plan social et moral, des réduits de signifiance. »[7]

Et, parmi ces môles, les Aurès, entre autres, font parler d’eux en cette aube du 1er novembre 1954.  Nous précisons ici l’aube – et non « la nuit », définitivement « coloniale » depuis que Ferhat Abbas l’a pertinemment ainsi qualifiée – ; ceci pour affirmer l’exacte symbolique de l’évènement et nous démarquer autant de celle, macabrement idéologique, de la « Nuit de la Toussaint »… que de celle de la « Nuit rebelle » adoptée par certains historiens et qui pèche en plus par le qualificatif qui induit la légitimité de l’autorité remise en cause.

En la matière, ce n’est pas seulement une nuance !

 « À Bétrouna, précise Ali Zamoum, le PC de la wilaya (sic) 3 tint sa dernière réunion quelques jours avant le 1er novembre. […] Krim nous donna les dernières recommandations […] Puis, lentement, d’une voix grave, il nous dit : Le déclenchement aura lieu le 1er novembre prochain à 0 heure »[8]. On ne peut être plus clair !  

Affirmant l’autorité nationale et annonçant une ère nouvelle pour l’Algérie, celle de la libération, ces actions n’avaient pas besoin d’être trop nombreuses ni même trop destructrices… pour faire l’effet voulu. Leur seule survenue était significative…

Des tableaux ont été dressés de ces actions, de leur nombre, de leurs localisations, de leurs résultats… sur la base des informations diffusées par les autorités coloniales et leurs médias mobilisés pour les dénoncer et les noircir idéologiquement[9].

Tel est l’état de cet important domaine de la guerre, l’information sur cette question que, pour tenter de comprendre ce qui s’est passé en cette aube naissante, les historiens épluchent ces données à partir des dossiers établis par les services de police et des tribunaux de la « drôle » de justice de ceux parmi les « 22 » et leurs soutiens qui ont été arrêtés ou qui sont tombés précocement au champ d’honneur. Ils peuvent s’en remettre aussi à ce qu’ils arrivent à tirer de l’étude des souvenirs recueillis de ceux des acteurs de cette épopée restés en vie…

Sur le plan méthodologique, on ne peut ignorer « que tout cela est faux ou vague comme tout ce qui a été réinterprété par la mémoire de trop d’individus différents […] Ces bribes de faits crus connus sont cependant entre » cette aube du 1er novembre 1954 et nous « la seule passerelle viable ; ils sont la seule bouée qui nous soutient […] sur la mer du temps. C’est avec curiosité que [nous nous mettons] à les rejointoyer pour voir ce que va donner leur assemblage… »[10]

Que disent précisément ces tableaux ? 

On y note que les cinq zones délimitées par les « Six » ont été le théâtre d’attaques armées, mais que, paradoxalement, dans l’Algérois (zone 4), aucune action n’a été engagée dans l’Ouarsenis, et que la même « abstention » a été observée pour la ville de Constantine, contrairement à Alger et Oran…

Si, pour la Capitale de l’est, cela s’explique (comme nous l’avons fait plus haut),… il n’en est pas de même pour le troisième « môle sociologique » dont la « réserve de signifiance » n’a pas été mobilisée, malgré la présence sur place et les efforts des membres des « 22 » chargés de la zone 4 (l’Algérois), Bitat, Souidani et Bouch‘aïeb.

On a pu penser que le point faible était Bitat qui n’a été versé à la direction de la zone qu’au dernier moment en permutant avec Didouche[11]. Mais ses deux adjoints étaient depuis un bon moment chez eux, installés pour y protéger leur clandestinité militante. Boudjemâa y avait même tissé des liens solides en y fondant un foyer… C’est dire qu’ils connaissaient bien la région et ses militants, mais…

…les informations manquent pour que l’on puisse savoir le rôle qu’a tenu Souidani dans la zone dont la responsabilité lui été assignée comme un des adjoints de Bitat : on le signale, dans une des actions du 1er novembre, à Boufarik où « grâce à la complicité (sic) du caporal-chef Saïd Bentobbal », le commando qu’il dirige avec Ouamrane peut « se saisir des armes du poste de garde… »[12] et incendier  le dépôt de la coopérative des agrumes. Puis on n’entendra plus parler de lui jusqu’à la date fatidique du 16 avril 1956 où il tombe au champ d’honneur en voulant forcer un barrage de gendarmes près de Koléa… Quant à l’autre adjoint, Bouch‘aïb, il a été arrêté dès les débuts de la révolution (où ? comment ?)… Un troisième novembriste, natif, lui, de la région l’Ouarsenis, Omar Benmahdjoub, n’a fait parler de lui que lorsque la direction de la wilaya 4, après le congrès de la Soummam, l’a envoyé à l’étranger…

Que pouvaient-ils devant le puissant blocage politique de l’appareil « centraliste » qui a intelligemment tourné la neutralité de la base militante vis-à-vis de la crise de la direction du MTLD en abstention envers la lutte armée… ?

On sait que Abdesslam et Mehri  ont fait état d’un changement centraliste vis-à-vis de la lutte armée[13]. Mais il ne se confirme pas dans cette abstention.

Sans doute, l’appareil centraliste attendait-il un retour d’écho de la mission de ses chefs-émissaires, Lahouel-Yazid partis au Caire… Ce que semble indiquer le fait que les divers responsables de l’appareil du MTLD, (chefs de wilaya, de daïra, etc.) gèlent soudain leurs activités et donc celles des militants qu’ils ont en charge, et s’effacent du champ politique[14]

Là se situerait l’explication du vide militant rencontré par les hommes de Novembre, la non-réponse de la base du parti nationaliste dont les coupait l’appareil centraliste…

C’est sans doute, cette abstention annoncée qui aurait suscité de la part de Boudiaf sa fameuse boutade, à une rencontre à Ouled Y‘aich dans la proche banlieue de Blida… ; s’adressant à Lahouel et ses affidés centralistes, dans leur fief, il leur aurait crié que la lutte armée sera lancée même si l’on doit faute de mieux s’appuyer sur « les singes de la Chiffa » ! 

Cette situation de blocage explique la précaution que les « 6 » ont prise en chargeant Krim de prévoir une aide à la zone. Ali Zamoum signale qu’à la réunion de Betrouna, « nous avons désigné une quinzaine d’éléments pour une mission spéciale : aller en renfort en Mitidja pour mener là-bas des attaques contre une caserne et d’autres objectifs. C’est Ouamrane qui dirigea ce groupe. »[15]

Ainsi, en dehors d’Alger, où les actions ont été menées sous la houlette de ceux des « 22 » chargés de la Capitale Bouadjadj et Merzougui, pour celles qui l’ont été dans le reste  de la zone il y a fallu cette indispensable rescousse de la zone 3 (Kabylie) avec la petite troupe dirigée par Ouamrane…

Cette intervention des « Kabyles » – aussi nécessaire fût-elle pour que la zone 4 ne fût pas absente à l’appel révolutionnaire – a sans doute eu l’inconvénient d’accréditer auprès de la base centraliste la fausse idée de l’accointance du mouvement avec des éléments au « messalisme » patent… 

C’est dire la gravité du blocage centraliste en zone 4 ! blocage qui n’a pas été ébranlé par les actions du 1er novembre, comme l’a été la citadelle coloniale ! Le verrou est si efficient que la décision est prise – notamment après l’arrestation de Bitat, qu’une partie de la direction novembriste de Kabylie, placée sous l’autorité de Ouamrane, prenne en charge la direction et l’organisation de la lutte de résistance de la zone…

…Une solution de force pour briser le verrou ?

Entre temps, heureusement, le Fln s’enrichit d’une recrue de qualité, quasiment miraculeuse. Abbane, qui vient de sortir de prison (10 janvier 1955)[16], n’hésite pas à répondre aux sollicitations de Krim pour qu’il seconde Bitat dans sa tâche jusque-là insurmontable… Il trouvera la solution radicale au problème dont malheureusement ce dernier, bientôt arrêté (15 mars 1955), ne pourra pas profiter, mais qui sera bénéfique à ses successeurs et leur évitera d’utiliser la manière forte ?

Ajoutons, concernant cette zone centrale, qu’elle l’est à tous les points de vue… et notamment du fait qu’elle est le centre du pouvoir colonial – de son commandement politique et armé – et où, face à l’Ouarsenis se tient – protégé par le réseau des plus grandes casernes du pays – le puissant colonat de la Mitidja que dirige la non moins puissante organisation des maires d’Algérie… et pour compléter ce tableau, du côté « indigène », installé comme une grosse verrue au pied de l’Ouarsenis, le grand centre harki du Bachagha Boualem dans les Beni Boudouane !

Décidément, la zone centre fait un mauvais départ…

Et le 1er Novembre zone 3 ?

Heureusement, la zone 4 trouve à ses côtés la zone 3 qui, elle, réussit son « 1er Novembre », si on se réfère à ce qu’en a dit un de ses animateurs, Ali Zamoum. Il a eu le temps de participer à l’événement et de décrire comment et avec quels hommes il a été déployé, jusqu’à cette « fin février 1955 » où il tombe entre les mains de l’ennemi…

Là aussi, les premières actions n’ont pas toutes abouti et certains militants se sont même rétractés. L’engagement étant volontaire, ils sont retournés dans leurs foyers, en laissant cependant leurs armes… Mais ces actions ont fait leur effet obligeant l’armée coloniale à se déployer dans la région… S’ensuit alors le développement d’une véritable guerre contre un mouvement qui tend à assurer la juste mesure entre affirmer sa présence : « embuscades, exécution de traitres, sciage de poteaux… », et consolider et protéger son implantation et son organisation : « des jeunes commençaient à demander à s’enrôler… Certains revenaient spécialement de France… » –, en évitant l’affrontement avec l’ennemi… « On apprenait les premières morts et les arrestations massives… Bref, nous avons perdu beaucoup d’homme en ces débuts de l’insurrection… »[17]  

Si malgré ces pertes, la zone trouve encore à aider les autres…, cela tient à la façon dont se sont engagés ses chefs et à leur tête le grand Krim. Qui a su adroitement maintenir la cohésion des hommes de l’OS de la région et la pérennité de leur structure en vue de l’objectif pour lequel elle a été créée

…en appui intelligent sur Messali pour pouvoir ignorer l’ordre « centraliste » de sa dissolution…, et en ne prenant la décision de rejoindre les « 22 » qu’après leur claire rupture avec le CC dans le CRUA ; mais également seulement après avoir dûment participé au congrès d’Hornu et constaté qu’on n’y mettait pas la lutte armée à l’ordre du jour…

Belle gestion politique du collectif des militants destinés à la lutte armée, où ils n’ont pas été perturbés par des enjeux idéologiques liés à la crise à la tête du MTLD ! Elle montre un Krim qui, tout en étant convaincu de l’inanité des luttes légalistes au sein du système colonial pour les droits de « l’indigène », penche sentimentalement vers celle, plébéienne, des deux tendances qui se disputent la direction du parti…

Il est intéressant de retrouver la même inclination chez Abbane : « Moi, d’instinct, je suis messaliste », a-t-il dit à Mazouzi dans la discussion où ils supputaient sur l’identité de Novembre… Et n’oublions pas le verdict critique de Benboulaïd rapporté par Belaïd Abdesslam devant le Cc : « …politiquement, c’est Messali qui a raison… » !

Décidément, chez les révolutionnaires, la plèbe, même réformiste, a toujours meilleure presse que l’aristocratie, ouvrière ou nationaliste… 

Le 1er Novembre dans les Aurès  

Dans cet autre « môle sociologique » des Aurès, on part des mêmes prémisses qu’en Kabylie : ici aussi, l’OS a été préservée de la dissolution indument ordonnée par le CC… ; « camouflée » en daïra du parti, sous la responsabilité de Benboulaïd, lui-même membre dudit CC, et mise ainsi à l’abri des luttes idéologiques du sommet du parti, ses hommes sont, donc, uniquement préoccupés par la préparation de la lutte armée.

Le tableau évoqué plus haut donne une liste des actions opérées dans la zone. Elle concerne six localités : Biskra, Khenchela, Batna, FoumToub, Aïn M’lila et les Gorges de Tighanimine.

Mais, par bonheur, une autre recension donne une idée plus complète et surtout, donne chair à ces actions. Le travail de M.-L. Madaci, un essai de reconstitution des faits[18], dont ceux du 1er Novembre, à partir des souvenirs de sept participants encore heureusement en vie en 1969, date où il a commencé sa quête… Il s’agit donc de faits plus incarnés que ceux synthétisés dans les rapports de police.

On y apprend que Benboulaïd avait bien préparé ses hommes. Il en a formé 25 groupes bien armés[19] et habillés de treillis militaires, avec des objectifs bien étudiés, couvrant toute la zone (1-les Aurès-Nememcha) : …de Biskra-M’chounech, au Sud, à Aïn M’lila, au nord, à Khenchela à l’est, en passant par T’kout-Foum Toub, au centre…

C’est le plus grand ensemble d’actions armées organisé en cette aube du 1er novembre 1954… Ce que ne reflètent pas les tableaux évoqués plus haut. Les témoins de Madaci n’exagèrent-ils pas ? Ils n’édulcorent en tout cas pas les faits. Si le déploiement des hommes de la zone a été effectif et impressionnant, toutes les actions n’ont pas porté les fruits espérés, par perte de sang froid, ou indiscipline, ou par défection…

Toujours la même fragilité de l’homme quand il défie l’impossible !

Les comptes-rendus, attendus avec impatience, arrivent au compte-gouttes. On apprend à Si Mostefa que T’kout, Ouldja, Kimmel, Taberdga, Lemsara, Tamza, El Ksar, Arris, Ichemoul et Inoughissen ont été  plus ou moins harcelés, que des ponts entre Arris et Batna ont été coupés, que des poteaux téléphoniques ont été sciés, que des tracts ont été distribués… 

Abbas Laghrour, très en colère explique l’échec de l’attaque contre le commissariat de Khenchela dont il rend compte : les hommes de Yanous ont fait faux bond, mais il exalte le courage des jeunes dont malheureusement le manque d’expérience et la défection de Yanous ont fait qu’ils se sont repliés sans prendre les armes des policiers…

Si Mostefa le calme en lui disant que la radio en a parlé et que c’est important…

Cependant, concernant Batna, pour l’attaque de laquelle il avait préparé une forte expédition, et dont il a accompagné les hommes jusqu’aux portes de la ville, l’action n’a pas eu les résultats escomptés, au point que notre « tamiseur » conclut (p. 14) : « Mostefa ignore que son savant échafaudage va s’écrouler comme un château de cartes »…

Mais c’est Benboulaïd qui, avant même d’avoir les comptes-rendus, donnera la juste appréciation – politique – des résultats à la fin de la matinée de cette aube montante :

« s’il n’y a pas eu succès complet, il n’y a pas eu d’échec total non plus. Cent cinquante hommes armés sont lâchés dans la nature, il en sortira bien quelque chose ! »

La radio de l’ennemi, lui dit-on, aurait parlé de 3000 hommes ! Ce qui le fait rire…

Mais, comme pour la Kabylie, autant l’une que l’autre de ces deux appréciations sont « confirmées » par l’immédiate grande mobilisation des forces militaires et policières ennemies pour tenter de faire face à ce nouveau développement, malgré tout, inattendu…

Par ailleurs, Si Mostefa a beaucoup insisté sur le côté politique de l’entreprise : « La lutte armée n’est qu’un volet du combat. Vous ne devez jamais vous lasser d’expliquer les buts de la Révolution, en toute occasion, tant à vos hommes qu’à la population. (…) On vous donnera des tracts*.  Distribuez-les, expliquez-les avec patience. » (p. 23, 31)

[*Proclamation du 1er Novembre et Appel au peuple…]

Un tiers de l’effectif lancé dans l’action en cette aube pas comme les autres, est chargé de cette tâche pacifique… C’est d’ailleurs un groupe de ce genre, celui de Taghit, qui a créé l’événement : dirigé par Mohamed Sbaïhi – et non par Chihani[20], il s’est placé sur le chemin de l’autobus où le hasard avait fait embarquer le malheureux instituteur Monnerot et sa femme, qu’accompagnait le caïd de M’chounech. Ordre a été donné aux passagers de descendre pour être informés de « l’Annonce grandiose – An-Naba’ al- ‘adhîm » (Coran, lxxviii, 2) – de l’ère nouvelle ouverte en Algérie. Mais voilà que le caïd de M’chounech veut remettre l’heure coloniale en brandissant son petit 6.35… Un djoundi, plus prompt, le vise d’une rafale… qui atteint mortellement l’instituteur et blesse sa femme ! Informé, Si Mostefa blâme et re-blâme l’acte et le chef qui n’a pas su le prévenir… C’était l’erreur à ne pas faire !

Plus de 30 ans après les faits, et plus de 10 ans après l’âpre négociation qui a mis fin à l’immense et inégal affrontement et pour le récit de laquelle il a prêté son grand talent[21], Jean Lacouture, rappelle ce fait avec sa délicate « objectivité » orientaliste : « Cruauté aveugle ou provocatrice des premières actions du FLN (l’assassinat notamment de l’instituteur Monnerot, ami notoire (sic) des Algériens)… » ! (p. 8)

Les êtres frustes qui ont causé sa mort inutile n’ont sans doute pas déchiffré cette qualité pourtant inscrite en lettres bien visibles sur son front !

Pour en revenir à Si Mostefa, le 5 novembre, il n’a pas encore de nouvelles de ce qui s’est passé au sud, à M’chounech et ses environs.

Il y rejoint Berrehaïl, ex-« bandit d’honneur », chargé des actions dans la région, jusqu’à Biskra-Tolga[22]. Il le tance de ne pas s’être présenté pour rendre compte au commandement. Il s’inquiète auprès de lui du groupe communiste de Mohamed Guerrouf de Ouled Kebbach, chez qui ils se rendent ; il se montre heureux de la venue de Si Mostefa : « Mon groupe est à ta disposition. Nous sommes prêts à nous battre à tes côtés, mais nous restons sous l’autorité de notre parti ».

Impossible ! Si Mostefa refuse et exige alors que les armes lui soient remises. Guerrouf parlemente, puis demande un délai de 10 jours, pour en référer à Alger. Il le lui accorde… Et notre « tamiseur » de préciser, en note : Si Mostefa fait part de son doute que les communistes répondent, ni remettent les armes. Mais 15 jours plus tard, Guerrouf les remet et s’extrait du maquis, sur instruction d’Alger.

Encore un ou deux derniers mots encore sur la zone 1. Devant certains comportements bravaches inutiles et porteurs de danger, Si Mostefa insiste sur le respect des règles de la guérilla. « Ne sous-estimez jamais l’ennemi, méfiez-vous de l’avion ».

Terminons ce rapide survol par un point important déjà signalé pour la zone 3. Lors du premier rendez-vous pour faire le point sur les actions dans la zone, une dizaine d’hommes qui avaient fait défection ont demandé à reprendre leur liberté pour retourner dans leurs foyers. « Mostefa les rend immédiatement à la vie civile puisque, comme il l’affirme, le militantisme est basé sur un strict volontariat. »

Le 1er Novembre en zone 2, région historiquement riche en potentiel de lutte

Ali Kafi raconte un de ses contacts avec Mourad Didouche qui l’a chargé, écrit-il, de lui « arranger un rendez-vous avec le chef de daïra du parti à Skikda, Chaâbane… ».

« …ils se rencontrèrent au café […], pendant que je surveillais, attablé en face. Je remarquai que le visage de Chaâbane se transformait […] jusqu’à devenir jaune comme le citron ; l’entretien ne dura pas plus d’une demi-heure […]. Ayant fait quelques pas avec Didouche, je lui dis : « On voyait sur son visage qu’il n’était pas content de sa rencontre avec toi ». […il] me répondit sèchement : « S’il ne marche pas avec la révolution, je l’abattrai moi-même ! ». »[23]

Nous sommes plus enclins à croire cette autre version de la réaction de Didouche après de telles rencontres infructueuses avec des responsables et militants de Skikda. Elle est rapportée par son agent de liaison, Mohammed Kadid, qui assistait à ces contacts :

« Malgré sa déception pour ces militants, Didouche n’était pas peiné au point de menacer (de couper des têtes). Mais il réagissait devant de telles attitudes par quelque chose comme : « Ceux qui ne décident pas dès maintenant de prendre leur place dans la révolution sont condamnés demain à l’une de ces trois extrémités : mourir de la main de l’ennemi, croupir dans ses prisons, ou fuir cherchant secours auprès de la révolution ». »[24]

Quant aux actions armées en cette zone 2,  il nous faut nous contenter du maigre tableau, collationné sans aucun doute sous l’œil vigilant des services coloniaux.

À peine quatre actions timides, dont l’une rectifiée quant à son auteur : « un garde communal est désarmé. L’action mise au compte du FLN était en fait l’œuvre d’un ivrogne… » ! Et ni Ali Kafi ni Mohamed Kadid ne nous renseigneront là-dessus, le premier n’ayant rejoint le maquis qu’après le moment solennel, le second étant plutôt préoccupé par l’exposé des questions d’organisation et de structuration de Novembre…

Il est vrai que dans cette région, les hommes de l’OS ont été autant pourchassés par l’ennemi que sévèrement surveillés et limités par le CC du parti…

Il n’est jusqu’à l’évasion de Youcef Zighoud qui n’ait été jugée par un membre de la Direction comme un manquement à son rôle de défenseur et d’éducateur de ses frères détenus ainsi abandonnés à leur sort ! Par ailleurs Boudiaf rappelle[25] : « Nous ne pouvions, nous passer du concours du parti pour nos moyens d’existence […], car nous étions toujours activement recherchés […] » Aussi, « notre travail restait[-il] limité ; les tentatives pour élargir notre groupe se heurtaient au réseau d’information de la direction. » Deux exemples : « Didouche qui était dans l’Est algérien avait essayé de sonder le permanent de Souk Ahras […], qui se dépêche d’aller rapporter à Lahouel à Alger : « C’est très grave, il y a des éléments qui intriguent pour te renverser. – Qui ? […] – Je ne sais pas, mais il y a Didouche… » […] Un mois plus tard, Didouche était muté à Boghari sans la moindre explication. Même aventure pour Boussouf qui, après un mois de suspension, fut muté d’Oran à Skikda… »

Mais l’on ne doit pas oublier que ce « môle sociologique » des Babors est une région historiquement riche en potentiel de lutte…

…depuis, sans remonter plus loin, les temps de la chrétienté – où les églises étaient souvent le lieu de débats houleux au cours desquels le punique pouvait prendre la place du latin et qui se réglaient parfois par des rixes, le bâton venant appuyer le point de vue…–, ou le temps des Koutama, qui ont été le bras séculier de l’épopée fatimide et la fondation là-bas, du Caire et d’Al Azhar…, …jusqu’à la part qu’ils ont prise, en tant qu’Algériens, dans la libération de la France qui les en a « remerciés » par l’infâme geste de mai 1945…

Il y a aussi et surtout, de la part de cette région sinistrée, sa contribution inestimable au fol défi de rétablir le mouvement national, de le sortir de sa prostration et même de le radicaliser. Ainsi, a-t-elle protégé l’immense effort de Belouizdad Mohamed pour redonner vie au parti dans cette wilaya de Constantine, dans tout l’est du pays. Conquise par sa totale abnégation, son énergie incroyable dans un corps qui va s’épuisant à vue d’œil, elle l’a entouré de son affectueuse sollicitude ; elle l’a aidé à retisser les liens[26], et surtout à former des hommes : des militants armés du même esprit de résistance et d’abnégation, qui vont – au moment où se cristallise l’idéologie réformiste à la tête du parti, – peser pour doter le mouvement national du cœur indépendantiste battant, l’OS, qui le transmutera en mouvement de libération…

Telle est cette région où, s’il a pu croire régenter et brider la « dangereuse » activité de ces hommes, l’appareil du CC n’a pu réussir, comme dans l’Algérois, le blocage de la base du parti… ni d’ailleurs les responsables liés à Messali n’ont pu la rallier à leurs vues.

Si l’on en croit Brahim Chergui, alors chef de la wilaya MTLD de la région, une réunion de « l’ensemble des comités de kasmas du Constantinois » a été tenue en avril 1954, « sous les auspices des chefs messalistes Mezerna et Moulay Merbah », à Rahbat es-Souf, siège de la wilaya… ». « Étaient présents beaucoup de chefs de daïra » … dont « la plupart […] étaient plutôt anti-messalistes. On ne pouvait hélas dire autant de l’encadrement des kasmate »[27], précise-t-il… Il mentionne certains des chefs de daïra, ceux de Constantine, « M’hamed Bougara, futur colonel Si M’hamed », et de Batna, Chihani Bachir… et d’autres, de Annaba, Biskra, Sétif, Skikda – dont on peut se demander pourquoi ils n’ont pas laissé de traces repérables dans le mouvement de libération nationale, comme les deux cadres ici cités[28]… N’est-ce pas parce que ce corps de dirigeants, cet appareil du CC va être gelé, comme posture stratégique pour peser sur les destinées du mouvement de libération dont le CC ne peut empêcher le lancement ?

« Atmosphère houleuse » de l’assemblée, dit Chergui, qui explique que, pour court-circuiter la pression des chefs messalistes, il avait soufflé au chef de « la kasma de Skikda, la plus importante d’Algérie par ses effectifs », d’adopter, vis-à-vis de ce différend au sommet, une posture de neutralité de la base, celle-ci n’étant pas compétente pour choisir ; posture qui a été acclamée par l’assemblée… Mais si cette « astuce » a pu faire échouer l’offensive volontariste des dirigeants messalistes pour s’accaparer la base du parti aux dépens du CC, elle n’a pas profité pour autant à ce dernier…

…Des luttes intenses vont conditionner le comportement des kasmas de la région et de leurs militants sur la question de la « neutralité »… à l’exemple de celle d’El Harouch dont nous arrive l’écho des différends qui opposent ses dirigeants, à travers ce qu’en relatent M. Kadid et A. Kafi, membres du comité de la kasma, (cf. leurs écrits déjà évoqués) et M. Harbi, observateur attentif, qui a recueilli le témoignage de M. Kadid sur « l’organisation du Mtld à El Arrouch à la veille du 1er novembre 1954 »[29].

On s’est disputé sur les cotisations des militants : à quelle instance les remettre ? sur la participation ou non aux congrès des deux tendances… La direction de la kasma se scinde sur ces deux questions, Kadid défendant la position « neutre », avec Belkacem Benghersallah, au nom des sections rurales (la base la plus nombreuse de la kasma), contre les autres membres (Y. Boukadoum M. Brahim, S. Hassani, A. Kafi, H. Mehri)… 

Le climat dans la région à la veille de Novembre…

 Selon M. Kadid[30], début juillet, « l’organisation rurale rejoint intégralement le CRUA » et commence à mettre sur pied un noyau armé, dont Zighoud prendra la direction. Dès après leur réunion, ceux, parmi les 22, en charge de la région rejoignent Constantine… Les hésitations de certains d’entre eux « provoquent des mutations au sommet, Didouche remplace Bitat à la tête du nord-Constantinois. Mais avant son arrivée, on procède à la répartition des tâches… » « Didouche n’a eu aucune difficulté à être au fait de la situation générale de l’organisation du parti, notamment celle des anciens de l’OS, du fait d’en avoir été responsable par le passé. »[31]

Abdesslam Bakhouche et Kadid se déplacent à Constantine pour en reconstituer l’organisation, en appui sur Si Messaoud Boudjeriou (qui sera lié alors à El Arrouch).

Fin septembre-début octobre les responsables de la région se réunissent[32] à Smendou pour préparer l’action armée.

 « En fait d’armes, nous ne disposions que de quelques statis italiens » cachés après la découverte de l’OS. « El Arrouch avait six fusils statis en mauvais état… »[33] 

Il y avait donc plus de foi et de volonté que de moyens…et l’ennemi le savait. Aussi suivait-il avec préoccupation la métamorphose de cette région, la vitalité incroyable de son mouvement national pourtant anéanti il y a moins de dix ans. Ne pouvant parier sur la pression policière sur le parti légal (MTLD), pour la neutralisation du mouvement, il dépêche sur « …le Nord-Constantinois, la région où le FLN […] (dit-il, est) le mieux implanté », un de ses « spécialistes des coups tordus », Aussaresses ! que nous avons évoqué plus haut et qui confirme ainsi le diagnostic organique du MTLD, tout en précisant le genre de travail qu’il était chargé de mener.

Ainsi, une guerre dans la guerre est engagée là, comme partout à travers le pays. Mais là, pour des raisons qui n’intéressent pas notre propos, l’officier préposé pour la mener a écrit sur les basses œuvres qu’il a exécutées pour accomplir la volonté politique des dirigeants de l’État français de détruire le FLN dans la région. Sans trop s’étaler comme il l’aurait certainement voulu, il en a cependant assez dit  pour que l’on ait une idée de la besogne dont il s’est chargé.

Ce « spécialiste des coups durs, des coups tordus » raconte : « On commençait à envoyer des nettoyeurs et j’en faisais sûrement partie. Il fallait identifier ses dirigeants [du FLN], les localiser et les éliminer discrètement. Obtenir des informations sur les chefs du FLN me conduirait forcément à capturer des rebelles et à les faire parler… »[34]

Il nous semble clair que le terme « discrètement » explique la pauvreté du tableau des actions dans la région que les historiens et l’opinion publique ont eu à se mettre sous la dent.

La « discrétion » dont il fait preuve concerne la carte blanche que lui donne sa République impériale et démocratique ; elle le couvre pour ce qui est des méthodes et moyens pour « faire parler » ceux qu’il « capture ». Il laisse au romancier de guerre, Lartéguy, de le dire plus crument par la bouche de Boisfeuras, son officier-« nettoyeur », pour qui les rebelles, c’est la population de la dechra qu’on « fait parler » jusqu’à forcément découvrir la voie qui mène aux chefs FLN… Il lui prête même le personnage de Benghersallah, le responsable novembriste, avec Kadid, de la kasma d’El Harrouch, qui lui a donné du fil à retordre…

Et qui l’a impressionné : « il ressemblait à Alain Delon »[35], dit-il, ce qui avait fait chavirer le cœur de la sœur du maire pied-noir de Aïn Bouziane qui l’a harcelé de ses assiduités, au point qu’afin d’y échapper, il a dû quitter, avec sa petite famille, ce bourg pour El Harrouch,. Le personnage qu’en fait Lartéguy est affublé du même qualificatif de « proxénète » collé au jeune responsable par Aussaresses !  

Ainsi, l’officier-« nettoyeur » a la grande latitude de peaufiner la méthode pour s’acquitter de sa besogne. Grâce à quoi il « s’illustrera » plus tard, avec d’autres « nettoyeurs » de son acabit réunis dans la Capitale pour ce dont ils ont pensé se glorifier, leur « bataille d’Alger »… Là, au grand jour, à la lumière de « l’aveuglant soleil de la torture » désormais « au zénith, [qui] éclaire tout le pays »[36] !

On peut imaginer le nombre de suppliciés et de morts sous la torture pour préparer la tâche à l’armée française de surprendre sans danger le grand Badji Mokhtar dont la mort au champ d’honneur à la mi-novembre ! est tue dans le bilan. À ses côtés est tombée, les armes à la main, la première chahida de la guerre de libération, Chaïb Dzaïer. Et sans cette même préparation mortifère, Ducourneau n’aurait jamais pu « avoir » l’immense Didouche… dont les nécessités de la propagande n’ont pas permis d’escamoter le sacrifice pour un bilan minimisé… 

Voilà l’épreuve qu’a à affronter la petite équipe en charge de la lutte armée lancée dans la région… Et même si le général-« barbouze » lui porte, sans risque, des coups sévères, il ne peut, malgré ses vantardises empêcher la région de réussir son entrée en guerre de libération et de donner, quelques mois plus tard, la grande leçon politique du 20 août sur le sens cette guerre et sur le peuple héroïque qui la supporte…

Le 1er Novembre en zone 5 (Oranie)

Là, le tableau évoqué plus haut relève trois actions, ou plutôt trois localisations d’actions, toutes significatives.

*D’abord, Oran. C’est le chef-lieu du département ouest du pays où, à côté d’un gros colonat bien présent, avec L’Écho d’Oran de P. Lafont comme porte-voix régional, il y a « l’Algérie française » populaire, celle des pieds-noirs… de ce fait, Oran est le pendant de la Mitidja des gros colons.

Mais Oran est aussi une base importante du nationalisme indépendantiste, PPA-MTLD… animée par des militants issus de la localité-même ou des autres villes du département : Aïn-Temouchent (dont la kasma est, après Skikda, la plus importante du parti), Mascara, Mostaghanem, Sidi-Belabbès, Tlemcen)…

Oran a déjà, en 1949[37] ! organisé et réussi une première action armée, le hold-up de la poste de la ville, où on s’est procuré des moyens financiers, le nerf de la guerre !… Mise au point par Aït Ahmed et Benbella, cette opération a été exécutée par un groupe d’« ossistes » issus de différentes régions du pays. Oran confirmait là le mûrissement de la conscience nationale et de l’idée de l’action armée pour laquelle l’OS a été créée…

Mais un an après, c’était la catastrophe !

Oran allait accueillir et protéger, dans son background suburbain ou plus profond, ceux des militants de l’OS – locaux ou des autres régions –, recherchés depuis la répression et la traque policières (poursuites, tortures et procès retentissants) de 1950[38]

Signalons que, parmi les 48 hommes de l’OS arrêtés en Oranie et déférés devant les tribunaux lors d’un des maxi-procès visant autant à terrasser cette « OS » secrète qu’à intimider le parti légal, rappelons la personnalité marquante et prometteuse de Hammou Boutlélis : il est condamné à la plus lourde peine : 6 ans de prison, autant d’interdiction de séjour et privation des droits civiques. Il ne verra plus la liberté. La veille de sa libération, fin 1957, on lui annonce qu’il est libéré et qu’on vient le chercher pour cela : les officiers-« nettoyeurs », vigilants, sont passés par là !

Nombre d’entre ces hommes mangeront – lors des missions, souvent punitives, ici ou là, à travers le pays, dont on les chargera –, leur pain sec assez longtemps pour en connaître très bien les hommes et les problèmes que pose la vie militante. Aussi s’y trouvent-ils chez eux, le moment voulu, en phase avec les exigences de la tâche qui leur échoit dans la conduite de la Révolution.

Parmi eux, Oran avait accueilli celui qui allait être son chef et également ses deux adjoints… Ils ont tous un long passé oranais, aussi riche que celui qu’ils ont accumulé à travers toutes les régions du pays, où ils ont fait apprécier et aimer le parti.                                                                                                                                                                                                                                    

Mohamed Fréha les signale[39] élus pour assister au congrès d’avril 1953, mais le tenant dans la légalité, « la Direction avait décidé que Fortas Mohamed, Larbi Ben M’hidi et Boussouf ne devaient pas [y] assister »… On chargea alors « les congressistes de l’Ouest d’[y] défendre un rapport préparé et rédigé par une poignée de jeunes cadres oranais… » et qui a été courageusement « lu par Ben Abdelmalek Ramdane (…) », « ossiste » recherché lui aussi mais moins connu que ses aînés.

Parmi les « 22 », Ben M’hidi et ses deux adjoints, Ben Abdelmalek et Boussouf représentent donc la zone 2 (l’Oranie). Novembre trouve ce dernier, Boussouf, sous les traits d’un taleb « moussafer » parmi les tolba « moussafirin »  de la grande mosquée d’El Khemis, à la frontière avec le Maroc[40].

Quelle ne fut ma confusion quand, après l’indépendance, à la question naïvement « régionaliste » que je posai à Hadj Benalla : « Pourquoi n’étiez vous pas représenté parmi les « 22 » ? », il m’a simplement répondu : « mais on l’était. Par Ben M’hidi » ! avec l’air de dire : où est le problème ?

Et qu’en est-il pour les actions en zone 5 ?

*Pour Oran, toujours, c’est Benallah Hadj, adjoint de Ben M’hidi pour la ville qui dirige l’action contre la caserne d’Oran, en appui sur les anciens – tel Bensaïd – et nouveaux – tel Cheriat Ali Cherif – « ossistes »…

Nous verrons ce que l’on peut dire des résultats au terme de l’examen de ce qui s’est passé dans les deux autres localisations d’action signalées dans le tableau.

 *Le Dahra – et la région de Sidi-Bel-Abbès.

– Le Dahra, encore un môle sociologique où il y a de la « signifiance », et il est vital qu’il ne reste pas « gelé » comme son vis-à-vis l’Ouarsenis, ainsi qu’il risquait de se produire.

En effet, le chef de la wilaya Mtld d’Oran, Ahmed Chenaf, n’a pas donné signe de vie. Son nom n’apparaît pas dans les résultats de recherche de Mohamed Fréha, ni dans un des espaces d’activité du Fln une fois passée la phase de lancement. Signalé dans le « Tableau des organismes dirigeants et des tendances du MTLD » par M. Harbi[41], il a sans doute « gelé » ses activités en quittant le champ politique comme l’ont fait ses collègues des autres wilayas du parti… mais ici, les hommes de Novembre trouvent des militants qui n’ont pas été perturbés par les luttes idéologiques au point de perdre confiance en eux.

Cette zone a marqué l’histoire en offrant en sacrifice au champ d’honneur le premier et le plus jeune des « 22 », Ben Abdelmalek Ramdane, le 4 novembre, et l’un de ses compagnons, H’mida Zabana sera un des deux premiers prisonniers de guerre sur lesquels les autorités coloniales se vengeront, malgré les « réticences » de la guillotine.

En tout cas, le Dahra renoue avec le bruit et la fureur qui ont marqué son histoire lors des résistances passées. « Les groupes de Ramdane Ben Abdelmalek », dont parle le tableau, annoncent par leurs deux ou trois actions comment le Zaccar, par exemple, va se faire l’écho des performances de l’Émir dans la Macta… de même, H’mida Zabana et le « commando » de Ouddah Benaouda veulent rappeler que la mort d’un des plus grands khalifas de l’Émir, Sidi Ali M’barek, en cette région qu’il a tant sillonnée, n’a pas été vaine ! 

Là se trouve le succès des actions menées en cette aube du 1er Novembre en zone 5, ce qui relativise l’insuccès de Hadj Benalla du fait de la « défection » de « son complice (sic) à l’intérieur de la caserne », ou la perte sur le champ d’honneur d’hommes valeureux (Berraho Kadda rejoint dans la gloire Ben Abdelmalek)… 

Le succès est également dans le fait que ces actions ont suscité la mobilisation des paysans, force essentielle de la résistance, assurant ainsi la base du succès de la révolution.

Localement, par ailleurs, elles contribueront largement à « ranimer » l’Ouarsenis… et, un jour, les colonels des deux wilayas, Si M’hamed de la 4 et Si Othman de la 5 se rencontreront en un point de jonction des deux massifs montagneux.

Notre ami Si Hassan, alors chef du service de santé de la région, assistera à leur bonheur de rappeler leurs souvenirs de jeunes militants du PPA rêvant d’action libératrice, et de stagiaires à l’école professionnelle de Kouba…

Plus tard, pendant le déploiement dudit plan Challe, le capitaine (paysan) Si Tariq (qui a été responsable d’Oran), se repliera sur l’Ouarsenis pour éviter l’affrontement dans sa zone en wilaya 5, mais il devra quand même affûter avec ses frères de la wilaya 4, et particulièrement avec le capitaine Si Mohamed, la stratégie de résistance au rouleau compresseur mis au point par l’ennemi.

Mais c’est déjà là une autre histoire, qu’aura enrichie l’action de Abbane – appuyée par Ben M’hidi et Krim, et sous leur égide –, pour ranimer la zone 4…    

—————–

* Extrait d’une étude à paraître sous forme d’Essai…


[1]. Cf. Services spéciaux Algérie 1955-1957, Perrin, 2001, p. 15.

[2]. Menées hors des frontières, ces actions ont visé des marchands d’armes – dont certains ont « eu des malaises bizarres ou de soudaines pulsions suicidaires –, et des bateaux de transport d’armes, dont « beaucoup ont sombré inexplicablement [en] mer du Nord ou en Méditerranée», Ibid., p. 16.

[3]. Cf. P. Bourdieu, Leçon sur la leçon, éd. de Minuit, Paris, 1982, p. 7.

[4]. Les Damnés de la terre, Maspero (Cahiers libres), 1961, p. 13.

[5]. Dans l’Introduction de Sociologie d’une révolution (L’An V de la révolution algérienne), PC Maspero, 1959, p. 15. 

[6]. Ils laisseront, par bonheur, deux rares et riches témoignages sur les vicissitudes et la grandeur de l’expérience des hommes de l’OS… Abdesselam Habachi, Du mouvement national à l’indépendance. Itinéraire d’un militant, Casbah, 2008, et Mohamed Mechati, Parcours d’un militant, Chihab, 2009.

[7]. Dans Dépossession du monde, Seuil, 1964, p. 168. 

[8]. Ali Zamoum, Le Pays des hommes libres, Casbah, 2006, p. 170.

[9]. En criminalisant les actions et acteurs de cette aube libératrice, (par les termes tels qu’assassinats, tueurs, complicité, complice…). (cf. Littré : complice = qui participe à un délit, à un crime.)

[10]. Pour paraphraser Marguerite Yourcenar, cherchant à faire revivre l’enfant qu’elle était, dans ses Souvenirs pieux, Gallimard, 1974, p. 12.

[11]. Précisons que les hommes de l’OS – dont on dit souvent qu’ils sont de l’est du pays – ont, de par leur vécu militant et de par les responsabilités qu’ils ont assumées, une connaissance intime du pays et de ses habitants sur toute son étendue… où ils étaient partout chez eux, connus – sous des noms d’emprunt –, respectés et protégés contre les coups de la police coloniale toujours à leurs trousses  

[12]. Cf. M. Harbi, « Le FLN, Institutions et pratiques politiques », In La Nuit rebelle, Éd. La tribune, Alger, 2004. Tableau repris par Abdelmadjid Merdaci, In 1er  novembre 1954. La Nuit des insurgés (ENAG Éd., 2019, pp. 24-25). Ni notre ami Madjid –Allah Yarhmou ! – ni M. Harbi n’ont été assez vigilants envers le terme complicité criminalisant le militant S. Bentobbal.

[13]. Cf. à ce sujet la Préface de Mehri au livre de A. Kechida, Les architectes de la révolution (Chihab éd., 2001) et « La crise avec Messali et la naissance du FLN » de B. Abdesslam, Le Hasard et l’histoire…, EAG éd., 1990, pp. 47 sq.

[14]. Parmi eux, Brahim Chergui s’installe, sous un faux nom, marchand de chaussures en gros à Alger, « début 1955… après un court séjour à Sétif puis à Blida… », Cf. Au cœur de la bataille d’Alger, Dahleb, p. 60. Il explique son geste par des poursuites policières renouvelées depuis novembre 1954… Pour les autres nous n’avons pas de traces écrites à propos du gel de leurs activités…

[15]. Ali Zamoum, Le Pays des hommes libres, Op. cit., p. 170, et p. 185 : « Parmi les gars partis du village le 1er novembre […] en Mitidja, certains ont été arrêtés, d’autres ont rejoint le maquis… »

[16]. Mohand-Saïd Mazouzi, qui l’a croisé à la centrale d’El Harrach, l’a trouvé fébrilement intéressé par l’insurrection. Il rapporte, (dans  J’ai vécu le pire et le meilleur, Casbah, 2015, p. 178), que « sa principale sinon son exclusive préoccupation était de savoir comment avait été déclenché le Premier Novembre… »

[17]. Cf. Le Pays des hommes libres, Op. cit., pp. 176 et 185.

[18]. Cf. Mohamed-Larbi Madaci, Les Tamiseurs de sable, Prologue, ANEP, 2001. Reconstitution, donc à manier avec la même précaution méthodologique, et dont il se réclame lui-même….

[19]. Benboulaïd avait « ordonné que les militants se dessaisissent de leurs armes se réservant le pouvoir de les distribuer selon l’importance des missions. » (note p. 24) Ce qui a fait grincer certaines dents. Chaque combattant reçoit en plus de son arme (légère et de guerre, pas de fusil de chasse) 300 cartouches plus des bombes artisanales…

[20]. Comme faussement indiqué dans le tableau évoqué plus haut. Lui et Adjoul n’ont pas été engagés dans les actions, trop précieux pour Si Mostefa pour qu’il les livre à la merci d’un impondérable !

[21]. Algérie, la guerre est finie, éd. Complexe, 1985.

[22]. Un peu plus tard, Benboulaïd détachera cette région des Aurès et chargera Ahmed Ben AbderRazzaq Hamouda, futur Si El Haouès, fils justement de M’chounech, d’en faire le noyau de la future wilaya 6 et de diriger la marche de cette dernière…

[23]. Ali Kafi, Du militant politique au dirigeant militaire. Mémoires (1946-1962), Casbah, 2002, p. 44.

[24]. Mohamed Kadid, Ar-radd al-wâfî ‘alâ mudakkirât Kâfî (Réfutation ad hoc des mémoires de Kafi), 2012 (à compte d’auteur), p. 55. (Traduction personnelle.)

[25]. In « La préparation du 1er Novembre », paru dans El Djarida, n° 15 nov.-déc. 1974.  

[26]. Il sillonne, pour cela, comme s’il y était né et y avait toujours vécu, toute la région d’ouest en est, de Djidjel à Annaba, et du nord au sud, de Skikda à El-Oued, à travers le pays chaoui, faisant se redresser des énergies recroquevillées, s’inquiétant déjà de filières et d’achat d’armes : les premières récupérées datent de cette quête prospective…

[27]. Cf. Chergui, Au cœur de la bataille d’Alger, Op. Cit., p. 55.

[28]. Il faut dire que si Chihani avait déjà, comme homme de l’Os, sa route tracée, les potentialités de M’hamed Bougara, comme « futur colonel Si M’hamed », ne deviendront réalisables que lorsque Ouamrane le retrouvera – les deux hommes avaient, dit-on, milité ensemble à Belcourt – et le dégagera de l’état de gel « neutraliste » auquel il avait, là, idéologiquement adhéré, semble-t-il.

[29]. Cf. Aux origines du FLN…, p. 271 sq.

[30]. Dans son témoignage cité – avec les mêmes préventions méthodologiques que pour les autres échos recueillis sur la question, d’autant qu’ici, ce n’est pas les dires directs de l’auteur, mais un récit rapporté…

[31].  selon M. Kadid, in Ar-radd al-wâfî…, Ouvrage cit. p. 29. (Trad. personnelle.)

[32]. Beji a failli manquer. Il devait acheter des cartes d’état-major, ce qui lui a coûté d’être arrêté par la police. Mais il a pu lui échapper…

[33]. M. Kadid, témoignage cité.

[34]. Aussaresses, Services spéciaux, Op. cit., p. 26  (Cmqs)

[35]. Ibid., p. 37.

[36]. J. P. Sartre, Préface à Les Damnés de la terre, Op. cit., p. 26 

[37]. Avant sa découverte, depuis laquelle elle était de moins en moins en odeur de sainteté dans le parti indépendantiste, jusqu’à se voir dissoute!

[38]. Cf. la foisonnante enquête de Mohamed Fréha, Oran, du mouvement national à la guerre de libération. 1945-1962, 2009, p. 332 sq. (à traiter sous le même point de vue méthodologique).

[39]. Ibid., p. 42. Le Congrès a reconnu la nécessité de revenir sur la décision de dissolution de l’OS… Au bureau du congrès siégeait un « ossiste » d’Oran, moins connu, Abderrahmane Bensaïd.

[40]. Comme l’a rapporté le regretté Mohamed Lemkami dans ses mémoires Les Hommes de l’ombre,ANEP, 2004, p. 134.  Il était là, depuis 1952, précise-t-il.

[41]. Dans Aux origines du FLN, Op. cit., « Comité d’organisation du MTLD », p. 255.  

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