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El Guesba tewelwel wa El Guellal issadi (suivie d’exemples d’interprétations). Par Boumediene Lechlech.

08-Percussionniste (guellal) | Patrimoine immatériel algérien
Modèles de Guesbas.

PRESENTATION :

Pendant le mois de septembre, la fin de la saison agricole est fêtée par la waâda où la guesba et le guellal, surtout du raï-trab, entrent en scène. La jeunesse renoue, de plus en plus, avec cette tradition populaire. Ci-joint et ci-dessous quelques études et illustrations de chefs-d’œuvre de raï-trab ou rural. La structure mélodique et rythmique est distincte du bédoui Wahrâni comme c’est expliqué. Sur le plan de la chorégraphie, il y’a la célèbre danse folklorique du ‘alaoui  ou l’accompagnement se fait par la ghaïta (hautbois)…Le raï-trab, rural, comme celui des meddahetes, citadin, était à l’origine feminin, celui des ouvrières agricoles, vivant une double oppression, en plus de celle du colonialisme.
   PAR B. LECHLECH. CHERCHEUR-MUSICOLOGUE.

Guellal en peau synthétique - Home | Facebook
Guellal.

Le processus de la fabrication de la guesba comprend les étapes suivantes : 

– Recherche et arrachage du roseau de type (Arundo Donax) au bord de la rivière. Il est répandu dans tout le pourtour de la méditerranée et surtout en Algérie. C’est une graminée à l’état sauvage qui constitue une matière à la morphologie sonore et vibrante par excellence.

– Ensuite séchage et stockage pendant au minimum deux années, jusqu’à maturité.

– Tronçonnage des parties les plus appropriées pour fabriquer les guesbas.

-Alésage et ponçage.

-Traitement au feu pour la stabilisation de la fibre et son durcissement.

-Vernissage et ornementation de la guesba avec une lame d’un couteau fin et du henné.

 . Tout ce processus minutieux de mains expertes doit aboutir à un accordage parfait pour obtenir le LA à 440 hertz. 

– Le tatouage de la guesba (ouichem) reflète des signes berbères. Son jeu exige un doigté qui s’acquière avec l’expérience. 

– On décloisonne de l’intérieur à l’endroit des nœuds les parois séparatives et on perce les six (ou plus) trous, à l’aide d’un fer chauffé spécial à cet effet.

 – On peut définir la guesba comme une flûte oblique biseautée. Le timbre qui s’en dégage est langoureux. Elle est utilisée aussi bien dans le raï trab (de la terre) que dans le bédoui proprement dit.

 – Lors du jeu la disposition des doigts se présente ainsi : 

  • (Main droite) POUCE INDEX MAJEUR ANNULAIRE AURICULAIRE
  • (Main gauche) Le pouce soutient toujours l’instrument. Selon que l’on soit droitier ou gaucher, la main droite est en haut et celle de la gauche en bas ou l’inverse. 

– L’émission d’un son grave de la guesba dépend de l’éloignement des orifices de l’instrument de la bouche du flûtier et de la grandeur de leurs diamètres et celle d’un son aigu du rapprochement des orifices de la guesba de la bouche du guessab et de la diminution des diamètres de l’instrument.

 – Témoignages de deux guessasbias de la région d’Aïn Temouchent Benyekhlef et Berkechi. – Le meddah (goual) est aussi accompagné d’un guessab ou guessasbi pour l’animation de sa hâlqa dans le souk ou dans la wâada annuelle du moussem en marge de la fantasia (tbourida) des goûms.

 – Il existe même une guesba ‘acharia (dix entre-nœuds) utilisée surtout dans le ey yey et au Maroc, pays dont l’Est jusqu’au fleuve Moulouya (ancienne limite du royaume des Massaysils ou Numidie occidentale de Syphax) contient les mêmes genres musicaux de l’Extrême -Ouest. (Ahmed Aydoun, musiques du Maroc, Editions EDDIF). Ce dernier ne cite pas le bédoui et le raï (rural et moderne) pourtant bien visible autour de la région d’Oujda, alors qu’il cite le gharnati. 

Il est vrai que le terme melhoun prend aussi une signification d’un genre musical semblable à la ‘’ferda’’ de Knedsa , introduite à Oran qui interprète le répertoire de la poésie melhoun, comme le chaâbi algérien dont il se rapproche beaucoup musicalement et poétiquement.

L’apprentissage d’un instrument de musique traditionnel*

Socle de l’esquisse d’une méthode de la Guesba (1)

Comment peut-on aborder l’enseignement d’un instrument qui n’est pas encore étudié pour comparer les probables diverses façons de son apprentissage, comme pour le cas des instruments traditionnels propres à l’école dite andalouse ? Ma découverte très récente sur internet (You Tube) des  »5 leçons sur la guesba » de Kacem d’Oujda, m’offre donc le seul échantillon pour apprendre son jeu à distance, peut-on dire, que je vais essayer d’approfondir progressivement, par ce travail de conception pédagogique de sa pratique, d’où ce petit canevas d’esquisse d’une future méthode de la guesba. La transmission orale, par mimétisme et exclusivement à l’oreille est dominante dans la vie sociale où s’interprète la guesba et ses musiques populaires (waâdas, maoussems, ziaras, difas, halqas, festivals…). (2)

L’engouement pour cet instrument vernaculaire de musiques régionales se remarque chez nos compatriotes de l’émigration et de l’exil beaucoup plus qu’en terre natale, pour une raison de quête identitaire légitime dans un milieu de déracinement et d’acculturation.

On doit préconiser l’étude théorique des principaux maqâms et rythmes de la musique arabo-musulmane, et aussi tenter de la combiner à l’apprentissage oral. L’expérience de l’analyse de quelques œuvres des divers sous-genres de la guesba algérienne, prouve bien leur équivalence approximative avec les maqâms qu’il faudrait classifier systématiquement, malgré certaines spécificités de notre tradition berbère millénaire (qu’il s’agit de préserver), pour pouvoir en transcrire les parties jouées dans des partitions adaptées et nécessairement personnalisées. La classification des types de guesba selon leur échelle musicale, et la transcription (après collecte) d’œuvres diversifiées du patrimoine musical de ses répertoires -bien ordonnées graduellement- sont les deux étapes incontournables pour l’élaboration d’une méthode scientifique de son apprentissage. (3)

– Pourquoi faut-il sauvegarder la guesba en enseignant son jeu ?

– Esthétique soufiste du souffle et de l’instrument à vent.

– Aperçu historique ou genèse de la guesba (Tighenimt).

– Définition et description de la guesba (facture instrumentale, modèles, décoration, entretien…).

– Répertoires des genres de la guesba [bédoui (avec ses sous- genres et variantes), danses folkloriques, genres du meddah, raï-trab…].

– Tenue et position de la guesba (lèvres, mains, doigts…).

– L’émission du son de la guesba (notions d’acoustique).

– L’ambitus selon le type de guesba (l’étendue des notes).

– 1er cycle : Tronc commun

* Reconnaître le type de guesba selon son échelle musicale.

* Exercices pour l’émission d’un son juste (des notes musicales).

* La respiration et le souffle.

* Le doigté (pair et impair).

* Jouer des intervalles (tierce, quinte) ad libitum.

* Techniques : Glissando, légato …

– 2ème cycle : Amateur

* Approfondir le 1er cycle.

* Les attaques -fort, faible- du gosier (gorge).

* Jouer des gammes (genres et sous-genres).

* Reproduire des mélodies à l’écoute y compris avec guellal ou bendir.

* Les types de vibrato.

* Quelques exercices de déchiffrage.

– 3ème cycle : Professionnel

* Approfondir les 1er et 2èmes cycles.

* Le second souffle (atteindre la double octave).

* Zouaqâts (appogiatures, trilles…)

* Mouvements et modulations.

* Jouer à deux (rkiza: mélodie et rdif: bourdon ou pédale), avec accompagnement de guellal ou/et bendir.

* Interpréter l’équivalent des principaux modes (rast, bayati, hijaz, saba…) dans le bédoui.

* Interpréter les chefs-d’œuvre des divers répertoires (Etudes).

* Improvisations et accompagnement de chanteurs et/ou danseurs.

                                            Oran, le 31 mars 2016.

Illustrations

NOTES : 

* Projet de communication à la 2ème journée de recherche musicologique, du laboratoire d’organologie, Centre des Etudes. Andalouses de Tlemcen (Annexe du CNRPAH), sur le thème : ‘’L’apprentissage des instruments de musique traditionnels en Algérie’’, prévue le mercredi 18 mai 2016, sur sollicitation de son responsable. 

(1) – Je m’appuie ici à la fois sur mon expérience de responsable pédagogique d’une petite école de musique, d’une annexe de recherche sur la musique algérienne, d’enseignant d’histoire de la musique arabo-musulmane et algérienne, de cadre du secteur de la culture, chargé depuis une période de presque un quart de siècle, de la musique dans diverses structures et d’auteur-compositeur (de façon discontinue).

(2) – On se rend compte, avec le temps, du besoin de codifier, de théoriser et d’unifier nos multiples systèmes musicaux populaires et notre riche folklore dans sa diversité, de leur terminologie pour le préserver, comme ici le cas de la guesba dont les musiques reflètent l’âme populaire ancestrale et avaient une fonction sociale de résistance contre l’oppression et l’aliénation tout en exprimant la joie de vivre et la quête du beau chez notre peuple. 

(3) – Quelques illustrations d’œuvres analysées dans des émissions radiophoniques à la chaine 1 (antenne d’Oran) sur le bédoui . wâhrani, raï-trab… en 1994.

BIBLIOGRAPHIE SOMMAIRE

– Vaclav KUBICA, la Qasba algérienne et sa musique, Annales du Musée de Prague, 1980.

 – Abdelhamid BENMOUSSA, l’aspect musical du genre Aiyai, de l’Atlas Saharien Algérien, Thèse, Berlin-Est, 1990. 

– Ismail MESBAHI, le Moyen Orient, le Maghreb et l’Occident, l’enseignement musical inversé, Paris, 2005. 

– Jacqueline RENAUD, l’énigme du don musical, nait-on musicien ? Revue sciences et vie n° 744, septembre 1979. 

– Geneviève DOURNON, guide pour la collecte des musiques et instruments traditionnels, Editions de l’UNESCO, Paris 1981. 

– John BLACKING, le sens musical, Editions du Seuil, Paris 1980.

 – Rim JMAL, développement musical et acquisition du système modal arabe chez l’enfant tunisien de 6 à 13 ans au début du XXI siècle, Thèse, Paris 2013. 

– Abderrahmane MOUSSAOUI, Logiques du sacré et modes d’organisation de l’espace dans le sud-ouest algérien, Thèse, Paris, 1996.

 – Karl MARX et Friedrich ENGELS, sur l’art et la littérature, Editions du progrès, Moscou 1976.

– Abdelhamid MASHAAL, Méthode scientifique d’apprentissage du Ney (en arabe), Réédition OPU, Alger 1995. 

– Mohamed El Habib et Ahmed HACHELEF, anthologie de la musique arabe 1906 – 1960, Publisud CCA, Paris 1993. 

– Constantin BRAILOIU, esquisse de méthode du folklore musical, revue de musicologie n°40, Paris 1931.

 – Bachir HADJ ALI, de quelques problèmes actuels de notre musique, p.49 à 55, brochure tirée de la revue … 1965. – Kacem ………, ‘’5 leçons de gasba’’, You Tube, Oujda, 2012. 

– Boumediene LECHLECH, brève esquisse sur la chanson bédouine de l’Oranie, Oran-Aïn Témouchent, 2012.

– Idem, La trompette et la musique algérienne, brève ébauche d’étude, Oran-Aïn Témouchent, 2011.

– Idem, Lexique inédit et compilation radio de la musique algérienne, Oran- Aïn Témouchent 1993/94 (avec mise à jour). 

– Quelques Echantillons de musiques de guesba de diverses régions et de multiples genres d’Algérie.

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