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Leçons du Covid19 sur la gouvernance néo-libérale : un entretien avec Omar Aktouf.

Twee jaar oorlog hebben ervoor gezorgd dat er van het gezondheidssysteem in Jemen weinig overblijft. 54% van de gezondheidsinstellingen zijn verwoest, ze zijn niet langer veilig of er is geen personeel meer om ze draaiende te houden.

1-Vous avez milité depuis des décennies pour une remise en cause du système de gouvernance planétaire. En quoi un tel système  nous aurait-il permis de mieux faire face à cette crise sanitaire que nous vivons aujourd’hui ?

OA : En effet, cela fait des années que, avec bien d’autres (dont un certain J. Chirac lui-même) je me prononce pour la mise sur pied d’un système de gouvernance mondial. La raison en est aussi simple qu’évidente à mes yeux : puisqu’on a accepté l’idée d’une mondialisation du business et de l’économique, pourquoi n’avoir pas songé à une « mondialisation de mode de gouvernance » qui irait avec ? Absolument rien ne l’empêche sinon le désir des businessmen et des multinationales de pouvoir faire ce que bon leur semble là où bon leur semble ! On a fabriqué une « mondialisation » néolibérale pour permettre au grand capital mondial, de plus en plus  à l’étroit dans sa logique d’expansion infinie, depuis le début de la décennie 1980 particulièrement, de continuer tout de même à faire croître ses revenus. Cela a, entre autres, nécessité la levée des barrières que constituaient – ou pouvaient constituer-, les lois propres (impôts sur les revenus, taxes à l’importation, à la valeur ajouté, règlementations sur l’environnement, sur l’emploi, le salariat…) des États-nations, censés être souverains dans leurs espaces délimités par leurs frontières  (je démontre tout cela dans des chapitres idoines dans mes livres La stratégie de l’autruche et Le management entre tradition et renouvellement). Or cela devenait un carcan limitant considérablement les ambitions de croissance infinie de fructification du capital. Par divers moyens qui vont de l’élimination du mouvement des non-alignés, jusqu’à l’asphyxie des pays de l’Est, on a donc imposé à la planète – comme un « progrès économique commun-général inévitable »- ce qui n’était  que souhaits, volontés, désirs d’infinis gains du capital international, des banques, des multinationales… bref des milieux du « business mondial ». Mais, la moindre des logiques aurait été d’accompagner un « business mondialisé » par une « gouvernance mondialisée ». C’est-à-dire, ouvrir les frontières mais imposer du même élan (par une officine sous l’égide de l’ONU par exemple) des règles minimales qui empêcheraient ce business mondialisé de se comporter comme un renard dans un poulailler. Des lois supranationales qui auraient imposé le paiement du même impôt minimal sur le profit partout, de respecter l’intégrité des environnements partout, de payer des salaires décents partout… Cela nous aurait évité tant de délocalisations sauvages, de salaires de misères, et de dévastations des milieux naturels que nous n’en serions pas là où nous sommes avec cette pandémie ! Car ce sont là des façons de faire qui combinent pauvreté, manque d’hygiène, promiscuités, entrecroisements d’espèces  porteuses de dangereuses rencontres entre bactéries, virus… jusque-là soigneusement tenus éloignés par les écosystèmes naturels. Voilà comment une telle « gouvernance mondiale » nous aurait très certainement évités la crise sanitaire dans laquelle on se débat.

2-On peut craindre, encore une fois,  que les USA et les officines du néolibéralisme, déploient leur force d’inertie face aux changements qui s’imposent à l’humanité. Peut-on espérer que la crise du Covid-19 provoque une prise de conscience tant attendue ?

OA : Ces forces d’inerties sont déjà à la manœuvre ! Tout comme lors de la crise de 2008, on voit bien les milieux financiers – secondés par les États-comités de gestion du grand capital, voler au secours « du système » tel qu’il est, afin de, au plus vite, le rétablir et revenir au bon vieux « business as usual ». Le bulldozer des multinationales et des puissants lobbies va bientôt reconquérir les espaces que cette pandémie lui a momentanément retirés. La seule façon d’y résister serait, soit de lutter dur et fort pour la mise sur pied de cette gouvernance mondialisée, soit – et pourquoi pas concomitamment- faire comme la Chine, la Malaisie, l’Allemagne, le Japon, les pays du nord de l’Europe… voire Cuba (!) : imposer ses propres balises aux dégâts potentiels de la mondialisation du business. Ce qui veut dire, en plus d’une politique drastique de « développement autocentré » (compter avant tout sur ses capacités et ressources et les développer, depuis la formation tous azimuts jusqu’au maximum de non dépendance alimentaire…) ; avoir des lois – en tant que pays souverains- qui fixent et imposent des salaires minimaux décents ; des filets sociaux conséquents (comme on les voit – forts généreux- au Danemark, Allemagne, Suède… même Singapour) ; des limites aux dividendes à distribuer ou exporter (système allemand entre autres) ; des freins aux méga insolents « salaires », parachutes dorés, évasions fiscales… des dirigeants (voir par exemple les incroyables mesures prises ces derniers temps en Suisse, notamment, où les revenus des patrons sont votés par les assemblées générales et les syndicats, et aussi  où, dans maints secteurs, le salaire des dirigeants ne saurait excéder 13 fois de l’employé moyen…).

3- La décision prise par Trump de suspendre les contributions financières américaines à l’OMS aurait-elle un quelconque impact sur la gestion de la crise actuelle ?

OA : Oui et non. Oui parce que tout de même la quotepart US (~ 500 millions $) représente pratiquement 20% du budget total de l’OMS. Et non parce que avec ce manque à gagner ou pas, le pouvoir des pays non nantis pour influencer ce que fait ou non l’OMS est considérablement faible sinon nulle, que celle-ci soit riche ou pauvre : ainsi il n’est qu’à voir comment les USA peuvent surenchérir, avec des méthodes dignes du gangstérisme le plus effronté, sur les prix à offrir pour se procurer le nécessaire vital à la lutte contre le COVID-19. Comme par exemple détourner avec valises bourrées de dollars en liquide, jusque sur les pistes de décollage, des avions chinois de masques initialement destinés à d’autres pays. Rien n’aurait empêché les pays riches – l’État voyou USA en tête-, en plus de ce genre de méthodes, par exemple de recourir aux armes pour accaparer tous les moyens peu ou prou efficaces contre cette pandémie. On l’a vu clairement : C’est le « chacun pour soi » par tous les moyens ! En soi, ce fait est une preuve – ou un signe- du vol en éclat de la soi-disant heureuse mondialisation. Il est par ailleurs évident qu’une logique économique autre que néo et ultralibérale aurait permis à plus de pays dans le monde de disposer de quoi réagir plus vite. Mais il y a aussi des limites à faire des stocks tous azimuts, en prévision de toutes sortes de pandémies possibles ! L’OMS avec gros budget ou pas, le problème est désormais, bien plus de savoir comment (en profitant de cette salutaire pause forcée que nous avons donné au monde et à la nature et de ses bonnes retombées aussi minimes soient-elles) pour, le plus urgemment et le plus sérieusement du monde, songer à répondre – enfin- à LA question primordiale : « dans quel sorte de monde voulons-nous vivre ? », ou bien plus, plutôt désormais : « quelle sorte de monde nous permettrait de survivre ? ». Et organiser économies, politiques économiques, finances, business… en fonction de la réponse. Car imposer à la Terre ce que nous désirons qu’elle donne pour une économie pensée par de démentiels businessmen insatiables, n’est tout simplement non seulement plus possible mais désormais criminel !

4-Que vous inspire l’attitude des médecins, du personnel médical, et toutes les personnes qui font face en premières lignes, au péril de leur vie, à cette pandémie du Covid-19 ? 

OA : Bien entendu, et avant tout du respect, de la reconnaissance, de l’admiration… il n’y a pas assez de mots, devant la ténacité, le courage, l’abnégation de tous les gens de ces corps de métiers en lutte, quasiment à l’aveugle, devant un si terrible ennemi mortel. Mais aussi, ce que cela m’inspire, c’est qu’on va enfin se rendre compte de la si grande importance « de tous pour tous » : nous avons autant besoin, et nous sommes tous – bien que différemment-importants, « aussi importants et nécessaires ». Que l’on parle de médecins, d’ambulanciers, d’infirmières, d’aides à domicile, d’éboueurs, de livreurs, de caissières, de préposés en garderies, d’instituteurs, de petits fonctionnaires… Une des retombées que je souhaite voir s’imposer après cette épreuve, serait de, enfin, renoncer à de si injustes « hiérarchisations corporatistes » entre citoyens et entre leurs « valeurs » respectives. Depuis la notion même de « démocratie » à l’occidentale, à l’individualisme forcené, à la compétition létale entre êtres-humains, êtres-humains et nature…, jusqu’aux sacro-saintes dites « libertés individuelles » (qui en fait, ne font que masque à l’égoïsme et à l’individualisme) il faudra tout revoir de A à Z. Je pense que le fait de montrer à quel point toutes ces « petites mains », tous ces bas salariés, ou encore tous ces – comme on dit hélas souvent- « sans compétences », soient reconnus pleinement et entièrement dans les rôles irremplaçables et primordiaux qu’ils remplissent, sera une très salutaire chose. Et que par conséquent leurs sorts seront repensés en conformité à ce constat, et leurs conditions plus que considérablement améliorées. Car les inégalités ont atteint des sommets démentiels et insoutenables. Il est ainsi, par exemple, des patrons qui « gagnent » jusqu’à cinq cent ou mille fois le salaire de leur employé moyen (ainsi un patron de banque recevait… jusqu’à 73 000 $ de l’heure !). Quelles raisons, quelles métaphysiques de leadership ou « génies patronaux » peut-on décemment invoquer pour justifier ce genre de fossés entre dirigeants et travailleurs  (véritables vols corporatifs institutionnalisés par la grâce de ce que sont souvent – inutile de se voiler la face !- ces « petites cliques-mafias entre soi » dénommées Conseils d’Administration) ? Travaillent-ils cinq cent ou mille fois plus que leurs employés ? Ont-ils mille fois plus de besoins ? La « valeur » (particulièrement sociale, ce que l’on voit bien avec cette crise) de ce qu’ils font est-elle mille fois supérieure à celle de l’ouvrier ?

Reste à espérer que cette dure épreuve, qui finira Dieu sait quand et comment, servira de bonne leçon et poussera notre humanité, particulièrement celles et ceux qui ont des leviers de pouvoirs, vers un salutaire regain de sagesse, d’humilité et de reconnaissance d’une urgente politique de partages équitables de ce que cette Terre nous donne… à tous !

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