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Histoire, Lutte de libération nationale.

La crise du MTLD et l’initiative des « 22 ». Par abdelalim medjaoui

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Dans le cadre du débat ouvert sur l’histoire de l’État et l’armée de notre pays, je vais essayer ici de préciser ce que j’ai appris de la crise du MTLD et des positionnements des deux courants qui s’y sont confrontés, en liaison avec le mouvement amorcé par les hommes de l’OS en direction de la lutte armée, vers la constitution d’une armée algérienne.  

Je dois dire que mes premiers pas, mes premiers savoirs en histoire, je les dois à M. Harbi.

J’avais fait mon profit de son riche Aux origines du FLN[1], et pris connaissance de la galerie de personnages qui ont animé le mouvement national indépendantiste et préparé les conditions de ma participation au grand œuvre de notre peuple, à la mise de « l’Algérie française »[2] hors de l’histoire. Le FLN, mirage et réalité[3] m’a donné de premières clés des contradictions qui ont secoué le FLN-ALN que j’avais rejoint et permis de comprendre quelque peu la situation qui a prévalu lors de ma mise à l’écart du « FLN » en juillet 1962.

Cependant, mes premières hésitations vis-à-vis de son point de vue sont apparues avec son petit condensé, La Guerre commence en Algérie[4], et justement, à propos du lancement de la Révolution, avec sa relation de la réunion où s’est décidé le saut dans l’avenir.

1.- La Révolution anticoloniale est proclamée par la réunion des « 22 ».

Il est intéressant de voir comment M. Harbi présente cette réunion, comment il la relate[5] ?

« Sous la pression de leurs partisans, dont Mechati, Bentobbal et Zighoud, les animateurs de l’aile activiste se démarquent, dès le mois de juin (1954), de leurs alliés centralistes [dans le CRUA[6]]. À cette date « Vingt-deux » cadres sont convoqués à Alger à l’initiative de Ben Boulaïd, Boudiaf, Didouche, Bitat et Ben M’hidi, pour tirer les conclusions de l’expérience de l’OS, débattre de la crise du parti et préparer l’insurrection. La réunion des « Vingt-deux » est vécue comme une résurrection de l’OS, mais aussi comme une revanche contre tous ceux qui, dans le MTLD, ont concouru à sa perte. L’impatience d’agir est grande. Ces militants, persuadés depuis longtemps que leur nationalisme est le plus radical en Afrique du Nord, supportent difficilement de voir l’essor des luttes en Tunisie et au Maroc et l’immobilisme apparent de l’Algérie. La réunion des « Vingt-deux » se déroule dans un climat de fièvre et de ressentiment contre l’ensemble des dirigeants du PPA-MTLD. La crainte de rater une occasion inespérée pour débloquer la question algérienne pèse lourdement sur les débats. Toute interrogation sur l’esprit du peuple et les alliances de la future insurrection apparaît incongrue. Aux yeux des plus volontaristes, la discussion même, parce qu’elle dure, semble masquer des hésitations et des calculs inavoués. Excédé par ce qu’il pense être des tergiversations, Boudjemâa Souidani pose le problème en termes d’ultimatum. « Oui ou non, sommes-nous des révolutionnaires ? Alors qu’attendons-nous pour faire cette révolution si nous sommes sincères avec nous-mêmes ? » Sa force de conviction emporte l’adhésion. De toute façon, personne ne voulait risquer d’être situé parmi les « tièdes »… »

J’arrête ici cette citation déjà trop longue… et laisse au lecteur le soin de se reporter au livre pour voir comment les « parrains de la réunion » se sont fait désigner « selon la pratique de la cooptation en honneur dans le PPA-MTLD », comment le « déroulement anti-démocratique de la réunion… »

Il n’y a aucune empathie dans ce portrait de ce groupe et de ces hommes… Pourtant, l’Algérie leur doit que ce sont eux qui ont pris sur eux la très lourde responsabilité d’engager le pays dans la voie qui a débouché sur l’indépendance en déboulonnant « l’Algérie française ».

Cette responsabilité, on peut la mesurer à celle qui a manqué en la douloureuse circonstance de mai 1945, où le « clan algérois » (Le FLN, 29) qui poussait à passer à l’action armée n’a pas pu y rallier grand monde. D’autant que, devant l’échec du mot d’ordre et la gravité du drame, la direction du PPA a commencé à chercher les responsabilités d’une telle irresponsabilité… ! 

Je reviendrai une autre fois sur d’autres points concernant cette réunion décisive des « 22 ».

Je trouve intéressant de donner en annexe le portrait de l’un de ces « 22 », Badji Mokhtar, tracé par un observateur extérieur crédible, le Père Joseph Kerlan.

M. Harbi précise, en page 62, les causes de sa retenue vis-à-vis de ces « 22 » hommes :

« candidats à la direction d’une armée, les activistes s’érigeaient, du fait de la démission des centralistes et des messalistes, en parti. »

Quatre pages plus loin, il pose la question :

« L’État algérien est-il dirigé par un parti ou par une armée ? Aux yeux des pères fondateurs, qui se vivent comme des militants, cette subtilité n’est pas de saison. Ils sont des politiques en armes. Mais en faisant de l’affrontement armé la seule lutte et en dépréciant toutes les autres, ils ne se rendent pas compte que l’aboutissement naturel de leur épopée est d’édifier un État dont l’armée serait le centre… »   

La question de l’interventionnisme de « l’armée »

Faisons comme si cette assertion était avérée en prenant en compte le fait que, dès l’indépendance, le pouvoir qui s’est installé a donné des raisons pour qu’on le qualifie d’« autoritaire »… En effet, bien après 1962, l’uniforme a eu des difficultés à respecter la loi.

– On connaît par exemple la sérieuse crise qu’a connue le corps de notre gendarmerie. Par les passe-droits que se permettaient ses agents, il n’avait plus eu droit de cité dans une de nos prestigieuses régions. C’était suffisamment grave pour que sa direction dût se ressaisir et défendre chez elle la loi qu’elle est chargée de faire respecter dans la société… Mais tout récemment encore, un de ses chefs a été traîné devant les tribunaux… pour enrichissement illicite, je crois.

– Il me revient un souvenir significatif dans le même sens : le regretté ministre des Affaires religieuses, Mouloud Kassem, a appris la richesse recélée dans le tronc d’une mosquée dédiée à un grand savant vénéré comme un saint, fruit des dons généreux des fidèles. Un moqaddem était chargé de l’entretien du tronc, et bien sûr de la collecte de son contenu. Révulsé par un tel « détournement », Si l’Mouloud ordonna à son représentant local, qui était aussi son ami, de « nationaliser » le tronc. « Il m’est facile d’appliquer ton ordre, lui fut-il répondu. Mais moi qui connais la société d’en bas, je suis sûr que tu perdras la face quand te viendra l’ordre de quelque Général de remiser ta décision »…  

Je pense que chacun a connaissance de tels manquements dans notre Justice, nos Douanes et d’autres services d’autorité…

Il faut cependant, pour tenter de découvrir l’origine de tels manquements, revenir à l’histoire de la naissance de l’armée et de l’État de notre pays[7]

C’est à cette quête que je vais m’atteler en tentant de répondre à la question suivante : le reproche de « démission » adressé aux dirigeants du MTLD, face à l’initiative des « activistes », est-il justifié ? Ont-ils vraiment laissé aux hommes de l’OS le loisir de « s’ériger en parti » et se porter « candidats à la direction d’une armée… » ?

2. L’arrière-plan partisan de l’initiative des « 22 ». La crise du MTLD

En 1954, nous sommes évidemment loin des conditions qui ont permis à l’ÉNA d’exposer sur la scène internationale son programme d’indépendance de l’Algérie. Et le parti qui tire son affiliation de cette ÉNA est en crise.

Comment les chefs du MTLD y ont-ils fait face ?

C’est là que se situe, à mon sens, l’arrière-plan négatif de l’engagement des « 22 ».

Par la dissolution de l’OS[8], la dispersion et la mise sous surveillance de ses hommes dont la survie en clandestinité dépend des maigres allocations qu’ils leur dispensent[9], les dirigeants du MTLD ont réglé la question des perspectives de feu le PPA. Ce sont celles dorénavant du MTLD : celles de la lutte légale, la force de l’adversaire colonial (de son armée) étant jugée invincible, écrasante. 

Il est intéressant de rappeler l’analyse fine que donne Francis Jeanson du débat suscité par la perte d’audience de l’UDMA dans les campagnes en faveur de l’insurrection : « J’avais eu vent, dit-il, qu’au moment de la scission du MTLD, Ferhat Abbas déclarait volontiers que l’apparition de la tendance centraliste donnait raison au programme de l’UDMA. […]Comme, par ailleurs, le MTLD restait malgré tout plus proche du peuple que l’UDMA, on ne pouvait guère éviter d’en conclure :     – que la tendance messaliste était désormais sans objet ; – que les efforts de l’UDMA depuis dix ans n’avaient pas été complètement absurdes ; – qu’au moment même où ces efforts semblaient porter leurs fruits, la relève d’une UDMA vieillissante se trouvait précisément assurée par un MTLD rajeuni et transformé. » Il ajoutait que ce dernier avait, en effet, « opté pour un affermissement doctrinal, pour un travail de formation et d’unification politique du peuple… »[10]

Mais la mise de la tendance « ossiste » hors la loi du parti n’a pas suffi. Le MTLD va se diviser : sa direction ne s’entend pas sur le contenu de la ligne de lutte légale. L’intéressant, c’est que le litige s’est noué sur une base de classe au sein de la bourgeoisie indigène.

Messali, au nom de la base « plébéienne » du parti, dénonce le « réformisme » du CC qui ignore les intérêts de cette base.

Le CC du MTLD et… la lutte armée

En effet, le CC – c’est-à-dire les cadres, les représentants de l’élite militante de la société indigène intégrée au système capitaliste colonial – met en œuvre la justification pratique de la nouvelle ligne : les acquis socioéconomiques et politiques que les élus du parti ont réalisés, dans le cadre de la municipalité d’Alger, à travers le compromis noué avec le maire Jacques Chevallier.

Ces acquis, les hommes du CC pensent pouvoir les démultiplier à travers les autres communes du pays en appui sur les hommes de ce courant néolibéral dont il faut aider le renforcement en jouant le jeu dans le domaine politique et socio-économique… Cependant, même élargis à la base plébéienne que défend Messali, ces acquis n’intéresseraient qu’une infime partie du peuple colonisé, la partie nécessaire au fonctionnement du capitalisme colonial ; la grande majorité du peuple vivant une « situation effroyable […], abandonnés à la famine et à la maladie », comme le rappelle M. Boudiaf (dans « La préparation du 1er Novembre », art. cit.)   

J. Chevallier, passé du colonialisme pur et dur au colonialisme libéral, estime qu’il peut ne pas cacher son jeu, dans ce climat de crise des nationalistes : contre les ultras d’Algérie, il plaide[11] pour plus de libéralisme, disant : « Considérons aujourd’hui qu’il est plus sûr d’avoir auprès de soi des demi-rebelles que des domestiques. » Il s’élevait contre l’alliance entre « un gouvernementalisme béat » et « un beni-oui-ouisme aveugle ». Des « demi-rebelles » représentatifs de la société indigène, les « beni-oui-oui »[12] ne représentant qu’eux-mêmes…

Prenant au sérieux l’accusation de réformisme confortée par ce qualificatif sans équivoque, le CC élabore, pour la contrer, une vigoureuse justification théorique : il adopte des thèses « marxistes » à son congrès centraliste d’Alger (août 1954) dénonçant la position de l’« aventuriste » qui veut « lancer le parti et le peuple dans des actions pour lesquelles ils n’auraient pas été formés et sans qu’au préalable les conditions indispensables n’aient été réalisées. »[13]

C’était la justification de la voie réformiste, l’opposition absolue à la lutte armée.  

En même temps, les milieux de la direction du parti laissent entendre aux militants que ce qualificatif de « demi-rebelles » vise Ferhat Abbas et ses amis, qui auraient conclu un accord secret avec Chevallier.

Cette question des « conditions indispensables… » me rappelle un poème de Nazim Hikmet, dont il m’est agréable d’insérer ici un extrait qui me semble bien à propos :

« … les braves de Bédreddine se dressèrent face à l’armée / du prince héritier / […] Extraordinaire fut le combat. / […] les dix mille hérétiques compagnons de Beurkludjè Moustafa / pénétrèrent comme dix mille haches dans la forêt de l’ennemi. / […] mais quand le soir tomba sous la pluie battante, / les dix mille n’étaient plus que deux mille. / Pour pouvoir chanter d’une seule voix, / retirer tous ensemble les filets des eaux, / travailler le fer comme une dentelle, tous ensemble, / labourer tous ensemble la terre, / manger tous ensemble les figues d’où coule le miel, / être tous ensemble en tout / et partout, / sauf sur la joue de la bien-aimée, / les dix mille donnèrent leurs huit mille… / Ils furent vaincus. […] / » Ne va pas me dire, / ce fut la conséquence inéluctable, / des conditions historiques, économiques et sociales, / Je le sais ! / Ma raison s’incline devant tout ce que tu me dis là. / Mais ce cœur que voilà / ne comprend rien à ce langage. […]* »[14] 

Le poète ajoutait là* (à la fin de l’extrait) la note suivante :

« Alors que j’écris ces lignes, je pense à certains jeunes qui se considèrent comme de « gauche » et qui diront en me lisant : « Diable, le voilà qui dissocie sa tête de son cœur, diable, il prétend qu’avec sa raison il reconnaît bien l’importance des conditions historiques, économiques et sociales, mais que cela n’empêche pas son cœur de brûler de douleur, diable, voyez-moi ce marxiste… » […] Mais si je fais maintenant cette digression, ce n’est pas pour ces jeunes-là. C’est pour ceux qui commencent  à peine à étudier le marxisme, pour ceux qui sont loin du snobisme de gauche. Un médecin a un enfant tuberculeux, il sait que cet enfant va mourir, il reconnaît qu’il s’agit là d’une nécessité physiologique, biologique ou Dieu sait quoi logique, mais si cet enfant meurt, ce médecin […] ne versera-t-il pas une larme sur lui ? Et dans le cœur de Marx, qui savait pourtant que la Commune de Paris s’écroulerait, qui connaissait bien à l’avance toutes les causes historiques, économiques et sociales de cet effondrement, les grands morts de la Commune n’ont-ils pas défilé comme un « chant de douleur » » ? […] 

Messali et… la lutte armée

Mais, en plus des hommes de l’OS, Messali (et même le PCA) dénonce(nt), en 1953, la franche collaboration à laquelle semblait préparer cette ligne définie en 1951, entre le Maire d’Alger et les élus MTLD…  C’est l’argument politique qui lui a fait gagner la base militante « plébéienne ». 

À quoi les dirigeants du CC ont habilement répondu par un argument organique redoutable : il veut être président à vie alors qu’il est dépassé ! Mais ils s’engageaient là dans un engrenage dangereux menant à son exclusion de la direction (BP) du MTLD…                                   

Même si lui non plus n’envisageait pas d’entreprendre une lutte armée impossible, vu les terribles moyens de l’adversaire colonial, et pour amener cet adversaire à un compromis plus large – au plan social – que celui concocté entre dirigeants du CC et J. Chevallier, il gardait en main l’atout de l’intervention, de « l’action » des masses qui le suivaient. 

Notons, dans ce sens, ce témoignage[15] que, sans doute après le drame de mai 1945, Francis Jeanson, encore, a porté sur l’état d’esprit des animateurs du mouvement national, dont ceux de l’UDMA, relativement à ce que les indépendantistes appelaient « l’action » :

« Le recours à la force des masses » pour les politiques, dit-il, « n’est certes pas radicalement exclu ; au contraire il doit demeurer toujours là à titre d’horizon, à titre de menace et de caution, pour conférer à leurs thèses un poids plus décisif que celui de leur abstraite vérité. Inacceptable en lui-même, ce recours leur est indispensable à titre d’argument… »

Fanon fait constater la même chose : « Quand le dirigeant politique, dit-il, convie le peuple à un meeting, on peut dire qu’il y a du sang dans l’air. Pourtant le dirigeant, très souvent, se préoccupe surtout de « montrer » ses forces… pour n’avoir pas à les utiliser. »[16] Et pour pouvoir dire au pouvoir colonial : « Nous sommes encore capables d’arrêter le carnage, les masses ont encore confiance en nous, faites vite si vous ne voulez pas tout compromettre » »[17] !

Messali avait sous les yeux l’exemple tunisien où Bourguiba faisait avancer ses pions face au « protectorat » français par sa capacité de tempérer les ardeurs des « fellagas » en court-circuitant la radicalité de son adversaire, Salah Benyoucef… Messali pensait pouvoir tenir le même rôle, sous-estimant, semble-t-il, la différence entre un protectorat et une colonie de peuplement ! Mais Messali ne se sentait pas encore prêt à utiliser cet atout, comme le lui ont proposé les « Ossistes » par la voix de Benboulaïd, tant qu’il n’a pas « fait la révolution dans le parti »… C’est-à-dire tant qu’il ne s’est pas totalement rétabli à la tête du parti, en en éliminant ses adversaires du CC.

Le court épisode du CRUA

« Craignant que Messali n’entraîne le pays dans une « aventure », ils [les centralistes] veulent à tout prix écarter cette éventualité. Mais pour y parvenir, il leur faut préalablement retrouver la confiance d’une base séduite par les mots d’ordre messaliste ; ils croient alors habile d’utiliser une partie des activistes pour se laver de l’accusation de réformisme. Mal leur prit. Leur calcul provoque l’effet contraire à celui recherché et crée une situation irréversible, en mettant l’action armée au centre des débats. […] Au lieu de devenir une force d’appoint des centralistes, les amis de Boudiaf deviennent un interlocuteur des autres tendances qui ne peuvent plus contrôler à leur gré l’évolution de la crise du PPA-MTLD, encore moins son issue. Dans le champ des possibles, l’insurrection devient une virtualité… » (La Guerre, 57)

Que montre ce tableau des tenants et aboutissants du CRUA ? Il présente la phase finale de la crise du MTLD, qui va se résoudre par la scission et la disparition du parti. Elle concerne principalement les deux protagonistes qui y cohabitaient : le président du parti, Messali et ses partisans, d’un côté, et de l’autre, le CC et l’appareil du parti (disparu). On ne dira plus alors que « messalistes » et « centralistes »…

Sans doute, ce n’est plus le Messali de juin 1936, qui, « au stade municipal d’Alger » et « au nom de l’ÉNA » faisait approuver « les revendications démocratiques », « par acclamation par l’assistance », « face aux leaders du Congrès musulman partisans du rattachement à la France (Ben Djelloul, Ben Badis, Ferhat Abbas, Dr Saadane, Ouzeggane, Cheikh El Okbi) »[18]

Ce n’est pas non plus le même contenu des « libertés démocratiques » qu’il s’emploie à défendre maintenant qu’il a face à lui un sérieux concurrent – le CC, et c’est le second protagoniste – qui, non seulement met en œuvre un compromis avec le pouvoir colonial, limité à la défense d’intérêts d’une couche sociale étroite, mais surtout cherche à le déposséder de l’outil de combat, le parti, qu’il a mis tant de décennies à édifier…  

Enfin, Messali trouve le troisième protagoniste, les hommes de l’OS, qui cherchent à « débaucher » Krim et ses hommes, toujours fidèles à lui.

« Soupçonnés de vouloir tirer les marrons du feu pour le compte des centralistes, Benboulaïd et Boudiaf auront du mal à convaincre les maquisards kabyles de s’allier à eux. Leur première entrevue avec Krim et Ouamrane (8 mai 1954) se termine sur un échec. » (La Guerre, 58)

Messali se dépêche de tenter de reconstruire un parti… en excluant les hommes du CC dont il semble profondément convaincu qu’ils font exprès de détruire le MTLD, après avoir liquidé le PPA. On ne peut que partager cette conviction quand on voit qu’ils font semblant de faire un geste en lui donnant à préparer la tenue d’un congrès d’union. Connaissant son état d’esprit, ils savent qu’il réunira un congrès de scission (messaliste) à Hornu, en Belgique – juillet 1954), ce qui leur permet de lui faire endosser la responsabilité de la casse du parti…

C’est alors qu’ils diront : le CRUA a échoué, il ne nous reste qu’à sauver les meubles… Et ils confirmeront la scission, en tenant leur congrès (centraliste) à Alger (août 1954)…

Au terme de cette analyse, que peut-on dire de l’accusation de « démission » portée contre les messalistes et les centralistes, qui auraient laissé aux hommes de l’OS le loisir de « s’ériger en parti » et se porter « candidats à la direction d’une armée… » ?

Oui, les hommes du CC ont tourné le dos à la lutte de libération dont ils jugent que les « conditions indispensables…, … » Mais ont-ils pour autant « démissionné » ? Loin de là. Pour leur objectif stratégique de classe, d’être une sorte d’UDMA plus populaire, ils remportent là un franc succès : ils ont poussé Messali au suicide politique – la fine vision de F. Abbas évoquée plus haut se confirme – et, cerise sur le gâteau, ils ont bien manœuvré pour que le messalisme soit un obstacle devant ce que pourraient entreprendre les hommes de l’OS.

Les « centralistes » sont bien placés pour faire ce qu’avait tenté Ferhat Abbas, « la révolution par la loi » ; mais eux sont moins crédules que le chef udmiste… Ils savent que ce ne sera qu’une « réforme » du système colonial qu’ils pourront conclure avec ses tenants et dont le compromis avec J. Chevallier constitue une première pierre. Ils peuvent penser à prendre les rennes de la société colonisée dans cet arrangement avec le colonisateur.

Il leur reste cependant à garder l’œil ouvert pour contrecarrer toute initiative des hommes de l’OS…

Les « 22 » se donnent l’initiative

Devant cette tournure, les hommes de l’OS estiment qu’ils ont, eux aussi, « des idées à exprimer et à défendre : sauvegarder l’unité du Parti qui représente un outil et un patrimoine forgés par le sacrifice de tous les militants, et passer à l’action révolutionnaire. Nous reprenons, disent-ils, notre liberté d’action et nous appelons les militants à se regrouper et à s’organiser, à ne pas se diviser en suivant l’une ou l’autre des deux tendances. Il faut se préparer à l’action. »[19]

Pour ce faire, se tient alors la rencontre des « 22 » militants de l’OS, « à l’initiative de Ben Boulaïd, Boudiaf, Didouche, Bitat et Ben M’hidi », …qui prennent la direction du mouvement de libération après s’être assuré l’accord de Krim[20] pour former le fameux groupe des « 6 ». Ils rédigent leur Proclamation-programme ; se partagent la responsabilité du territoire national en s’adjoignant les membres du groupe en fonction du lieu où ceux-ci exercent leur responsabilité militante ; ils règlent également le plan des actions armées pour la date de l’insurrection qu’ils fixent… pour le 1er novembre… Ils lancent la création d’un front – et non d’un parti ! – le Front de libération nationale, en faisant appel sans exclusive « à tous les patriotes algériens de toutes les couches sociales, tous les partis et mouvement purement algériens… »[21] à agir autour de l’objectif d’indépendance, de libération nationale.

Novembre a brusqué Messali qui, après avoir essayé en vain de le faire se rattacher à son leadership, lance, en décembre, sa propre lutte armée… surtout dirigée pour s’imposer sur le terrain et y être l’interlocuteur de l’adversaire colonial, en s’efforçant d’y réduire celle lancée par ses émules de l’alliance centralistes-« ossistes ».

Bien sûr l’expérience du CRUA l’a induit en erreur : il n’y a vu qu’une ruse politique des centralistes ; pensant qu’ils l’ont précédé à appuyer leur compromis « chevallierin », si on peut dire, sur une « action » maîtrisable par eux aux yeux du pouvoir colonial. Et il ne pouvait penser que cela.

Mais je ne peux partager l’idée que c’est l’ambigüité de l’expérience du CRUA qui a « contribué à égarer le jugement de Messali à l’encontre des cadres radicaux », et que cela n’a pas été « sans conséquences sur le regroupement des forces révolutionnaires ». Ni encore qu’« il est impossible, aujourd’hui, d’étudier les affrontements entre le FLN et les messalistes sans se référer au contentieux né de la création du CRUA. » (La Guerre, 58)

Chacun sait que des carrières universitaires se sont édifiées sur cette idée par des sortes de « Sept Samouraïs » mobilisés pour « défendre le grand leader battu contre ses vainqueurs » ! Et l’un d’eux a commis un film sur le drame des vieux messalistes encore en vie en France. Il leur a donné la parole, et c’est vrai que c’était poignant[22]. Ils se soulagés en disant toute leur amertume contre l’ennemi « responsable » de leur détresse, le « traitre » FLN. Mais l’« accusé » était absent, et n’avait aucun défenseur ! Cela ne s’était pas passé même dans les tribunaux iniques où une « drôle de justice » condamnait à tour de bras nos résistants… qui avaient leurs défenseurs à leurs côtés ! Mais c’est ainsi que certains historiens conçoivent leur travail en s’instaurant juges !

Devant ce drame, comme devant celui des harkis, il faut rester vigilant ; il ne faut pas se laisser aller à la facilité ; il ne faut pas se tromper de responsable : le coupable, c’est le système colonial et sa violence. En accuser le FLN, c’est couvrir honteusement les crimes du colonialisme…

Le regretté Abdelhamid Mehri disait et répétait la leçon de la lutte et des crises : « plus le pouvoir colonial réprimait, plus nous nous disputions entre nous ! »

Quant aux hommes du CC, les « centralistes », ils ont « immmobilisé » l’appareil et ses responsables pour empêcher ces derniers et les militants qu’ils avaient en charge de participer à l’insurrection… Là aussi s’est noué un autre drame…

Mais la masse paysanne du peuple et le lumpenprolétariat agglutiné autour des villes ont assuré un bon départ de la lutte armée indépendantiste, dont ils ont continué jusqu’au bout d’être « des participants les plus énergiques »[23] comme le font observer Berque et Fanon.

‘Abdel’alim MEDJAOUI, 29.02.2020.

Annexe

Portrait d’un des « 22 » : Badji Mokhtar

par Joseph Kerlan*

Extrait de son intervention au Colloque international tenu à Alger (24-28 nov. 1984) sur « Le Retentissement de la Révolution algérienne ».

« Badji est entré aujourd’hui dans la légende. À l’époque où nous nous sommes rencontrés, il n’était qu’un simple militant donné certes entièrement à la cause de son idéal, celui de sa patrie, mais rien ne l’avait encore signalé à l’attention de la population. Toutefois, ses proches et amis, n’avaient aucun doute sur les qualités peu communes de cet homme modeste.

Il était de petite taille. Il portait des vêtements légers et sobres. Son visage entièrement mobile, reflétait l’intelligence et la vivacité d’esprit. Ce militant passionné pouvait allier la rigueur à la tolérance et à la largeur d’esprit. Il n’excluait personne a priori… Et son action pour la cause, laissait prédominer en lui un esprit unitaire…

En effet, comment ce militant nationaliste, qui venait tout juste de sortir des prisons françaises, avait-il accepté de me rencontrer, jusqu’à mon domicile ? Ce Presbytère que j’habitais, était pour nos amis algériens, le symbole d’une Église dont l’histoire dans le pays rappelait les liens et les compromissions avec le régime colonial.

La démarche de Badji était l’expression d’une très grande tolérance et aussi d’une profonde intelligence en raison de ce que nous représentions.

Le contact fut très vite établi entre nous et nous passâmes ensemble de longues heures qui se prolongèrent bien après minuit. Il me parla de ses origines,  des  raisons  qui  l’avaient  conduit à s’engager dans l’action, de ses convictions et de sa foi dans l’avenir de son peuple. Il me parla aussi des poursuites dont il avait été l’objet, des prisons qu’il avait connues et puis surtout[…] il me parla des tortures qu’il avait subies et dont ils portaient encore les traces dans sa chair. C’était la première fois en Algérie, que j’avais ainsi le témoignage direct de quelqu’un qui avait été torturé[…]

Ce furent surtout les événements de mai 1945 et la violence et l’étendue de la répression qui le convainquirent qu’il n’y avait désormais plus rien à attendre d’une solution politique. Ces événements, avec la répression dont furent victimes les cités voisines de Guelma et Oued Cheham (ex Villars) se répercutèrent à Souk Ahras[…] Sa prise de conscience l’avait conduit à un point de rupture. Pour lui, il était évident qu’il appartenait à une autre famille, un autre monde que celui que l’on prétendait vouloir lui imposer. Il appartenait au monde algérien. Ce peuple algérien existait, il lui fallait retrouver ses droits et conquérir sa liberté. Pour y parvenir, il n’y avait plus qu’une seule voix, celle de la lutte pour l’indépendance nationale.  

Notre conversation, durant cette nuit d’automne aborda longuement tous ces sujets. Toutefois, ce qui me marqua le plus au cours de ces heures, ce furent : le récit de ses tortures ; sa foi et ses convictions de militant, et la qualité et la droiture de cet homme.

C’est avec calme et conviction qu’il m’exposa les raisons qui le motivaient et qui l’avaient conduit à la conclusion qu’il n’y avait vraiment pas d’autre voie, ni d’autre issue pour lui et pour son peuple, que celui de la lutte armée. Il n’avait pas le choix, me disait-t-il, car jamais les Français et les Européens d’Algérie, ni même ceux de France, ne comprendraient la nécessité d’une transformation radicale de la situation et ils n’accepteraient pas davantage la moindre concession, à part une petite minorité à laquelle je devais appartenir, qu’il appréciait, mais qui était impuissante. Il en était de même d’ailleurs des organisations politiques nationalistes algériennes. Elles perdaient leur temps en de stériles débats internes, y compris l’organisation à laquelle il appartenait le MTLD. Il fallait y mettre un terme et passer à l’action. Il connaissait mon passé de résistant contre le nazisme et il invoqua cette action[…], pour justifier ses propos. Seules comptaient pour lui à cette époque, la foi en la cause nationale et la volonté d’aboutir en prenant les moyens de parvenir un jour à la libération de l’Algérie, quel qu’en soit le prix. Pour lui, ce fut celui du sacrifice suprême, dès les toutes premières semaines de la Révolution[…]

Ce qui me frappa également ce furent les qualités humaines de ce militant exceptionnel. La simplicité tout d’abord. Badji se voulait homme du peuple. Tout l’exprimait dans son attitude. Il n’y avait en lui aucune recherche, aucun effet de style, ni dans son langage, simple et dépouillé (il expliquait avec une grande patience et une grande douceur), ni dans sa manière de se vêtir (il portait toujours le même type de vêtements, des bleus de travail). Malgré une certaine timidité, c’était un homme de contact et ce contact était direct, franc et chaleureux. Il ne craignait pas d’aller droit au but, sans détour, acceptant le risque, quelquefois, de heurter de front ses interlocuteurs. Mais en même temps, il avait le souci de convaincre, avec patience, pour faire triompher son point de vue. Il pouvait aussi s’emporter et céder à l’énervement, voire à la colère.

Dans l’ensemble, ses qualités humaines et sa foi de militant en son idéal, l’aidaient à allier la rigueur de raisonnement et la force de conviction à celle de la patience et de l’amitié. Enfin, ce qui prédominait chez cet homme de petite taille et d’apparence si frêle et si modeste, c’était l’intelligence et la vivacité d’esprit. L’intelligence apparaissait d’emblée sur ce visage d’ascète, d’une extrême mobilité, sur ces mains nerveuses et d’une rare finesse et surtout dans la profondeur de ses yeux où brillait un regard ouvert, direct et interrogateur. Mais, c’est surtout dans la discussion, le débat et les échanges d’idées et d’opinion que se manifestaient ses qualités d’intelligence. Il possédait à la fois, ce qui est rare, l’art de l’analyse et celui de la synthèse, ce qui lui permettait de s’imposer au sein d’un groupe et d’aborder les sujets les plus divers avec la même aisance. Ce sont toutes ces qualités rassemblées qui faisaient de lui un chef… Chaque fois que l’occasion m’en était donnée, je le revoyais avec joie et j’éprouvais toujours le même sentiment d’admiration et de respect, en même temps que se développaient entre nous de vrais liens d’amitié…»

Novembre 1984.

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* J. Kerlan est un de ces hommes d’Église qui, avec le cardinal Duval et sous sa protection, ont témoigné leur soutien à la cause du peuple algérien luttant pour son indépendance.


[1]. Christian Bourgois Éd., 1975.

[2]. Dans cette « Algérie française », l’autochtone était enfermé dans la case quasi hermétique des « indigènes ». Sauf de très rares individus, les « m’tourni(s) » qui acceptaient de vivre quasi secrètement et à la grande honte de leur…. famille, leur « retournement » civilisationnel… contre on ne sait quel « privilège »…  Et voilà qu’aujourd’hui, des Algériens, chèrement libérés du code de l’indigénat et rendus à leur dignité d’être humain et de citoyens d’un pays digne, farfouillent dans les poubelles de l’histoire à la recherche d’ascendants même très lointains, si peu recommandables alors même aux yeux des leurs… pour « réintégrer » ??? leur nationalité « d’origine » !!!

[3]. Éd. Jeune Afrique, 1980. Les citations suivantes de cette source seront suivies pour en signaler la référence par l’indication : (Le FLN, x) x étant le numéro de page.

[4]. Éd. Complexe, Bruxelles, 1984.

[5]. Précisément dans La Guerre commence en Algérie, Op. cit., p. 58 sq. Les citations suivantes de cette source seront signalées par l’indication : (La Guerre, x)…

[6]. Comité révolutionnaire d’unité et d’action, fondé le 23 mars 1954, pour tenter d’éviter l’éclatement du MTLD entamé par les initiatives de Messali s’adressant directement aux militants hors des structures du parti. Il est devenu rapidement sans objet vu que Messali réunissait le congrès de sa tendance à Hornu (14-16 juillet 1954), et que les centralistes confirmaient la scission un mois plus tard, en tenant le leur (14-16 août) à Alger. 

[7]. J’ai déjà donné mon analyse à ce sujet de l’ALN-ANP dans ma contribution précédente (« Novembre et le paradigme de la lutte armée »). Il me restera à voir, dans une prochaine intervention, celle du FLN tel qu’il s’est développé après Novembre 1954.

[8]. Benboulaïd Mostefa, membre du CC, a secrètement maintenu l’organisation locale de l’OS qu’il transforma en daïra MTLD des Aurès. Cette opération aura une grande importance pour la Révolution.

[9]. Boudiaf souligne cet isolement des hommes de l’OS par rapport à la base du parti : « L’appareil du parti était très puissant. Il était impossible de toucher la base enfermée dans ce carcan et soumise à une hiérarchie solide. », « La préparation du 1er Novembre », Al Jarida, n° 15, nov.-déc. 1974

[10]. Colette et Francis Jeanson, L’Algérie hors la loi, ENAG, Alger, 1993, p. 228. (C’est moi qui souligne)

[11]. Dans une série d’articles intitulée « Faisons le point », publiés fin décembre 1950 par L’Écho d’Alger.

[12]. Rappelons que les « beni-oui-oui » étaient des sortes de « harkis » d’avant le 1er Novembre : ils disaient « oui ! oui ! » à tous les désidérata de l’administration coloniale… Et le « beni-oui-ouisme » renvoie à la conception qu’avaient les autorités coloniales, dans leur combat contre les nationalistes, de s’appuyer sur ces « harkis », comme hier les occupants nazis de la France utilisaient des « collaborateurs » contre les résistants.

[13]. Aux origines du FLN, Op. cit., « Rapport du CC (Alger, 13-16 août 1954), p. 241. (CMQS)

[14]. « L’épopée du cheik Bédreddine, … », tiré du titre Un Étrange voyage, de Nazim Hikmet, trad. de Munevver Andac, Maspero, Voix, 1980, p. 46-47.

[15]. In L’Algérie hors la loi, Op. cit., p. 228. (C’est Moi Qui Souligne – CMQS)

[16]. Fr. Fanon, Les Damnés de la terre, Maspéro, p. 52. 

[17]. Ibid., p. 47. 

[18]. M. Harbi, « Face à la Déclaration du 1er novembre 1954 », objet du débat. 

[19]. Belaïd Abdesslam, Le Hasard et l’Histoire, t. I, ENAG, 1990, p. 53.

[20]. Qui a fini par accepter d’inscrire son combat et celui de sa région dans le cadre tracé par les « 22 », après un refus à une première sollicitation évoquée plus haut…

[21]. Proclamation du 1er novembre 1954.

[22]. C’est à un drame aussi bouleversant que j’ai assisté, lors d’une rencontre organisée à Tlemcen sur Messali peu après sa réhabilitation par le président Bouteflika, qui a fait donner son nom à l’aéroport de Tlemcen-Zenata. Les organisateurs avaient invité nombre d’anciens militants messalistes, de toutes les régions d’Algérie, qui ont dit, dans des termes bouleversants leur dignité retrouvée : « c’est pour nous le jour de l’indépendance » !  

[23]. Jacques Berque, Dépossession du monde, Seuil, 1964, p. 168. 

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